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XV de France : Pourquoi le forfait de Thibaud Flament marque un tournant dans le rugby français

XV de France : Pourquoi le forfait de Thibaud Flament marque un tournant dans le rugby français

Le samedi 14 février 2026 à 18:54 par David Demri

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Ce dimanche, Thibaud Flament fera son retour avec le XV de France après avoir été forfait face à l’Irlande pour réaliser une PMA avec sa conjointe. Comme lui, d’autres sportifs ont priorisé la vie personnelle et familiale à la carrière, un phénomène récurrent ces dernières années.

Le mois dernier, Thibaud Flament annonçait dans le quotidien L’Equipe la raison de son forfait pour l’ouverture du tournoi des Six Nations contre l’Irlande. « Ethel, mon épouse, est atteinte d’endométriose« , avait-il avoué. « Très vite, on s’est aperçu que ça n’allait pas forcément être simple d’avoir un enfant. On a compris qu’on allait devoir réaliser une PMA. On ne peut pas maîtriser la date. Nous avons appris début janvier que la PMA tombe la même semaine que l’Irlande (…) Ce n’est pas possible de faire les deux donc je ne jouerai pas face à l’Irlande. »

Un témoignage largement partagé sur les réseaux sociaux et chaleureusement accueilli. « Il y a deux choses, le forfait et les raisons du forfait. C’est sur le second choix qu’il a le plus été tiraillé », explique-t-on dans l’entourage de l’international français. « Le délai était proche et même s’il y a pu avoir une pointe de frustration à l’idée de manquer ce match car il a une énorme fierté de pouvoir représenter l’équipe de France, c’était pour lui une évidence de prendre cette décision, il l’a d’ailleurs prise très très rapidement. »

La prise de parole, un phénomène récent

Pour Emmy Bineau, spécialiste de la communication pour les sportifs de haut niveau, « c’est le fait de prendre la parole sur ces sujets qui change. Je le repère beaucoup dans le milieu du rugby notamment. Dans le football, on a parlé de santé mentale il y a presque 10 ans, c’est un phénomène récent dans le rugby. On parle tout juste de sujets comme privilégier sa famille, on met des mots sur les moments plus difficiles. »  Psychologue du sport collaborant avec des Fédérations ou des clubs de football de haut niveau, Makis Chamalidis repère un avant et après COVID.

« Rappelons-nous les prises de paroles de Michael Phelps, Naomi Osaka ou Simone Biles concernant la santé mentale et le fait d’avoir été isolés dans leur chambre d’hôtel. Depuis le COVID, les sportifs assument de plus en plus. Il y a encore quelques années, on attendait la sortie d’une biographie pour apprendre quelque chose, cinq voire dix ans après la fin de carrière de tel ou tel champion. Aujourd’hui, la parole est largement relayée sur les réseaux sociaux, on partage facilement, on ne craint plus de dire. Combien de sportifs aujourd’hui se ne présentent plus que par leur palmarès mais en disant ‘Je suis mère de deux enfants.’ Cela montre qu’on lutte contre l’identité exclusive du champion, qu’on veut montrer l’humain derrière, qui a besoin d’exister et trouver son équilibre en dehors du sport. »

« La famille avant tout »

Et pour beaucoup l’équilibre tourne autour de la famille et les évènements, magnifiques comme dramatiques, ne sont plus occultés. Le mois dernier, en plein tournoi de l’Open d’Australie, le tennisman Casper Ruud annonçait après une victoire : « Quand je reviendrai ici l’année prochaine je serai papa. » Sa femme étant proche du terme, il tranchait. « Je sais que ma Maria est à la maison en train de se préparer et se reposer. Mon téléphone est allumé à toute heure de la journée. Si elle appelle, je ne serai plus ici (au tournoi). Il y a plus dans la vie que juste le tennis. » Le pilier français Jefferson Poirot l’a compris dès 2020 en décidant à 27 ans de mettre un terme à sa carrière internationale pour, en autres « être un papa à temps complet« . « L’homme debout, le père de famille, c’est celui qui prend les bonnes décisions, au bon moment, pour être le plus grand possible », avait annoncé sur Instagram l’ex-vice-capitaine des Bleus.

Lui aussi est père de famille, mais c’est à la suite du décès d’un proche qu’il a déclaré forfait pour ce qui était un moment charnière de sa saison. En septembre dernier, Farès Ziam annonce se retirer de l’UFC Paris pour lequel il était programmé. « Dix jours avant mon combat, ma grand-mère nous a quitté », raconte le combattant MMA. « Il était hors de question de laisser partir ma famille en Algérie pour aller enterrer ma grand-mère en restant ici pour combattre en plein Fight Week. Je n’aurais pas été concentré, je suis quelqu’un d’émotionnel et je sais que j’aurais pensé à ça quoi qu’il arrive même pendant le combat. » Alors Farès décide de faire l’impasse malgré les sacrifices de la préparation.

« L’UFC Paris représente beaucoup pour les combattants français, on s’investit financièrement pour cet évènement très suivi en France. J’étais parti m’entrainer pendant deux mois aux Etats-Unis, j’ai acheté des places pour mes sponsors, j’avais fait faire avec des amis 60 t-shirts et je n’ai même pas eu le temps d’en faire la promotion mais pour moi il était hors de question de combattre, c’est la famille avant tout. Le sport, ça dure un temps, une carrière sportive passe vite mais la famille c’est pour la vie. Personne ne m’en a voulu, j’ai eu beaucoup de soutien et je tenais à remercier tout le monde pour ça. » En quête d’équilibre, les sportifs savent aussi que se trouve peut-être ici la clé de la longévité.

« Je pense que certains commencent à comprendre que pour une performance durable, il vaut mieux perdre une semaine ici et là, annuler une compétition, pour un équilibre personnel. Du moins de se poser ces questions pour allonger sa carrière car sans équilibre personnel, bon courage pour le haut niveau« , explique Makis Chamalidis qui remarque que « les sportifs n’hésitent plus à prendre leur téléphone pendant les grandes compétitions pour nous dire qu’ils ont un souci d’ordre personnel, pour nous sonder, savoir ce qu’on en pense. Avant, c’était tabou, ils gardaient ça pour eux et s’isolaient sans pouvoir lâcher prise. En parler bénéficie aux sportifs et aux entourages. » Et permet peut-être de gagner plus de titres, sur le long terme.

Via RMC Sport


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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