“Je buvais beaucoup” : Un joueur raconte son départ compliqué du Stade Toulousain et la fin de sa carrière
“Je buvais beaucoup” : Un joueur raconte son départ compliqué du Stade Toulousain et la fin de sa carrière
Le jeudi 14 mai 2026 à 23:39 par David Demri
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Ancien demi de mêlée et ouvreur du Stade Toulousain puis du LOU Rugby, Jean-Marc Doussain a vécu une fin de carrière extrêmement brutale après sa grave blessure survenue contre Toulon en 2023.
Mais au-delà de l’arrêt forcé du rugby, c’est surtout l’après-carrière que l’ancien international français raconte aujourd’hui avec une sincérité rare.
Dépression, solitude, alcool, suivi psychologique… Doussain ouvre totalement les portes d’une période très sombre de sa vie.
“Arrêter du jour au lendemain, ce n’est jamais facile”
Après sa blessure, Jean-Marc Doussain a dû apprendre brutalement à vivre sans rugby. Une transition particulièrement difficile malgré le soutien de ses proches.
Il s’est confié via Midi Olympique :
« Ma femme était enceinte à ce moment-là donc c’est vrai que ça m’a permis de basculer sur un autre projet. C’est ce qui m’a maintenu la tête hors de l’eau malgré les difficultés. »
Même s’il a pu rester un peu au contact du groupe pendant sa dernière saison, la réalité du vide laissé par le rugby a fini par le rattraper :
« Arrêter du jour au lendemain, ce n’est jamais facile. J’ai quand même eu la chance de pouvoir rester au contact du groupe la dernière année. Je participais malgré tout aux réunions même si les jours de match étaient difficiles à gérer. Au fil du temps, je me suis fait une raison. J’ai pu avoir, entre guillemets, une belle sortie lors du dernier match de championnat. Je suis rentré sur le terrain avec une belle haie d’honneur et c’est une image qui restera pour toujours. »
L’ancien Toulousain garde malgré tout une image forte de ses adieux :
« J’ai pu avoir, entre guillemets, une belle sortie lors du dernier match de championnat. Je suis rentré sur le terrain avec une belle haie d’honneur et c’est une image qui restera pour toujours. »
“Ma femme a été très forte”
Doussain insiste énormément sur le rôle essentiel joué par son entourage.
Même si certains sujets restent difficiles à aborder avec ses proches :
« Dans ces moments-là, les proches sont importants même si ce n’est pas toujours à eux que tu te confies. »
Très marqué émotionnellement, il rend notamment hommage à sa femme :
« C’est terrible pour l’entourage mais ma femme a été très forte. Elle ne m’a rien montré mais je sais que ça a été dur pour elle. Quand tu es avec une personne qui a vécu de sa passion toute une carrière et que tu vis aussi des moments forts grâce au rugby, c’est forcément compliqué. Elle aussi a senti un truc s’arrêter… Je l’ai beaucoup remerciée parce qu’elle a tout fait pour que ça se passe bien pour moi et elle a joué un rôle important dans la gestion de mon après-carrière. »
Un suivi psychologique devenu indispensable
L’ancien international français explique également avoir eu recours à un accompagnement psychologique.
Et aujourd’hui encore, il continue ce travail :
« Oui, et le fait d’avoir eu un accompagnement m’a beaucoup aidé. et m’a fait relativiser sur tout ce que j’avais pu vivre. J’ai pu prendre du recul sur la chance d’avoir vécu ces moments-là parce que tout le monde n’a pas la chance d’avoir eu la carrière que j’ai pu avoir, en toute humilité. L’accompagnement des proches est hyper important mais je ne parle pas de tous les sujets avec eux. »
Doussain estime même qu’il est essentiel de normaliser cette démarche dans le rugby professionnel :
« Je crois que c’est le cas de beaucoup de joueurs, d’où l’importance de pousser la porte d’un psychologue. »
Ce suivi est devenu un équilibre important dans sa nouvelle vie :
« J’y vais toujours une fois par mois et je sais que c’est une sécurité pour moi. Cela me permet de vider mon sac. »
“Je buvais beaucoup”
L’un des passages les plus forts de son témoignage concerne sa période compliquée après son départ du Stade Toulousain.
Une blessure psychologique qu’il traînait depuis plusieurs années :
« Quand j’ai quitté Toulouse, je ne peux pas dire qu’on m’a poussé vers la sortie mais la génération d’Antoine Dupont et Romain Ntamack arrivait. »
Une transition qu’il a très mal vécue :
« Quand je suis arrivé au Lou, je traînais un traumatisme. J’ai passé une période compliquée, j’étais triste de cette fin, je buvais beaucoup, je sortais beaucoup, sans être addict à l’alcool, mais c’était devenu mon moment de décompression. À ce moment-là, j’ai pris conscience que j’allais devoir me faire aider pour la suite. Je savais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas sans forcément y mettre des mots. »
Quand la question d’une dépression lui est posée, Doussain ne fuit absolument pas :
« Oui, complètement. »
Il explique même avoir connu plusieurs périodes très compliquées au cours de sa carrière.
Même après des moments pourtant exceptionnels comme la finale de la Coupe du monde 2011 :
« Je me suis demandé ce que je faisais là. »
Mais selon lui, le collectif du rugby lui a souvent permis de rebondir.
“Au rugby, on n’est pas dans la vraie vie”
L’ancien joueur décrit aussi avec beaucoup de lucidité le choc du retour à une vie normale :
« Il y a un vrai moment de solitude. On est dans un milieu particulier et, qu’on le veuille ou non, du jour au lendemain, on passe de journées où l’on vit avec cinquante joueurs à être tout seul chez soi. Et même si j’ai fait mon deuil, le collectif et les émotions que procure le sport me manquent. »
Avant de résumer parfaitement ce que ressentent énormément d’anciens sportifs professionnels :
« Au rugby, on n’est pas dans la vraie vie. Quand on est joueur de rugby, sportif de haut niveau, on est dans une bulle, dans un autre monde. Personnellement, sans avoir concrètement préparé mon après-carrière, j’étais quand même resté connecté à d’autres choses pour garder les pieds sur terre. Je me suis notamment engagé pour des associations… Je ne peux pas dire que j’ai eu peur d’entrer dans la vraie vie. »
Aujourd’hui, Jean-Marc Doussain tente surtout d’utiliser son vécu pour aider les autres joueurs à mieux préparer leur après-carrière.
Et son message est très clair :
« Peut-être qu’on ne parle pas assez de l’après-carrière et de la reconversion parce que, tant qu’on n’y est pas, on ne se rend pas compte, on ne peut pas comprendre. Il y a des garçons qui disent que ça va aller et qui se rendent compte après qu’en fait, ça ne va pas. Le pouvoir des interventions, il est bien et si tu peux sauver un joueur de ce que, toi, tu as vécu, c’est génial. Il faut continuer à libérer la parole. La fin de carrière n’est pas difficile uniquement pour le joueur moyen, tout le monde est concerné, même la génération actuelle du Stade toulousain. Comment vont réagir ces mecs quand tout va s’arrêter ? On ne sait pas. »
4 Commentaires


Bin ZUT alors , fort étonné c le cas de le dire . Au grand jamais je n’aurai cru ça de ce joueur . J’ai du alors loupé un épisode du ST . Whaou !.. Quelle belle et courageuse honneteté de sa part , en tous cas . De se livrer d’une telle maniére .
L’après carrière se travaille dans l’avant carrière. Combien de jeunes, leur famille, les clubs, misent tout sur le rugby entre 16 et 22/23 ans, sacrifiant la formation pro ou les études ou bien les faisant passer bien après avec des résultats qu’on devine. Il n’y a que peu d’élus dans le sport de haut niveau et beaucoup s’arrêtent en espoirs et filent au mieux en nationale après ou en fédérale et les « espoirs » s’envolent… Le rugby oui, mais avec un métier porteur acquis avant ou des études supérieures validées pour l’après. L’après c’est dans 3, 5 ou 15 ans mais il y a toujours cet après et s’il n’est pas préparé c’est le drame…
A Brive, le club prend cet aspect de la rec.onversion en s’étant inscrit au dispositif Collectif Sports, créé par Véronique Barré.
https://cabrive-rugby.com/index.php/club/club-citoyen-reconversion
Le sport, des médailles et après ? Site, livre, c.onférences, vidéos de Véronique Barré.
https://www.desmedaillesetapres.com/
Provale à un pôle formation rec.onversion.
C’est clair que plus tôt tu sais ce que tu vas faire de ton après rugby, mieux tu te c.onsacres à ton rugby et plus simple sera la transition.
S’ils se reconvertissent tous dans le conseil pour les sportifs post-carrière, ça va commencer à être bouché comme marché.