L’agent de Dupont, Ramos, Lucu ou encore Jelonch dévoile son quotidien avec des révélations très intéressantes
L’agent de Dupont, Ramos, Lucu ou encore Jelonch dévoile son quotidien avec des révélations très intéressantes
Le dimanche 24 mai 2026 à 16:40 par David Demri
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L’un des agents les plus importants du rugby français, Thierry Cazedevals s’est longuement confié dans le podcast RugbyPhysio diffusé sur YouTube.
Au cours de cet entretien, celui-ci a dévoilé des informations très intéressantes sur le métier d’agent.
Il explique tout d’abord comment il est devenu agent. Extrait:
« En 2006, j’ai connu une séparation avec mon ex-femme. J’ai eu une discussion avec un ami dans le rugby qui m’a demandé pourquoi je ne deviens pas agent car j’ai fait des études juridiques et je connais le milieu. Je passe la licence d’agent. Il a fallu que je me remette dedans pour obtenir la licence d’agent que j’obtiens en 2007. J’avais deux boutiques à l’époque et je faisais les deux activités. J’ai ainsi débuté l’activité d’agent en parallèle. C’était une nouvelle aventure et pourquoi ne pas vivre de ta passion ? Donc je suis parti là-dedans. Parler rugby tous les jours…
Je démarre petit à petit, de jeunes joueurs me font confiance. Je commence à travailler avec Colomiers et le Stade Toulousain. Je vais voir des jeunes. A ce moment là j’ai des revenus avec mes boutiques donc je ne suis pas tenu par ce problème. Financièrement, j’ai de quoi vivre. Je n’ai pas la pression du résultat. Je travaille beaucoup avec les Espoirs de Toulouse et de Colomiers, quelques pros à Colomiers. Les mecs me font de plus en plus confiance. »
Le premier joueur qui accepte de lui faire confiance est un Columérin. Extrait:
« Le premier joueur à me faire confiance, c’est Julien Tourtoulou qui est troisième ligne à Colomiers. Je connaissais son père. On se voit toujours avec Julien, c’est lui qui a créé la marque Religion rugby. C’est mon premier joueur. Les joueurs parlent dans le vestiaire à Colomiers. Certains joueurs ont fêté leurs 40 ans alors que je les ai connu quand ils avaient 20 ans.
J’ai commencé à travailler avec des générations de joueurs qui n’avaient jamais eu d’agent auparavant comme Clément Poitrenaud, Jean Bouilhou. Ce sont des gens avec qui j’ai travaillé, j’ai fait leurs derniers contrats et ils n’avaient jamais eu d’agents auparavant. Certains présidents ne voulaient pas donner 10 000 euros de commission à un agent, ils préféraient la donner directement au joueur. »
Il ne le cache pas : le bouche à oreille a très bien fonctionné jusqu’à attirer Yoann Huget. Extrait:
« Le bouche à oreille fonctionne. J’ai Teddy Iribaren qui a 18 ans quand je le rencontre, il joue en Espoirs au Stade Toulousain. Puis ce sont des gars que j’ai connu à 18 ans et je les ai accompagné durant toute leur carrière, je les ai vu grandir, se marier, avoir des enfants. C’est beau, c’est chouette. La bascule commence quand Yoann Huget me fait confiance. Il joue à Agen et on signe à Bayonne. Dès qu’il a signé à Bayonne, il a sa première sélection en équipe de France. Ensuite, il explose. Il revient ensuite à Toulouse en 2012. C’est mon premier gros nom au niveau international.
Petit à petit, le bouche à oreille, les joueurs me font confiance, les joueurs me connaissaient car je gravitais autour. Au fur et à mesure, j’ai récupéré de plus en plus de joueurs. Ca fait une dizaine d’années que je gère 40 à 45 joueurs par an. Il ne faut pas aller au-delà. Tu récupères deux ou trois jeunes par saison, tu as deux ou trois anciens qui arrêtent. Pour moi, je ne peux pas aller au-delà dans mon boulot. 45 ou 50 joueurs, c’est le maximum. »
Il poursuit et dévoile quel est son quotidien :
« De 2007 à 2018 je suis seul. J’avais mes bureaux au-dessus d’une de mes boutiques. Je gérais mon magasin et je travaillais en tant qu’agent. Ma journée type, c’était de visiter les clubs, de présenter les joueurs, j’avais de jeunes joueurs donc je récupérais les vidéos des joueurs Espoirs qui n’étaient pas télévisés. A l’époque, il fallait graver des CDROM, envoyer les CD aux clubs ou des clés USB, c’était à l’ancienne. Maintenant, tout peut se faire avec les sites, tu transfères les fichiers direct.
Je me déplace dans les clubs, le mercredi ou le jeudi, quand les joueurs sont au repos. Maintenant, c’est différent. Depuis le Covid, quelque chose a évolué, c’est qu’on fait beaucoup plus de visio. Avant, un club prenait contact avec un joueur pour le recruter et il fallait prendre le joueur, partir avec lui, visiter le club et une fois sur deux ça n’allait pas plus loin que la visite. Maintenant, la première étape, c’est de faire une visio entre le joueur, le club et moi. Il y a un premier feeling. La deuxième étape, c’est visiter le club. Maintenant, quand le club veut rencontrer le joueur, 9 fois sur 10 c’est qu’on va avoir une proposition. Les clubs ont tous un petit clip vidéo pour présenter leurs installations, leur club. Je les connais tous les clubs, donc les visites des installations… Je les connais ! Quand on va se balader pour la visite des installations, je connais déjà (rire). »
Il explique en quoi consiste réellement son travail. Extrait:
« Généralement, le club envoie le profil de joueurs qu’il recherche pour la saison prochaine. Il te donne les cinq ou six profils qu’il cherche. Quand j’ai démarré, on avait une période, début juillet jusqu’à août où on était pénard, tout était signé. Mais depuis une dizaine d’années, dès le 1er juillet, on attaque car les clubs du Top 14 savent ce qu’ils veulent. Le règlement a changé aussi car les clubs ne peuvent pas contacter un joueur d’un autre club plus d’un an avant la fin de son contrat. Donc si vous prenez un joueur qui est en fin de contrat en juin 2027, si un club veut le recruter, il ne peut pas lui parler avant juillet 2026. Et dès juillet, les mecs appellent pour organiser des rencontres. Il n’y a plus de vacances du tout ! Il n’y a pas de mercato comme au foot. Nous, c’est sans arrêt ! Le Top 14 va attaquer très tôt dans le recrutement. Au 31 décembre d’une saison, le club de Top 14 a fait 90% de son recrutement. La Pro D2, c’est plus tard, ce sera souvent au 2ème bloc, soit fin octobre. On a ce décalage.
Moi, je cherche ensuite les joueurs qui peuvent correspondre au profil recherché. Il y a 10 ans, 99% des joueurs allaient au terme de leur contrat. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de joueurs, entre 5 et 10%, de mecs qui ne vont pas au bout de leur contrat, à la demande du club ou à la demande du joueur. Il y a des clubs avec qui tu t’entends très bien et ils te passent une commande. Ils te disent : je veux ce joueur. Mais ce joueur ne travaille pas avec toi et il travaille avec un agent concurrent. Donc tu l’appelles et tu dis au joueur que tu as peut-être une opportunité pour lui. »
Aussi, il indique que rien ne lie les joueurs aux agents. Les joueurs sont toujours libres de travailler avec qui ils souhaitent. Extrait:
« Ce qu’il faut savoir, c’est que rien ne noue lie contractuellement avec les joueurs. On est payé par les clubs. La difficulté de notre métier c’est qu’il faut toujours être sur le qui vive. Quand tu as des joueurs en fin de contrat, on est au mois de janvier ou février, le joueur ne sait pas encore si tu as trouvé de solution. Tu peux être attaqué par un autre agent qui contacte le joueur pour lui dire qu’il lui a trouvé une solution. Mais si tu fais bien ton job, tu sais que tu n’as pas d’opportunité. Tu as fait le tour.
Des fois, tu as un club qui t’appelle et qui te dit que tel agent a appelé pour tel joueur. Ca veut dire que le joueur te la fait à l’envers. Mais le club t’appelle pour te le dire. Donc tu es au courant. Quand tu as de bonnes relations, ça se passe comme ça. »
Il précise que certains joueurs n’hésitent pas à le recommander à d’autres joueurs. Extrait:
« Les joueurs parlent beaucoup dans le vestiaire. Donc un joueur peut dire à un autre joueur que son agent ne fait pas le job… Et là, le joueur qui travaille avec toi t’appelle et te le dit. Tu lui passes ensuite un coup de téléphone. C’est comme ça que ça marche. Des fois je cible aussi des joueurs avec qui j’ai envie de travailler et je les appelle. On essaye d’avoir du relationnel. On fait du lobbying à notre échelle. Le joueur accepte de te rencontrer, tu déjeunes avec lui, ça se fait ou pas, c’est que du relationnel et du feeling. Il m’est arrivé de vouloir rencontrer un joueur et ne pas aller plus loin car pas de feeling. Quand je cible un joueur, je me renseigne auparavant humainement. C’est humainement que ça compte, c’est très important pour moi. Je peux me permettre de choisir. »
Il raconte ensuite pourquoi la situation est parfois très difficile pour les jeunes joueurs. Extrait:
« Un gamin qui a 18 ans qui a du potentiel, qui va monter avec les pro, il va être épié, regardé, on va regarder si il se comporte bien en salle de muscu, est-ce qu’il ne fait pas le con à l’entrainement. Des détails que l’on va laisser passer à un joueur confirmé de 28 ans car il représente un cadre du vestiaire, le gamin de 18 ans n’a pas le droit à l’erreur. Ce sont des gosses et ils ne parlent qu’avec des adultes, à part leurs potes extra rugby ou leurs copains en Espoirs, mais sinon ils parlent avec des mecs qui sont leur entraîneur, leur président, des mecs qui ont 10 ans de plus dans le vestiaire. Il y a un décalage. Il faut montrer que tu as envie et que tu as le sourire même si tu ne joues pas mais c’est dur pour ces gosses.
Rentrer dans ces clubs de Top 14, c’est être un surdoué du rugby. Après, c’est un écrémage. Il faut être costaud dans sa tête, montrer qu’on est meilleur que les autres tous les jours et saisir sa chance quand elle arrive. C’est très dur. On leur parle d’agent, d’administratif, de sportif, de média, d’image, il faut exceller dans tout. J’ai deux enfants de 20 et 22 ans, ils font des études, mais après ils font la bringue avec leurs potes. Là, les mecs ne peuvent pas sortir. Leur corps c’est leur outil de travail donc quand tu as 18 ans, tu as envie de faire le con un peu. Mais ils sont plongés dans le monde des adultes très tôt. »
Il indique également être un véritable conseil pour ses joueurs. Extrait:
« Je conseille mes joueurs. Je leur donne mon avis mais c’est le choix du joueur au final. Qu’un joueur joue la saison d’après à Toulouse, à Bordeaux ou à Toulon, ça ne changera pas ma vie. Ma vie est à Toulouse avec ma famille. La commission sera la même. En revanche, ça changera la vie du joueur car que tu vives à Toulon, à Paris ou à Toulouse, ce n’est pas pareil. Avec tel ou tel entraineur, ce n’est pas pareil. Moi, je suis force de proposition mais la décision appartient au joueur. Si l’option A est mieux sur le sportif et l’option B est mieux sur le financier, tout dépend de l’âge du joueur. Si c’est un jeune joueur qui a besoin de temps de jeu donc sportivement sur l’option A il sera 2 au poste et en B il sera 3ème au poste. Sur le papier, on va dire que c’est mieux la A pour avoir plus de temps de jeu. Si on est sur un joueur plus confirmé, l’argent entre en compte car la carrière est courte. Le mec qui va signer son contrat à 27 ou 28 ans, il sait que c’est le contrat le plus important de sa carrière. Donc là, l’argent peut jouer. J’ai des joueurs qui ont des propositions supérieur de 20 ou 30% dans un club et qui ont signé dans un autre club. »
Concernant la rémunération, il explique comment ça fonctionne :
« Au maximum, on prend 10% du salaire brut annuel du joueur. Sur la tranche du salaire entre 0 et 50 000, tu touches 10%, entre 50 000 et 150 000 tu touches 8%, entre 150 000 et 250 000 tu touches 6% et au-delà c’est 4%. C’est dégressif. En moyenne, c’est entre 7 et 8% du salaire brut d’un joueur, à l’année. Quand tu re-signes un joueur dans le même club, ta commission baisse à 5% environ. Quand tu amènes un joueur, tu as une commission plus importante que quand tu re-signes un joueur. C’est une commission annuelle. Si tu signes un contrat de trois ans, tu touches la commission pendant trois ans. »
Il précise que des renégociations peuvent parfois avoir lieu en plein milieu d’un contrat.
« Il y a des renégociations en plein contrat. Tu peux l’anticiper en mettant une clause de revoyeur. Tu signes un jeune en disant que s’il atteint telles performances et tel temps de jeu, le club et le joueur s’engagent à se revoir pour renégocier le contrat à la hausse. »
Concernant les clubs qui oscillent entre la Pro D2 et le Top 14, il évoque un fonctionnement particulier. Extrait:
« Il y a des clubs qui font le yoyo entre la Pro D2 et le Top 14. Dans le contrat, on aura deux options : le salaire si le club est en Pro D2 et le salaire si le club est en Top 14. En général, ce n’est pas à la tête du client. Le club le fait pour tous les joueurs comme ça les joueurs savent. En moyenne, il y a un delta entre 20 et 30% de salaire entre les deux. »
Il conclut :
« Dans la négociation, tu peux faire deux ans mais le joueur veut trois ans. Donc le but de la négo, c’est de dire on fait 3 ans mais on se base sur un salaire de 90% ou de 80%. Le joueur, à lui de comprendre que c’est peut-être plus intéressant d’avoir trois années à 80% que deux ans à 100%. Si tu rallonges, le salaire peut se négocier oui. »
3 Commentaires


Très intéressant à lire, merci pour cette article
Donc… combien touche en moyenne un agent ?
J’ai regardé l’interview en entier et c’est super interessant !
On ne peut que être admiratif par son parcours. Par contre, je suis tombé de ma chaise en apprenant que les agents rugby en France sont payé par les clubs ! On vit en absurdie ! Voilà voilà …. Et ce monsieur vit à Toulouse …. Magnifique !