Timoci Nagusa répond à France Pierron et livre un témoignage bouleversant sur la naissance de ses enfants

Timoci Nagusa répond à France Pierron et livre un témoignage bouleversant sur la naissance de ses enfants

Le vendredi 26 juin 2026 à 23:07 par David Demri

Ne ratez plus aucune actu du RCT
Suivre Blog RCT sur Google

Publicité

En 2021, Timoci Nagusa avait marqué les esprits en devenant le premier rugbyman professionnel évoluant en France à prendre un congé parental de 28 jours. À l’époque, cette décision avait suscité de nombreux débats dans le monde du rugby. Cinq ans plus tard, l’ancien international fidjien revient sur ce choix qui a changé sa vie.

Interrogé par Le Parisien après la polémique née des propos de la journaliste France Pierron au sujet de la décision de Jérémy Doku de quitter la Coupe du monde de football pour assister à la naissance de son enfant, l’ancien ailier de Montpellier a accepté de livrer une longue réflexion sur la place des pères avant, pendant et après l’accouchement.

Selon lui, chaque père doit pouvoir faire son propre choix.

« Les remarques de cette journaliste semblent manifestement ne pas tenir compte des points de vue individuels. Tout père a le droit de donner la priorité à ce qu’il juge important, notamment en ce qui concerne sa participation à la naissance de son enfant. La poursuite d’objectifs personnels et professionnels n’enlève rien à l’importance d’être présent lors d’un moment aussi décisif dans la vie de son enfant. »

« J’ai ressenti un sentiment de culpabilité qu’aucun titre n’a pu atténuer »

L’ancien joueur du MHR explique également comprendre parfaitement la décision prise par Jérémy Doku.

« Oui, en tant qu’athlète professionnel et père, je comprends l’importance d’être présent lors de l’accouchement. C’est une décision personnelle que de nombreux parents considèrent comme essentielle pour leur famille. »

Cette conviction est nourrie par sa propre histoire.

Nagusa révèle avoir manqué la naissance de son fils, un regret qui le poursuit encore aujourd’hui.

« J’ai manqué la naissance de mon fils parce que j’avais donné la priorité à mes engagements professionnels à l’époque. J’ai ressenti un sentiment de culpabilité par la suite, qu’aucune réussite ni aucun titre n’ont pu atténuer. En revanche, être présent lors de la naissance de mes deux filles a été une expérience irremplaçable qui m’a procuré un profond sentiment de joie et de complicité que rien au monde ne peut égaler. »

Pourquoi il avait pris son congé parental en France

En 2021, alors qu’il évoluait à Grenoble, Timoci Nagusa avait décidé de prendre son congé parental.

Il explique aujourd’hui les raisons qui l’avaient poussé à faire ce choix.

« À cette époque, nous venions de nous installer à Grenoble et, en raison des restrictions liées au Covid-19, nous ne pouvions pas compter sur le soutien de notre famille et de nos amis. Avec un enfant en bas âge et aucune aide immédiate à disposition, j’ai choisi de prendre un congé paternité, suivant les conseils de notre sage-femme française. Pour moi, donner la priorité à mon rôle de père était une décision évidente dans cette situation. »

Concernant cette période compliquée, l’ancien Fidjien reconnaît que tout n’a pas été simple.

« Concernant mon départ de Grenoble, je dirais simplement que j’ai été contraint de résilier mon contrat, et bien que mes coéquipiers et les supporters m’aient soutenu, j’ai été confronté à un climat hostile à mon retour au club. La communauté du rugby dans son ensemble a réagi de manière mitigée : la plupart m’ont soutenu, mais certains, dont Christophe Urios (entraîneur de Bordeaux-Bègles à l’époque), n’étaient pas d’accord avec ma décision. J’ai toutefois apprécié le soutien que m’ont apporté le maire de Grenoble, Éric Piolle, et de nombreux membres de la communauté, ce qui m’a rassuré. »

« Les sportifs masculins doivent rompre avec ce tabou »

Selon Timoci Nagusa, les mentalités évoluent progressivement en France.

« J’ai reçu un soutien considérable de la part de la communauté française, en particulier de la part de mères qui m’ont fait part de leur compréhension et m’ont encouragé en ligne. Certains pères français m’ont également abordé dans des situations de la vie quotidienne pour me féliciter d’avoir pris un congé paternité. Si certains considèrent encore ce type de congé comme inutile, d’autres reconnaissent l’importance de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. »

Pour lui, le sport doit désormais accompagner cette évolution.

« Le congé paternité devrait être davantage encouragé et accepté et les sportifs masculins doivent rompre avec ce tabou traditionnel. Les pères ne devraient pas se sentir coupables d’accompagner leur compagne lors de l’accouchement, en particulier ceux qui pratiquent un sport de haut niveau. La décision de prendre un tel congé relève d’un choix personnel et doit être respectée. Si cela correspond à la situation familiale, il convient d’y recourir sans hésitation. »

Il compare également la situation française avec celle de son pays natal.

« Bien que les conditions d’emploi diffèrent de celles de nombreux autres pays, le congé paternité est généralement limité à cinq jours par enfant. Même si cette période est relativement courte, le soutien solide apporté par la famille élargie et le réseau communautaire au sens large contribue généralement à compenser la durée limitée du congé officiel. En comparaison, vivre en France — à l’autre bout du monde, sans le soutien d’une famille proche — rend l’accès à un congé paternité adéquat et à un accompagnement post-partum non seulement utile, mais essentiel. »

Sa nouvelle vie aux États-Unis et un message fort sur la famille

Installé aujourd’hui à Seattle, Timoci Nagusa consacre désormais une grande partie de son temps à sa famille.

« Je suis entraîneur bénévole dans des universités et des clubs aux États-Unis. Je passe également du temps de qualité avec mes enfants et j’apporte mon soutien à mon neveu, qui a perdu sa mère en 2021. Montpellier reste un endroit spécial pour moi, et j’ai bien l’intention d’y retourner à l’avenir. »

L’ancien ailier précise également sa situation familiale.

« J’en ai cinq. Mes deux beaux-fils, David-Wiliam, âgé de 20 ans, et Jacob, âgé de 19 ans, étudient en Nouvelle-Zélande. Mon fils, Timoci Nagusa Jr., âgé de 16 ans, fait partie de la Bulldogs Academy en Australie et poursuit également ses études. Mes deux filles, Monparis et Laurelle-J’adore, âgées respectivement de 6 et 5 ans, sont avec moi aux États-Unis. »

Et il conclut par un message qui résume parfaitement sa vision.

« Les sportifs sont des êtres humains qui ont une vie privée et des responsabilités. Comme je l’ai déjà mentionné en 2021, une fois la carrière sportive professionnelle terminée et l’attention du public retombée, la famille devient la source de soutien et de réconfort la plus importante. Nous devrions essayer d’aborder les discussions concernant les choix personnels des sportifs avec compréhension et respect, en reconnaissant leur humanité au-delà de leurs exploits professionnels. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

0 Commentaire