Blessures, concurrence, déceptions : le parcours semé d’embûches de Matthieu Jalibert chez les Bleus

Blessures, concurrence, déceptions : le parcours semé d’embûches de Matthieu Jalibert chez les Bleus

Le lundi 10 août 2026 à 11:18 par David Demri

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Le parcours de Matthieu Jalibert en équipe de France n’a jamais ressemblé à un long fleuve tranquille. Depuis sa première sélection en 2018, l’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles a enchaîné les coups d’arrêt, les blessures, les retours, les périodes d’attente et une concurrence permanente avec Romain Ntamack. Pendant près de huit ans, il a souvent dû patienter avant de saisir les opportunités qui se présentaient à lui, sans jamais parvenir à s’installer durablement comme le numéro 10 incontestable du XV de France.

Cette succession d’épisodes a façonné une trajectoire singulière, où chaque retour semblait annoncer un nouveau défi.

Une première sélection qui tourne au cauchemar

Lorsque Jacques Brunel décide de lancer Matthieu Jalibert face à l’Irlande, en février 2018, le Bordelais n’a que 19 ans et très peu d’expérience au plus haut niveau.

Le sélectionneur est convaincu de son potentiel.

Jacques Brunel expliquait alors son choix :

« Matthieu a grandi plus vite que prévu. Il fait un parcours remarquable depuis le début de saison. Il m’a surpris. »

Mais cette première cape tourne rapidement au cauchemar. Victime d’un choc avec Bundee Aki, Jalibert quitte la pelouse sur blessure. Les examens révèlent une rupture partielle d’un ligament du genou gauche.

Cette blessure met un terme à sa saison et l’empêche notamment de participer au Mondial U20. Quelques mois plus tard, une nouvelle rupture des ligaments du même genou vient encore repousser son retour.

Ntamack prend une longueur d’avance

Lorsque Matthieu Jalibert retrouve finalement le XV de France en 2020, le paysage a changé.

Entre-temps, Romain Ntamack s’est installé à l’ouverture des Bleus. Dès son arrivée à la tête de la sélection, Fabien Galthié fait clairement du Toulousain son premier choix.

Jalibert doit alors patienter et profiter des absences de son concurrent pour retrouver du temps de jeu.

Son entrée précoce contre l’Écosse lors du Tournoi 2020, après la commotion de Ntamack, ne suffit pas à inverser la tendance. Malgré quelques éclairs offensifs, plusieurs erreurs alimentent les critiques autour de ses prestations.

Des opportunités… mais jamais de continuité

Les saisons suivantes ressemblent à une succession d’ouvertures rapidement refermées.

Lorsque Ntamack est indisponible, Jalibert répond souvent présent. Il réalise notamment une prestation remarquée lors de la finale de la Coupe d’automne des Nations contre l’Angleterre, avant de confirmer durant une grande partie du Tournoi 2021.

Il enchaîne alors quatre titularisations.

Mais une commotion contre le pays de Galles interrompt une nouvelle fois sa dynamique. À son retour, Ntamack récupère immédiatement son statut.

Le staff tente ensuite une autre solution.

Pendant deux rencontres, Matthieu Jalibert et Romain Ntamack sont associés dans la même ligne de trois-quarts.

Laurent Labit expliquait alors cette réflexion :

« En toute transparence, il y a un petit moment que cette association est dans notre tête… L’idée est que Romain serait en 12, il y aurait trois meneurs de jeu : le 10, le 12 et même le 15. »

L’expérience ne sera finalement pas reconduite.

La Coupe du monde, une occasion inachevée

Le destin offre pourtant une immense opportunité à Matthieu Jalibert avant le Mondial 2023.

Quelques semaines avant la compétition, Romain Ntamack se rompt les ligaments croisés. Jalibert récupère naturellement les clés du jeu français.

Il réalise une campagne solide, sans toutefois produire cette performance référence capable de verrouiller définitivement le poste.

Après la Coupe du monde, les difficultés réapparaissent rapidement.

Une nouvelle désillusion avec Fabien Galthié

Le Tournoi suivant ne permet pas au Bordelais de reprendre définitivement l’avantage.

Après plusieurs rencontres jugées insuffisamment convaincantes, une blessure contre l’Italie ouvre la voie à une nouvelle option imaginée par le staff : Thomas Ramos est repositionné à l’ouverture.

Quelques mois plus tard, alors que Ntamack est de nouveau blessé, Galthié renouvelle ce choix.

Matthieu Jalibert décide alors de quitter le rassemblement des Bleus après un échange avec le sélectionneur.

Il expliquera ensuite les raisons de cette décision :

« Ça n’a pas été facile à gérer, mais ça fait partie du sport de haut niveau. Tout ne peut pas toujours aller dans le bon sens. J’ai exprimé des choses à Fabien, sur un certain mal-être que j’avais et on m’a proposé de faire un break et de rentrer à Bordeaux, chose que j’ai acceptée. Je ne me suis pas éloigné de l’équipe de France, j’en reste un joueur et si on fait appel à moi, je monterai avec le plus grand plaisir. On parle beaucoup de bien-être, de santé mentale, parfois il faut savoir dire stop quand il y a un trop-plein. C’était pour moi la meilleure option. »

Une rumeur évoque alors une préférence d’Antoine Dupont pour certains partenaires toulousains. Selon l’entourage du joueur comme celui du XV de France, cette hypothèse est toutefois démentie, les choix étant présentés comme exclusivement tactiques.

Enfin un Tournoi pleinement réussi

Le véritable tournant intervient finalement en 2026.

Une nouvelle blessure de Romain Ntamack permet à Matthieu Jalibert d’enchaîner quatre titularisations sans interruption.

Cette fois, il s’impose tout au long du Tournoi.

Entre-temps, le Bordelais a fait évoluer certains aspects de son jeu. Son travail défensif, son positionnement dans la ligne et son utilisation du jeu au pied ont été retravaillés avec le staff de l’UBB.

Au terme de cette campagne victorieuse, Jalibert savoure enfin une compétition aboutie.

Il résume alors son état d’esprit via Midi Olympique :

« J’ai parfois eu des échecs, j’ai parfois été triste, mais je n’ai jamais rien lâché. J’ai fait preuve d’abnégation et, parfois, le destin te redonne une chance. Je voulais la saisir à fond, juste être moi-même. J’en avais marre de porter le maillot bleu et de rentrer chez moi en me disant que je n’avais pas joué mon jeu. Je voulais qu’on voie le vrai Matthieu sur le terrain et m’épanouir pleinement au sein du collectif. Au fond de moi, je savais que j’avais le niveau international et que je pouvais m’éclater au milieu de tous ces fabuleux joueurs. »

Quelques mois plus tard, Fabien Galthié ouvre une nouvelle voie en associant Romain Ntamack à l’ouverture et Matthieu Jalibert à l’arrière. Une formule qui redistribue les cartes sans réellement trancher le débat. Reste désormais à savoir si cette cohabitation trouvera sa pleine mesure jusqu’à la Coupe du monde 2027.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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