Une pelouse révolutionnaire au Stade Français : 40 % d’eau économisée et une technologie étonnante

Une pelouse révolutionnaire au Stade Français : 40 % d’eau économisée et une technologie étonnante

Le vendredi 28 août 2026 à 18:03 par David Demri

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Sous les crampons des joueurs du Stade Français se cache désormais une technologie particulièrement innovante. Depuis un an, Jean-Bouin est équipé de la pelouse Aquaflow développée par Natural Grass.

Sa particularité : l’herbe n’est plus arrosée traditionnellement depuis la surface, mais directement au niveau des racines. Un système pensé notamment pour répondre aux nouvelles contraintes climatiques et qui aurait permis d’économiser 40 % d’eau sur une saison.

Partagé par le Stade Français et le Paris FC, Jean-Bouin constitue un laboratoire particulièrement intéressant. Rugby, football masculin et football féminin s’y succèdent avec une fréquence importante. Pourtant, après une cinquantaine de rencontres disputées la saison dernière, le terrain a résisté.

Une cinquantaine de matches sans détériorer le terrain

Lorsque le Paris FC a quitté Charléty pour rejoindre Jean-Bouin, la question de la pelouse était forcément centrale.

L’enceinte devait désormais absorber un nombre considérable de rencontres tout en continuant d’accueillir le Stade Français en Top 14.

Un an plus tard, le Paris FC considère l’expérience concluante.

Arnaud Campanella, secrétaire général du club parisien, assure que l’enchaînement des rencontres n’a pas dégradé la surface. Il s’est confié pour L’équipe :

« La qualité du terrain n’a pas été impactée ni détériorée de la saison malgré la cinquantaine de matches de Ligue 1, de Top 14 et de D1 Arkema. »

La principale explication se trouve quelques centimètres sous les pieds des joueurs.

L’eau arrive directement sous les racines

Avec Aquaflow, pas besoin de compter uniquement sur les traditionnels arroseurs disposés autour de la pelouse.

Le niveau d’eau et l’irrigation sont contrôlés depuis une salle technique installée sous une tribune.

Sous le terrain se trouve un système comparable à une nappe phréatique artificielle. Les racines peuvent ainsi aller chercher l’eau par capillarité en fonction des besoins de la plante.

L’installation est également capable de récupérer les précipitations. Une réserve située devant une tribune permet de stocker l’eau de pluie avant de la réutiliser pour alimenter le système.

Les économies annoncées sont considérables.

Selon le Paris FC, Jean-Bouin aurait réduit de 40 % sa consommation d’eau par rapport à une pelouse naturelle renforcée ou hybride.

« Ce terrain demande beaucoup moins d’eau. Nous avons chiffré à 40 % les économies réalisées sur la saison par rapport à un terrain naturel renforcé. Un élément désormais incontournable avec les conséquences du changement climatique, qui génère des sécheresses et la mise en place de restrictions. »

Dix jours quasiment sans arrosage après les semis

Natural Grass a même découvert certaines capacités de son système qu’elle n’avait pas forcément anticipées.

Lors du nouvel ensemencement de Jean-Bouin, la pousse du gazon a été particulièrement rapide alors qu’aucun apport extérieur d’eau n’a été nécessaire durant les dix premiers jours.

Bertrand Picard, PDG de Natural Grass, reconnaît avoir lui-même été surpris.

« On a rarement eu une levée aussi rapide. Quand nous avons créé ce système, nous n’imaginions pas que nous allions pouvoir l’utiliser pour lever des semis sans arrosage aérien. Et, pour être tout à fait honnête, on ne sait pas encore exactement ce qui se passe d’un point de vue biologique. »

La technologie n’est toutefois pas miraculeuse.

L’été particulièrement chaud a permis d’en découvrir certaines limites.

La canicule n’a pas épargné Jean-Bouin

Une partie du gazon exposée directement au soleil a fortement souffert.

Natural Grass a observé une différence spectaculaire entre les zones ombragées et celles exposées toute la journée. Selon l’entreprise, l’ensoleillement direct à Paris a été 70 % supérieur à celui enregistré l’été précédent.

La zone protégée a parfaitement résisté tandis que l’autre a connu une importante régression avant de repartir.

« La partie ombragée est magnifique. Mais celle au soleil toute la journée a été en grande difficulté. Le gazon a régressé avant de repousser. »

Natural Grass assure néanmoins avoir réussi à sauver le terrain et à le rendre opérationnel.

Cette période particulièrement difficile a également provoqué une autre mauvaise surprise.

Des fongicides finalement nécessaires

L’arrosage par capillarité possède un autre avantage potentiel : en évitant de mouiller constamment la partie supérieure de la plante, certaines maladies peuvent être limitées.

Durant la première saison, Jean-Bouin avait ainsi fonctionné sans produits phytosanitaires.

Arnaud Campanella expliquait le phénomène par le fonctionnement même d’Aquaflow.

« Étant donné que cette pelouse est arrosée par capillarité, aucune maladie ne se développe. Nous n’avons donc pas eu besoin d’utiliser de produits phytosanitaires cette saison. »

Mais les conditions extrêmes de cet été ont changé la donne.

Des maladies ont fortement attaqué la zone la plus exposée au soleil, obligeant Natural Grass à utiliser pour la première fois un traitement.

Bertrand Picard reconnaît cette limite.

« Nous avons été confrontés à des attaques de maladie très sévères sur la partie ensoleillée et nous avons dû utiliser des fongicides pour la première fois. »

Un problème important alors que ces produits doivent être interdits dans les prochaines années.

Natural Grass travaille donc déjà sur une nouvelle solution.

Un voile pour faire baisser la température de 5 degrés

Le contraste entre les parties ombragées et exposées a donné une piste aux ingénieurs.

L’objectif est désormais de reproduire artificiellement les conditions observées dans les zones ayant parfaitement résisté.

Natural Grass prévoit donc d’installer un système permettant de protéger davantage la pelouse du rayonnement direct.

« Nous devons continuer à expérimenter pour nous adapter à ces conditions climatiques nouvelles mais nous avons déjà établi un plan de bataille pour l’an prochain. Étant donné que la partie ombragée n’a pas bougé, nous allons ajouter un voilage, comme à Saint-Étienne. Cela permettra d’éviter l’ensoleillement direct et de faire baisser la température de 5 degrés. »

Car Jean-Bouin n’est déjà plus le seul stade français à avoir adopté Aquaflow.

Geoffroy-Guichard adopte à son tour cette technologie

Séduite par l’expérience parisienne, la métropole de Saint-Étienne a décidé d’équiper Geoffroy-Guichard.

L’opération a nécessité trois mois de travaux et un chantier beaucoup plus important que pour une pelouse traditionnelle.

La facture est estimée à environ 2 millions d’euros, alors qu’un terrain naturel renforcé coûte généralement entre 800 000 et 1,2 million.

C’est aujourd’hui l’un des principaux obstacles au développement massif de cette technologie.

Natural Grass estime que le système lui-même n’est pas excessivement coûteux. C’est surtout son installation sous une pelouse déjà existante qui pose problème.

Bertrand Picard veut donc désormais trouver un moyen de réduire considérablement les travaux nécessaires.

« La technologie est assez robuste, assez simple et relativement peu coûteuse. »

Plusieurs expérimentations sont menées pour parvenir à installer le dispositif sans devoir retirer entièrement le terrain.

« On essaie de trouver une solution pour implanter notre technologie dans un terrain déjà existant. On a essayé d’utiliser des machines de sous-solage pour positionner le système sous le terrain mais ça n’a pas été concluant, ça abîme trop le terrain. »

Entre la réduction de la consommation d’eau, la récupération des précipitations et la nécessité de supporter plusieurs dizaines de rencontres par saison, l’expérience menée à Jean-Bouin dépasse donc largement le simple confort du Stade Français et du Paris FC.

Face aux sécheresses, aux canicules et aux épisodes de pluie de plus en plus intenses, elle pourrait surtout donner un aperçu de ce à quoi ressembleront les pelouses des stades français dans les prochaines années.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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