« En aucun cas je n’ai imaginé que j’allais mourir » : Gaël Dréan raconte ses sept heures d’opération

« En aucun cas je n’ai imaginé que j’allais mourir » : Gaël Dréan raconte ses sept heures d’opération

Le mercredi 23 septembre 2026 à 11:20 par David Demri

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Sept heures d’opération à cœur ouvert, puis un corps obligé de repartir quasiment de zéro. Opéré le 1er juin après l’aggravation de sa malformation cardiaque, Gaël Dréan a traversé de longues semaines de reconstruction avant de pouvoir envisager son retour au rugby.

L’ailier du Rugby Club Toulonnais raconte aujourd’hui cette période, du choix de l’intervention jusqu’à ses premières minutes de course.

Au moment d’être opéré, Dréan savait que l’intervention était devenue indispensable. Sa principale inquiétude ne concernait pourtant pas sa vie, mais la possibilité de retrouver un jour les terrains de rugby.

« En aucun cas je n’ai imaginé que j’allais mourir »

Avant l’intervention, plusieurs possibilités sont présentées au Toulonnais. Chacune possède des conséquences très différentes sur son avenir sportif.

Dréan raconte dans les colonnes du journal régional Var-matin les trois options qui lui ont été proposées :

« Le chirurgien m’a expliqué les différentes options. Soit on me mettait une valve de porc, qui permettait de jouer au rugby mais qui impliquait une nouvelle opération dans quinze ans.

Soit on me mettait une valve mécanique, mais je ne pouvais pas rejouer car elle pouvait péter si je prenais un coup. Soit on tentait une autogreffe, en prenant un bout du péricarde [sac protecteur enveloppant le cœur] pour remplacer ma valve. »

Son choix est alors immédiat :

« Là, si ça fonctionnait, il n’y aurait plus jamais d’opération, et je pourrais reprendre le rugby. Je n’ai pas hésité. J’ai pris la décision en une seconde. »

Entouré par les médecins et accompagné par sa compagne durant son séjour à la Pitié Salpêtrière, Dréan aborde l’opération sans imaginer le pire.

Sa préoccupation reste alors essentiellement sportive :

« Heureusement, tout est allé assez vite. J’étais bien accompagné par les médecins, ma copine est restée une semaine avec moi à la Pitié Salpêtrière. Que ce soit avant ou après, j’ai vraiment été mis dans les meilleures conditions. »

La peur de mourir ne s’est jamais installée :

« Je n’étais pas serein, évidemment, mais, ce qui m’inquiétait, c’était de ne plus pouvoir jouer. En aucun cas je n’ai imaginé que j’allais mourir. Alors, est-ce que j’ai trop évité de regarder la vérité en face ? En même temps, on m’a tellement dit que ça fonctionnerait que ma seule inquiétude concernait le rugby. »

Sept heures d’opération et tout réapprendre

L’intervention dure sept heures. Au réveil, Dréan découvre à quel point son organisme a été éprouvé.

Les gestes les plus élémentaires doivent être progressivement réappris.

Il raconte les premiers jours après son opération :

« Quand tu te réveilles, après sept heures d’opération, il faut tout réapprendre. Ton corps ne sait plus rien faire. Tu ne sais plus uriner par exemple. Donc tu repars vraiment de zéro. Au début, j’étais alité et je n’étais pas autorisé à me lever. »

Chaque journée permet ensuite de franchir une nouvelle étape :

« Puis, le deuxième jour, on m’a assis sur une chaise. Le troisième, on te fait marcher au ralenti, mais il faut t’asseoir tous les dix mètres. Et, au bout d’une semaine, tu peux marcher dans les couloirs, monter les escaliers. Finalement, il m’a fallu un mois pour recourir. »

Sa rééducation se poursuit ensuite à Kerpape, en Bretagne, à quelques minutes du domicile de son père.

Les conséquences de la thoracotomie restent particulièrement douloureuses :

« Du côté de Kerpape, en Bretagne, à sept minutes de chez mon père. J’y ai passé trois semaines. J’avais un corset en permanence car, suite à ma thoracotomie, mon thorax n’était pas consolidé. Pour opérer, ils ont dû écarter le torse, ça a choqué les muscles, le dos, le cou, tout. J’ai eu vraiment mal pendant un mois. Je me réveillais la nuit, impossible de me tourner. »

Le travail physique reprend très progressivement :

« Donc, au début, je faisais du vélo doucement, des exercices de respiration, du renforcement musculaire du bas du corps. Et, lors de la troisième semaine, j’ai recommencé à trottiner. »

« J’étais mort » après trois minutes de course

Malgré les difficultés, Dréan constate des progrès quasiment quotidiennement. Ces petites avancées lui permettent de retrouver progressivement confiance dans son corps.

Au départ, quelques exercices suffisent pourtant à l’épuiser :

« Ce qui m’a donné confiance, c’est de ressentir une progression quotidienne. J’étais moins essoufflé, je soulevais un peu plus lourd. La première fois, je fais trois fentes, du vélo comme un papi et j’étais K.-O. Le lendemain, j’en faisais cinq et du vélo un peu plus vite. Et, tous les jours, il y avait une amélioration. Je voyais que j’étais sur la bonne voie. »

Lorsqu’il obtient l’autorisation de pousser davantage son organisme, l’ailier n’hésite pas à retrouver progressivement l’intensité.

Il refuse notamment d’avoir peur de se mettre dans le rouge :

« J’espère que ce sera plus rapide pour moi (rires). Non, mais c’est certain qu’après une telle opération, quand j’ai repris la course, je n’étais pas au top. Mais, comme on m’avait dit que je pouvais taper dedans, je n’ai pas eu peur de me mettre dans le rouge dès le début. »

Les chiffres illustrent l’ampleur du chemin à parcourir. Après l’opération, son cœur battait à 130 pulsations par minute au repos. Lors de sa première reprise de la course, trois minutes suffisent pour atteindre 185 BPM.

Dréan se souvient de cette première tentative :

« Après l’opération, mon cœur battait à 130 BPM au repos. Il y a encore un mois, j’étais à 90/100 BPM au repos. Mais ça baisse au fur et à mesure. Et puis, finalement, au repos, tu ne vois pas la différence. En revanche, la première fois que j’ai recouru, j’ai fait trois minutes à 8 km/h, je suis monté à 185 BPM. J’étais mort. »

Une expérience qui lui fait mesurer le travail restant :

« Alors, je savais que mon cœur n’était pas en danger, mais j’ai compris que je repartais de loin. Aujourd’hui, au repos, je suis à 65 BPM. Donc, je rentre dans les normes et ça prouve que je progresse chaque jour. »

« Aujourd’hui, je n’ai plus aucune appréhension »

Au début de sa reprise, Dréan reste forcément attentif aux réactions de son cœur. Une accélération inhabituelle ou des pulsations élevées attirent encore son attention.

Cette vigilance s’est progressivement estompée :

« Disons que je n’y pense plus du tout (sourire). Je ne peux pas dire que c’était le cas au début. Quand j’étais vraiment dans le dur, que le cœur montait d’un coup, je l’avais forcément en tête. Je voyais bien que mon cœur ne répondait pas comme il le faisait avant, c’était bizarre. J’étais un peu plus à l’écoute de mes battements cœur par exemple. »

Les explications de son cardiologue lui permettent néanmoins de continuer sans craindre pour son cœur :

« Mais, comme le cardiologue m’avait expliqué qu’une fois opéré, ce serait ok pour moi, j’ai continué. Et même quand j’ai vu que mes BPM (battements par minute) étaient anormalement élevés, je ne me suis pas inquiété. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune appréhension, je cours sans y penser. »

Dréan restera suivi par son cardiologue pendant les trois prochaines années. Sur les terrains, il utilisera également une brassière connectée permettant de suivre sa fréquence cardiaque en direct.

Un dispositif qu’il espère pouvoir progressivement abandonner :

« Je vais continuer à aller voir le cardiologue pendant les trois prochaines années. Si tout se passe bien, ensuite, ça devrait s’arrêter, puisque désormais j’ai le cœur de quelqu’un de normal. Il est même plus normal qu’il ne l’a jamais été (rires). »

Son retour à la compétition constitue désormais son principal objectif :

« Pour le cœur, ensuite, j’utilise une brassière connectée pour prendre mes infos en direct. En gros c’est une brassière avec un GPS comme les autres joueurs, sauf que la mienne donne ma fréquence cardiaque. Mais je pense que, petit à petit, je vais pouvoir la retirer. Là, je pense que le retour sur les terrains sera proche. C’est ce qui me donne envie de me battre chaque seconde. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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1 Commentaire

  1. Marc 83 23 septembre 2026 at 14h- Répondre

    Sacrée opération. On espère tous que tu retrouvera toutes tes sensations sur le terrain mais aussi dans ta vie de tous les jours. A bientôt sur le pré.