Il joue avec une fracture et a perdu 7 kilos : Un Bayonnais raconte sa grosse mésaventure
Il joue avec une fracture et a perdu 7 kilos : Un Bayonnais raconte sa grosse mésaventure
Le jeudi 1 octobre 2026 à 14:56 par David Demri
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Cheikh Tiberghien réalise un début de saison pour le moins particulier avec Bayonne. Après avoir perdu six à sept kilos durant une préparation physique extrêmement exigeante, l’arrière doit désormais composer avec une fracture du deuxième orteil du pied droit. Une blessure contractée de manière improbable chez lui et qui ne l’empêche pourtant pas de disputer les rencontres de Top 14. Tiberghien l’assume : actuellement, il joue blessé et « serre les dents ».
Absent lors des deux premières journées de championnat, Cheikh Tiberghien n’avait pourtant pas été victime d’un pépin musculaire à l’entraînement ou d’un choc lors d’un match.
Tout est parti d’une banale matinée chez lui.
Interrogé par Midi Olympique, l’arrière Bayonnais raconte une chute improbable dans son escalier qui s’est finalement soldée par une fracture avec arrachement osseux.
« Je suis tombé chez moi, un pauvre mardi matin à 7h30. J’avais les yeux collés, la peinture est neuve dans l’escalier. J’étais fou. Je glisse sur la première marche, je dévale les escaliers sur le dos. Rien à voir avec le pied, mais je vois que j’ai mal en mettant la chaussure en allant à l’entraînement. Au fur et à mesure, dans la voiture, je commence à avoir super mal au pied, je suis obligé d’enlever ma chaussure. Je vais voir le docteur en arrivant au stade, je lui explique. Il m’envoie faire une radio : fracture avec arrachement osseux. »
« Là, je joue blessé »
La blessure devait initialement nécessiter environ un mois avant d’envisager un retour. Mais la situation de l’effectif Bayonnais a changé la donne.
Le carton rouge reçu par Yohan Orabé à Pau, associé à plusieurs blessures, a poussé Tiberghien à reprendre plus rapidement que prévu.
Le joueur ne cache absolument pas sa situation : son os n’est toujours pas consolidé.
« Je me suis fracturé le deuxième orteil du pied droit. C’était compliqué de mettre des crampons, c’est pour ça que je suis toujours en claquettes depuis un mois. J’ai raté les deux premières journées. Ça devait prendre, normalement, un mois. Au bout de deux semaines, à Pau, Yohan Orabé a pris ce carton rouge. Il y a eu pas mal de blessures, donc il a fallu s’adapter et serrer un peu les dents, faire un peu de médecine pour que je puisse jouer. Là, je joue blessé. Dès qu’il y aura des retours de blessures et la fin de suspension de Yohan, on fera un point avec le médical et le staff pour voir si je m’arrête afin que cela consolide, car là, j’ai l’os cassé. »
Pour parvenir à enchaîner, ses semaines sont nécessairement adaptées.
Tiberghien doit jongler entre récupération, travail physique et entraînements, puisqu’il ne peut pas recourir quotidiennement aux mêmes solutions médicales.
« C’est compliqué de s’entraîner sans infiltration, mais je ne peux pas m’infiltrer tous les jours. Le lundi, généralement, c’est tranquille. Le mardi, je suis géré, j’ai du cardio en salle pour rester en forme. Le mercredi, je m’entraîne en serrant les dents. Le jeudi, c’est off. Vendredi, il y a la mise en place, c’est court. »
En match, la douleur peut être maîtrisée temporairement.
« Je serre les dents et il y a quelques remèdes médicaux qui permettent d’éviter d’avoir trop mal le temps du match. »
L’arrière précise néanmoins qu’il ne considère pas prendre un risque démesuré en jouant ainsi. Son orteil est bloqué dans sa chaussure et la situation est suivie par le corps médical.
Six à sept kilos perdus durant l’été
Cette blessure intervient alors que Tiberghien venait justement de réaliser un important travail sur son corps.
Durant la préparation estivale, le Bayonnais s’était fixé comme objectif de s’alléger afin de pouvoir répéter davantage les efforts.
Le résultat est spectaculaire : six à sept kilos perdus.
Une transformation obtenue au prix d’une préparation particulièrement éprouvante et d’une attention renforcée portée à son hygiène de vie.
« C’est factuel. J’ai perdu six ou sept kilos pendant la préparation physique. Elle a été très, très intense, très dure, pour ne pas dire horrible. Je savais qu’il fallait que je m’affûte, que je perde du poids, que je sois un peu plus léger pour courir plus longtemps. L’entraînement, c’est géré au club, et à côté de ça, il y a la nutrition, bien dormir, bien manger. J’ai mis un gros focus sur ça. Il faut garder ce sérieux toute la saison. Je me sens mieux physiquement, je suis content d’avoir fait cette mise en forme. »
Tiberghien affiche désormais 93,5 kg.
Il ne s’agissait toutefois pas pour lui de perdre du poids simplement pour afficher un chiffre inférieur sur la balance. L’objectif était de s’adapter aux nouvelles exigences du rugby.
« Comme dirait Kylian Mbappé, le rugby il a changé »
L’arrière de Bayonne estime que le profil des joueurs de lignes arrière évolue. La capacité à se déplacer longtemps et à répéter les courses prend une place toujours plus importante.
Pour illustrer son propos, il cite notamment Louis Bielle-Biarrey et Théo Attissogbe.
Tiberghien détourne même une célèbre formule de Kylian Mbappé pour résumer sa réflexion.
« Je n’étais pas hors forme ! Lorsque je faisais de bonnes saisons avant, j’étais à 100 kilos. Comme dirait Kylian Mbappé, le rugby il a changé, il n’y a pas que le football. Aujourd’hui, derrière, il y a des profils comme Bieille-Biarrey, Attissogbe. Il y a moins d’animaux physiquement. Ce qui prime, c’est la vitesse de course et le déplacement, avec ou sans ballon. Si tu es plus léger, tu cours un peu plus. Après, il y a un juste milieu à trouver. Si tu fais 100 plaques, comme moi, et que tu veux perdre six ou sept kilos, c’est bien. Si j’en avais perdu treize… Je voulais avancer avec ce rugby où on demande beaucoup plus d’efforts avec ou sans ballon. De plus, avec la nouvelle règle des changements, on sait qu’il faut être capable de tenir longtemps. »
Sa vitesse de pointe se situerait toujours aux alentours de 34,5 à 35 km/h. Mais là encore, ce n’était pas le principal objectif de son régime.
Tiberghien voulait surtout être capable de maintenir ses déplacements plus longtemps.
« Je ne sais pas. Ma pointe doit être à 34,5 ou 35 km/h. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été plus vite, mais ce qui m’intéressait, c’est de me déplacer plus longtemps. Ce n’est pas simplement d’aller plus vite sur un 100 mètres. »
Pas question d’abandonner son jeu physique
Cette perte de poids comporte malgré tout une limite.
Tiberghien ne souhaite surtout pas gommer ce qui constitue l’une de ses principales forces : son jeu frontal.
L’objectif consiste donc à trouver l’équilibre entre les nouvelles exigences de déplacement et les qualités qui ont construit son rugby.
« C’est ça. Le rugby demande à ce qu’on bouge plus, mais il faut garder ses qualités individuelles. Ceux d’Attissogbe ou de Bielle-Biarrey, c’est la vitesse. Ils ont des profils plutôt légers, ils vont à 10 000 à l’heure et peuvent courir pendant 120 minutes. Moi, c’est autre chose. J’ai un jeu plus frontal, physique. Je vais moins vite, je suis plus costaud. Il faut garder son style de jeu. Je garde un jeu plus frontal. »
Un profil qui peut également lui permettre de dépanner à l’aile. Une possibilité que Tiberghien apprécie désormais davantage que lorsqu’il était plus jeune.
« Pour être honnête, lorsque j’étais jeune, je n’aimais pas du tout jouer à l’aile car je ne savais pas y jouer ! Dans le rugby de maintenant, l’ailier doit être bien placé au bon moment, mais il est hyper libre ! Tu es à l’aile gauche, mais tu peux marquer à droite. C’est un électron libre. Dans ce style-là, j’aime bien jouer à l’aile. Quand il y a un décalage, j’aime bien arriver lancé pour essayer de faire une différence à ma manière. »
Pour l’heure, Tiberghien doit surtout continuer à composer avec cet orteil fracturé. Une situation inhabituelle qui ne l’a pas empêché de retrouver les terrains, tout en évoluant avec un corps sensiblement différent de celui de la saison dernière.

