Philippe Tayeb explique pourquoi les promus ne peuvent jamais recruter les joueurs qui leur permettraient de rivaliser
Philippe Tayeb explique pourquoi les promus ne peuvent jamais recruter les joueurs qui leur permettraient de rivaliser
Le lundi 12 octobre 2026 à 11:50 par David Demri
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S’installer durablement en Top 14 nécessite bien davantage qu’une équipe capable de dominer la Pro D2. Philippe Tayeb en sait quelque chose.
Le président de l’Aviron Bayonnais détaille l’impressionnante évolution économique de son club : 15 millions d’euros de budget avant la montée, 22 millions lors du retour dans l’élite et désormais 35 à 36 millions. Malgré cette progression, Bayonne ne possède encore que la douzième masse salariale du championnat.
L’exemple Bayonnais permet de mesurer l’écart économique qui sépare les deux premières divisions.
Lorsque l’Aviron avait retrouvé le Top 14 en 2019, Philippe Tayeb estime que le club n’était pas suffisamment armé. En 2022, le contexte était profondément différent.
15 millions de budget avant la montée
Bayonne disposait alors du plus gros budget de Pro D2 et avait considérablement avancé dans le développement de ses infrastructures.
La livraison du Campus et l’exploitation des espaces VIP et abonnés de Jean-Dauger ont notamment permis au club de changer de dimension.
Philippe Tayeb explique dans Midi Olympique combien cette transformation a compté :
« Oui. En 2022, nous sommes montés avec 15 millions de budget, c’était le plus gros budget de Pro D2. Le Campus était livré en août, les moyens financiers avaient grandi grâce à l’exploitation des espaces VIP et abonnés à Jean Dauger. Nous avons réussi à faire venir des joueurs qui avaient déjà une grande expérience du Top 14. Nous avons eu de bons jeunes qui nous ont poussés. L’alchimie, le mariage de différentes composantes nous ont permis de faire une belle saison. L’année d’après, on termine douzièmes, puis quatrièmes et à nouveau douzièmes. Rien n’est acquis. »
Cette solidité économique a notamment permis à l’Aviron de convaincre des joueurs d’expérience de rejoindre son projet.
« Sans ces infrastructures, c’était impossible »
Philippe Tayeb est catégorique : sans cette transformation préalable du club, attirer des joueurs du calibre de Camille Lopez ou Maxime Machenaud aurait été impossible.
Lors de son retour dans l’élite, le budget Bayonnais était passé à 22 millions d’euros.
Cela représentait pourtant seulement le douzième budget du championnat.
Pour le président de l’Aviron, les moyens financiers restent déterminants :
« En effet, c’était impossible. Nous sommes remontés avec 22 millions de budget, soit le douzième de Top 14. Les finances construisent une majorité des équipes. Quand on peut avoir cinquante joueurs du même niveau, c’est plus facile que d’en avoir vingt-cinq ou trente. La difficulté, quand tu montes de Pro D2, c’est d’abord le recrutement tardif, puis les finances. »
Et le problème du recrutement tardif est particulièrement difficile à contourner.
« Les grands joueurs ne veulent pas d’incertitude »
Un club qui dispute encore les phases finales de Pro D2 ne peut garantir à ses potentielles recrues qu’elles évolueront en Top 14 quelques mois plus tard.
Pour Tayeb, cette incertitude constitue un handicap considérable lorsqu’il faut convaincre des joueurs de haut niveau.
Le calendrier place les candidats à la montée dans une position délicate :
« Le joueur qui vient doit faire face à une incertitude. Jouer en Top 14 ou Pro D2 ? Les grands joueurs ne veulent pas d’incertitude. Ils veulent jouer en Top 14. Quand le 12 juin, vous n’êtes pas capables de le leur dire, ça pose problème. »
Pendant que les clubs déjà installés dans l’élite peuvent anticiper leur recrutement, le futur promu doit donc attendre de connaître son sort.
Jusqu’à 36 millions aujourd’hui… et seulement la 12ème masse salariale
Depuis son retour en Top 14, Bayonne a continué à grandir considérablement.
Le budget annoncé par Philippe Tayeb atteint désormais 35 à 36 millions d’euros.
Mais ce chiffre ne raconte pas toute l’histoire.
Le président rappelle que le club a également dû investir et s’endetter pour construire son projet :
« Aujourd’hui, nous avons 35 ou 36 millions, mais nous avons de la dette, car nous avons construit, comme une entreprise, et aujourd’hui, nous n’avons encore que la douzième masse salariale. Ce qui compte, c’est la masse salariale des joueurs et les moyens que tu mets dans ton staff. »
Autrement dit, disposer d’un budget global important ne signifie pas automatiquement pouvoir consacrer les mêmes moyens que les principaux concurrents à son effectif professionnel.
« Les paris, en Top 14, ça peut coûter très cher »
Le recrutement représente enfin un exercice particulièrement délicat lors d’une accession.
Philippe Tayeb estime qu’en 2022, seulement la moitié environ des joueurs Bayonnais possédaient déjà le niveau nécessaire pour évoluer en Top 14.
Il fallait donc renforcer massivement l’équipe sans pouvoir repartir de zéro.
Chaque choix devient alors déterminant :
« En 2022, on va dire que 50 % de joueurs ont le niveau pour évoluer en Top 14, donc il faut en recruter 50 %. On a aussi des joueurs sous contrat. Quand tu prends quelqu’un, c’est pour, au minimum, deux ou trois ans. Tu fais des paris. Mais les paris, en Top 14, ça peut coûter très cher. »
À cela s’ajoute la nécessaire revalorisation des joueurs ayant participé à la montée.
Tayeb rappelle que le passage dans l’élite entraîne mécaniquement une augmentation des dépenses :
« Le salaire du Pro D2 n’est pas celui du Top 14. Il y a des joueurs déjà engagés et ceux qui ont fait monter ce club méritent, quelque part, d’être gratifiés au niveau des finances. Ils ont une nette amélioration du salaire, ce n’est pas neutre. »
L’expérience de Bayonne illustre ainsi l’ampleur du défi : même en passant progressivement de 15 millions à 35 ou 36 millions d’euros de budget, l’Aviron reste aujourd’hui seulement douzième du Top 14 en matière de masse salariale.

