« J’ai eu un peu peur » : la recrue de La Rochelle raconte sa grave blessure aux cervicales
« J’ai eu un peu peur » : la recrue de La Rochelle raconte sa grave blessure aux cervicales
Le samedi 24 octobre 2026 à 16:08 par David Demri
Publicité
Le Stade Rochelais s’apprête enfin à profiter de l’un de ses renforts les plus imposants. Arrivé en septembre après huit saisons passées sous les couleurs des Stormers, Salmaan Moerat a dû patienter plusieurs mois avant de pouvoir véritablement lancer son aventure française.
La faute à une blessure aux cervicales contractée en Afrique du Sud, dont les circonstances auraient pu avoir des conséquences particulièrement préoccupantes.
Désormais rétabli, le deuxième ligne international sud-africain de 28 ans espère effectuer ses débuts en Top 14 ce dimanche soir contre l’Union Bordeaux-Bègles.
Avec ses deux mètres, ses 122 kilos et ses onze sélections avec les Springboks, Salmaan Moerat possède un profil particulièrement intéressant pour le paquet d’avants maritime.
Déjà apparu en Champions Cup face aux Lions, le Sud-Africain se prépare à découvrir le championnat français. Avant cette nouvelle étape, il est revenu dans les colonnes de Sud Ouest sur sa longue convalescence, les inquiétudes provoquées par sa blessure et le soutien apporté par les dirigeants rochelais.
« Je sentais des fourmillements dans mes doigts »
Tout a commencé lors d’une rencontre disputée avec les Stormers.
Sur une touche, Salmaan Moerat a subi un choc au niveau de la tête après la retombée d’un joueur adverse.
Dans un premier temps, le deuxième ligne n’a pas immédiatement mesuré la gravité de la situation.
Il a même poursuivi la rencontre, avant de disputer deux autres matchs.
Mais les douleurs ont fini par réapparaître, conduisant le joueur à passer des examens médicaux.
Salmaan Moerat a raconté dans les colonnes de Sud Ouest les circonstances particulièrement inquiétantes de sa blessure :
« C’était sur une touche. L’équipe adverse a contesté le ballon dans les airs, le sauteur est retombé sur ma tête. Je n’ai pas senti de craquement mais mon cou était très raide et je sentais des fourmillements dans mes doigts.
Ça a duré quelques secondes, j’ai eu un peu peur, mais c’est très vite parti. Et j’ai fini le match. J’en ai même joué deux autres ensuite. Après la demi-finale de l’URC contre le Leinster, j’ai recommencé à sentir une gêne, et c’est là qu’on a fait des examens et qu’on a vu que les cervicales étaient touchées. »
Une découverte qui a naturellement suscité des interrogations concernant la suite de sa carrière.
Salmaan Moerat a-t-il craint de devoir arrêter le rugby ?
Une blessure touchant les cervicales représente une situation particulièrement délicate pour un joueur évoluant à un poste aussi exposé physiquement que celui de deuxième ligne.
Au moment de recevoir son diagnostic, Salmaan Moerat reconnaît avoir traversé une période d’incertitude.
Mais les échanges avec des spécialistes et d’autres joueurs lui ont progressivement permis de retrouver confiance.
Le Springbok a expliqué comment il avait vécu cette période :
« Il y a forcément un peu de doute au moment où tu apprends le diagnostic. Mais après avoir parlé avec des spécialistes et d’autres joueurs, j’ai été rassuré. J’étais prêt à relever le défi de revenir encore plus fort pour reprendre ma carrière. Il y a encore tellement de choses que je veux encore accomplir. Je me sens à 100 %, en confiance sur le terrain, sans la moindre hésitation. »
Pour retrouver toutes ses capacités, le Sud-Africain a suivi une rééducation exigeante, d’abord dans son pays natal, puis en France.
Il a détaillé son parcours jusqu’à son retour sur les terrains :
« Ça a été un sacré parcours pour en arriver là. Je me suis blessé en Afrique du Sud, j’ai fait une partie de ma rééducation là-bas, puis, environ trois mois plus tard, j’ai pris l’avion pour Bordeaux et j’ai passé environ trois semaines avec Luc Senegas dont m’avait parlé Carlü Sadie. C’était incroyable. J’ai vraiment apprécié travailler avec lui. Il te fait bosser très, très dur. Mais j’en suis ressorti un meilleur athlète, plus fort. »
Un travail qui lui permet aujourd’hui d’envisager la suite de sa carrière avec sérénité.
« Ils auraient pu me dire qu’ils ne voulaient plus de moi »
Pendant cette longue période d’indisponibilité, Salmaan Moerat aurait pu craindre de voir son transfert remis en question.
Recruté par La Rochelle alors qu’il était blessé, le joueur savait que sa situation représentait une incertitude pour son futur employeur.
Mais les dirigeants maritimes ont maintenu leur confiance.
Une attitude qui a profondément marqué le Sud-Africain.
Moerat a exprimé sa reconnaissance envers le Stade Rochelais :
« Tout au long du process, ils ont fait preuve d’une grande confiance à mon égard. On sait comment ça se passe dans le rugby professionnel, ils auraient pu me dire “tu es sérieusement blessé, on ne veut plus de toi”. Mais non. Ils m’ont fait confiance, c’est aussi pour ça que j’ai ressenti la responsabilité de tout faire pour revenir dans la meilleure forme possible, avec un cou aussi solide que possible. J’ai tellement de gratitude à leur encontre pour m’avoir quand même permis de venir en France. »
Le soutien ne s’est pas limité aux dirigeants.
Ronan O’Gara a également pris régulièrement des nouvelles de son futur joueur.
Le deuxième ligne a raconté ses échanges avec le manager rochelais :
« Oui, on a souvent échangé. Tout au long de mon parcours, le club a pris de mes nouvelles, demandait si j’avais besoin de quoi que ce soit. J’ai aussi pu venir voir le premier match de la saison contre Toulouse. Quelle ambiance il y avait… C’était incroyable. Je suis allé dans le vestiaire après le match et j’ai rencontré quelques supporters. »
Une attention qui a facilité son intégration avant même ses premières minutes sous le maillot jaune et noir.
Pourquoi a-t-il quitté les Stormers pour La Rochelle ?
Après de longues années en Afrique du Sud et un titre en United Rugby Championship remporté en 2022, Salmaan Moerat souhaitait découvrir un nouvel environnement.
Le Top 14 représentait à ses yeux le défi idéal.
Le Sud-Africain a expliqué les raisons de son départ :
« J’ai passé des moments magnifiques là-bas, neuf années superbes avec les Stormers avec qui on a remporté l’URC, ce dont je me souviendrai toute ma vie. Mais je pense que j’avais besoin de changer d’air et de me lancer un nouveau défi. Le Top 14 est le championnat le plus dur au monde, et j’ai envie de me tester face aux meilleurs joueurs du monde. »
Son choix s’est finalement porté sur le Stade Rochelais, dont il apprécie le style de jeu et les ambitions européennes.
Mais l’aspect familial a également joué un rôle déterminant.
Moerat a expliqué ce qui l’avait convaincu de rejoindre les Maritimes :
« C’est l’un des meilleurs clubs au monde, qui a gagné deux fois la Champions Cup récemment, avec un style de rugby qui me correspond. Et quand j’ai vu l’atmosphère qui régnait ici pour le match contre Toulouse, ça m’a conforté dans mon choix. C’est un club familial, un aspect très important pour moi.
Dès le début, ils ont voulu s’assurer que ma femme et nos enfants ne manquent de rien et soient heureux. C’était déterminant, avec évidemment l’envie de faire partie de l’une des meilleures équipes du monde, qui je l’espère pourra de nouveau gagner une Coupe d’Europe. »
Un retour chez les Springboks et la Coupe du monde 2027 dans le viseur
Salmaan Moerat ne compte pas limiter ses ambitions à sa nouvelle aventure rochelaise.
International sud-africain à onze reprises, il espère également retrouver le maillot des Springboks.
Sa dernière sélection remonte à juillet 2025.
Son départ pour la France ne constitue toutefois pas un obstacle réglementaire, les joueurs sud-africains restant sélectionnables lorsqu’ils évoluent à l’étranger.
Le deuxième ligne a évoqué son ambition internationale :
« On est privilégiés en Afrique du Sud puisqu’on reste sélectionnables tout en jouant à l’étranger. J’espère pouvoir très bien jouer avec La Rochelle et pouvoir postuler à une place dans l’équipe. Mais pour l’heure, je me concentre sur mon retour, apporter le plus possible à mon nouveau club. Ensuite, on verra si je peux à nouveau prétendre à la sélection nationale. »
La Coupe du monde 2027 figure également parmi ses objectifs.
Interrogé sur cette échéance, il a confirmé son envie d’y participer :
« Bien sûr, comme pour tout joueur de rugby professionnel. C’est la plus grande compétition. On a tous envie de représenter son pays. »
Avant son départ, Salmaan Moerat avait d’ailleurs évoqué son projet avec Rassie Erasmus.
Le sélectionneur sud-africain l’avait encouragé dans sa démarche :
« Durant une conversation, j’ai mentionné que j’envisageais de partir à l’étranger. C’était une bonne discussion, ça m’a permis d’avoir les idées claires. Il m’a encouragé. J’ai vraiment apprécié son soutien. »
« Des gens ont douté de moi, et à juste titre »
Nommé capitaine des Springboks en 2024 par Rassie Erasmus, Salmaan Moerat avait également fait l’objet de critiques concernant certaines de ses performances.
Le joueur ne cherche pas à les contester.
Il considère au contraire que son arrivée en France doit lui permettre de franchir un nouveau palier.
Le deuxième ligne est revenu sur sa relation avec Rassie Erasmus et sur les critiques reçues :
« On a une relation très professionnelle. Les autres joueurs et moi, on a un immense respect pour ce qu’il a fait pour notre pays. Quand il est arrivé, on était au plus bas, et il nous a emmenés au plus haut. J’espère que ça continuera ainsi pendant des années. Je suis très reconnaissant qu’il m’ait donné cette opportunité. Des gens ont douté de moi, et à juste titre car parfois, je n’ai pas joué à mon meilleur niveau. Je n’ai pas de mal à le reconnaître. C’est aussi pour ça que ce défi en France ne peut que faire de moi un meilleur joueur. »
Le championnat français doit ainsi lui permettre de retrouver le niveau nécessaire pour prétendre à une nouvelle convocation.
Moerat estime que l’intensité du Top 14 constitue une préparation idéale au rugby international :
« En tout cas, ça te prépare au niveau des matchs internationaux. Tu joues contre certains des meilleurs au monde, avec un rugby à la fois extrêmement physique et très rapide. C’est très frontal, et selon moi, c’est ce que demande le rugby international : est-ce que tu vas m’arrêter, ou est-ce que je vais te passer dessus ? Ce championnat reproduit ça parfaitement. »
Après avoir effectué ses premiers pas en Champions Cup face aux Lions, le colosse sud-africain devrait désormais découvrir le Top 14 contre Bordeaux-Bègles, dimanche à 21 h 05.
Une nouvelle étape pour un joueur qui a longtemps attendu de pouvoir enfin défendre les couleurs du Stade Rochelais.

