« Ça fout le bordel ! » : Laurent Cardona dézingue World Rugby et ses nouvelles règles !
« Ça fout le bordel ! » : Laurent Cardona dézingue World Rugby et ses nouvelles règles !
Le jeudi 29 octobre 2026 à 21:00 par David Demri
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Le rugby français traverse une période de turbulences réglementaires ! Depuis le début de la saison 2026-2027, les modifications apportées aux règles du jeu provoquent incompréhensions, erreurs d’arbitrage et coups de gueule des entraîneurs.
Entre une décision contestée lors de Vannes-Clermont, l’interdiction de nouvelles techniques de plaquage et les critiques de Ronan O’Gara contre l’arbitrage vidéo, la tension monte autour de World Rugby.
Si l’objectif affiché reste de renforcer la sécurité des joueurs, la multiplication des changements et leur entrée en vigueur parfois en cours de saison compliquent considérablement le travail des clubs et du corps arbitral. Plusieurs acteurs du Top 14 dénoncent désormais un manque de clarté et des décisions difficiles à appliquer dans le feu de l’action.
Vannes-Clermont : une erreur qui aurait pu provoquer un match à rejouer !
L’épisode le plus marquant s’est produit lors de la rencontre entre Vannes et Clermont, remportée de justesse par les Bretons sur le score de 27 à 26.
En cause : l’application de la nouvelle règle limitant les équipes à huit changements.
Alors qu’un joueur vannetais venait de remplacer un coéquipier sorti en raison d’une commotion cérébrale, l’arbitre Pierre Brousset lui a demandé de quitter la pelouse, contraignant Vannes à terminer la rencontre en infériorité numérique.
La commotion avait pourtant été constatée par le médecin du club breton, mais aucun protocole commotion habituel n’avait été réalisé.
Face au manque de clarté du règlement établi par World Rugby, le corps arbitral s’est trompé dans son interprétation.
L’affaire a nécessité une clarification de l’instance internationale, sollicitée par Mathieu Raynal, responsable de l’arbitrage français.
Interrogé par RMC Sport, l’ancien arbitre professionnel Laurent Cardona estime que les conséquences auraient pu être considérables si Clermont avait remporté la rencontre :
« Ça aurait été match à rejouer. »
Il dénonce une situation particulièrement difficile à gérer pour les arbitres :
« On a empêché Vannes de jouer à 15. Mais ce n’est tellement pas clair… Les remplacements ont toujours été illisibles, je pense que 90% des gens qui observent le rugby ne comprennent rien sur les changements, sauf si on leur explique calmement, hors pression. C’est très complexe aussi pour les arbitres. Malgré les efforts d’explication de l’instance, ça marche super bien dans une salle de réunion, au calme, sans pression, sans public qui crie, sans enjeux de score, etc. Mais quand tu es sur le terrain… »
« Ça fout le bordel » : Laurent Cardona s’attaque à World Rugby !
L’incident de Vannes n’est pas le seul à avoir nécessité des explications de World Rugby.
Début octobre, Mathieu Raynal avait déjà interpellé l’instance internationale concernant le calendrier d’application de nouvelles interdictions portant sur deux techniques de plaquage. Parmi elles figure le plaquage dit « pivotant », dont l’interdiction doit entrer en vigueur le 1er novembre.
Cette période transitoire a placé certains arbitres dans une situation délicate, confrontés à des gestes potentiellement dangereux mais pas encore interdits par le règlement.
Pour Laurent Cardona, le problème vient notamment de la manière dont ces décisions sont prises, sans associer suffisamment les arbitres.
L’ancien officiel se montre particulièrement virulent :
« Dans les grandes réunions de changement de règles, il n’y a pas d’arbitre. Ils décident entre nations, entre grands penseurs de World Rugby, et point final. C’est l’hémisphère sud qui pilote le rugby mondial, et comme là-bas leurs championnats sont en pause, ils se permettent de changer les règles à ce moment-là. Ça fout le bordel. De toute façon, changer des règles en plein cours d’une saison devrait être interdit. On préfère mettre une nouvelle règle en plein milieu du championnat français, le meilleur au monde, et ne pas déranger le championnat de l’hémisphère sud… »
Une critique directe du fonctionnement de World Rugby et de son calendrier réglementaire, jugé inadapté aux contraintes du Top 14.
« C’est catastrophique » : Joan Caudullo dénonce les changements en pleine saison
Du côté des entraîneurs, ces évolutions suscitent également de nombreuses interrogations.
L’interdiction de certaines techniques de plaquage oblige les staffs à modifier leurs habitudes de travail, parfois dans des délais très courts.
À l’Union Bordeaux-Bègles, l’entraîneur de la défense Aurélien Cologni explique n’avoir jamais enseigné à ses joueurs la technique consistant à plaquer avec les genoux au sol, déjà sanctionnée en Top 14 mais dont l’interdiction n’avait été formalisée qu’en octobre.
Il reconnaît néanmoins les difficultés rencontrées par les joueurs habitués à certains gestes :
« Quand les joueurs sont habitués à certaines façons de travailler, c’est difficile de casser les codes. »
Il précise :
« Pour ceux qui avaient encore ces petits relents de mettre le genou au sol, on en voit encore un peu chez nous, c’est léger, je ne suis pas très embêté avec ça, j’essaie de corriger, mais c’est vrai qu’on le voit dans d’autres équipes. »
À Montpellier, Joan Caudullo partage les réserves concernant le calendrier de ces modifications.
Le manager montpelliérain ne mâche pas ses mots :
« Mettre des règles en place au mois de novembre, je trouve ça catastrophique. »
Il reconnaît toutefois que certaines pratiques doivent disparaître pour préserver l’intégrité physique des joueurs.
Joan Caudullo nuance ainsi sa position :
« Mais après… je respecte et on va se mettre dans de bonnes conditions, car la sécurité des joueurs est importante. On va essayer de travailler spécifiquement sur ceux qui ont l’habitude de les faire, on va communiquer avec eux sur le fait qu’on n’a plus le droit. C’est accidentogène, et je comprends qu’on puisse demander à l’arrêter. »
Le désaccord ne porte donc pas sur la nécessité de protéger les joueurs, mais sur la façon dont les changements sont annoncés et appliqués.
Ronan O’Gara explose contre le nouvel arbitrage vidéo !
Les nouvelles règles ne sont pas les seules à provoquer des tensions.
Le dispositif d’arbitrage vidéo indépendant, introduit à la rentrée, a également suscité la colère de Ronan O’Gara.
Début octobre, après une rencontre de Top 14, le manager du Stade Rochelais avait vivement critiqué la coordination entre l’arbitre central et l’assistance vidéo.
Il estimait notamment que plusieurs situations dangereuses avaient été insuffisamment sanctionnées, alors que deux joueurs cadres de son équipe avaient été blessés.
Ronan O’Gara avait exprimé sa colère :
« Vous avez vu le match? C’est brutal! Tu as le droit de faire ce que tu veux maintenant. Tu plaques, tu prends la tête, tu plaques en retard… »
Le technicien irlandais avait également dénoncé les limites du nouveau fonctionnement de l’arbitrage vidéo.
Il poursuivait :
« C’est une réussite seulement si les images sont disponibles. On parle de protéger le joueur. Et quoi? Ça dépend de l’humeur? Ce n’est pas possible. ‘Just check and confirm’ (vérifiez simplement et confirmez). Vous gagnez en crédibilité si vous faites ça. Mais si tu laisses tout le monde dans le ‘gris’, on fait quoi? On a passé tout l’été dans des séminaires pour dire ‘on va voir le TMO dans une lumière différente maintenant’, mais ça régresse… »
Ces critiques interviennent alors que les blessures se multiplient dans plusieurs clubs français en ce début de saison.
Entre les changements de règles de plaquage, les nouvelles modalités de remplacement, les difficultés d’interprétation des protocoles commotion et les interrogations autour de l’arbitrage vidéo, les joueurs, les entraîneurs et les arbitres doivent s’adapter à un cadre réglementaire en constante évolution.
Une situation qui alimente les tensions dans le rugby professionnel, malgré un objectif partagé par tous : mieux protéger la santé des joueurs.

