« On va manger de la merde ! » : Il y a 8 ans, Mathieu Bastareaud poussait un énorme coup de gueule

« On va manger de la merde ! » : Il y a 8 ans, Mathieu Bastareaud poussait un énorme coup de gueule

Le samedi 7 novembre 2026 à 9:08 par David Demri

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Le 24 novembre 2018 reste une date particulièrement douloureuse dans l’histoire du XV de France. Ce soir-là, les Bleus s’inclinaient pour la première fois face aux Fidji (14-21), devant seulement 42 000 spectateurs au Stade de France. Une défaite historique qui avait provoqué une immense colère dans le vestiaire tricolore, notamment chez Mathieu Bastareaud. Huit ans plus tard, alors que les deux nations se retrouvent, cette rencontre rappelle aussi à quel point les Fidjiens avaient dominé les Français, bien au-delà du simple résultat.

À l’époque, le XV de France traversait une période particulièrement compliquée sous les ordres de Jacques Brunel. Malgré une victoire précédente contre l’Argentine, les Bleus avaient complètement déjoué face à des Fidjiens inspirés, puissants et remarquablement organisés. Semi Radradra, alors joueur de Bordeaux, et Josua Tuisova, qui évoluait au Rugby Club Toulonnais, avaient inscrit les deux essais de leur sélection.

« On s’est pris pour qui, les gars ? »

Au coup de sifflet final, les joueurs français avaient été profondément marqués par cette défaite.

Les caméras de France 2 avaient notamment capté une intervention particulièrement musclée de Mathieu Bastareaud, alors joueur du RCT, devant ses partenaires réunis sous les poteaux.

Le trois-quarts centre international avait exprimé toute sa colère face à l’attitude et à la prestation de son équipe :

« On s’est pris pour qui, les gars ? On s’est pris pour qui ? Ça y est, on bat l’Argentine et on se prend pour d’autres. Alors maintenant, on va redescendre sur Terre et on va manger de la merde ! Parce que là, on fait pitié, on fait honte les gars ! Faut qu’on ait conscience de ça… »

Une sortie qui témoignait de la frustration des Bleus après une rencontre durant laquelle ils avaient été dominés dans de nombreux secteurs.

« On était sans solution »

Plusieurs années après cette rencontre, Louis Picamoles était revenu sur le sentiment d’impuissance qui avait gagné les internationaux français.

Mais le troisième ligne avait également tenu à rappeler que les Fidjiens avaient réalisé une prestation remarquable.

Louis Picamoles avait raconté la détresse du vestiaire français tout en soulignant la qualité de l’adversaire :

« On était sans solution. À la fin du match, on avait du mal à se regarder dans les yeux parce que personne n’était fier de ce qu’on venait de montrer. Il y avait un mélange de déception, de tristesse, de honte, de frustration, de colère… Même si je trouve le mot « honte » un peu fort parce que, quand on a honte, ça veut dire que l’adversaire est clairement mauvais. Or, l’équipe des Fidji ce soir-là avait fait un très bon match. »

Radradra et Tuisova avaient fait des ravages

Si les Français avaient marqué leurs deux essais par Guilhem Guirado sur des ballons portés, les Fidjiens avaient affiché une tout autre créativité offensive.

Semi Radradra et Josua Tuisova avaient fait parler leur puissance et leur talent, tandis que Peceli Yato avait également réalisé une prestation impressionnante.

Les joueurs du Pacifique avaient surtout dominé les collisions et les duels, un secteur dans lequel les Français étaient pourtant attendus.

Franck Boisvert, entraîneur français installé aux Fidji, avait livré une analyse particulièrement sévère du rapport de force physique :

« Quand on voit Radradra, un joueur magnifique, qui est opposé à ce « patapouf » en face de lui… il n’y a pas photo ! Et c’est pareil en troisième ligne. Il y a de superbes athlètes aux Fidji, alors qu’en face, ce sont vraiment des athlètes moyens. Samedi, tous les duels étaient gagnés par les Fidjiens. »

Le technicien avait également rappelé que la sélection fidjienne évoluait sans plusieurs joueurs majeurs :

« Et imaginez qu’ils jouent sans Botia, sans Nadolo, sans Ravai, qui est le meilleur pilier. Mais si ces trois-là avaient été là, ça aurait été un massacre contre l’équipe de France… Je ne sais même pas si Raka et Naikataci auraient eu leur place dans cette équipe. »

Le véritable secret de l’exploit fidjien

Contrairement aux idées reçues, cette victoire ne reposait pas uniquement sur les exploits individuels des trois-quarts fidjiens.

La sélection entraînée par John McKee avait également réalisé une performance remarquable en conquête, notamment en mêlée fermée.

Un secteur dans lequel le travail du technicien néo-zélandais Alan Muir avait été déterminant.

Franck Boisvert avait d’ailleurs tenu à mettre en lumière le rôle essentiel de cet entraîneur méconnu :

« C’est un résultat tout à fait logique. Et c’est la victoire d’une personne qu’on ne célèbre pas du tout. Le secret de cette victoire, c’est la mêlée. Et le monsieur qui s’occupe de la mêlée s’appelle Alan Muir, c’est lui le véritable héros du rugby fidjien. Avant, on se faisait complètement exploser en mêlée. Il a fait un travail formidable et aujourd’hui, grâce à lui, notre mêlée est très compétitive. Avant, nous avions plus ou moins les mêmes joueurs, le même talent, les mêmes capacités physiques extraordinaires, mais nous n’avions pas de mêlée. Je suis vraiment assez dubitatif, en regardant toutes les analyses, que personne n’ait remarqué que c’était là toute la différence. »

Antoine Dupont était encore remplaçant

Autre particularité de cette rencontre : Antoine Dupont, alors âgé de 22 ans, n’était pas encore le patron incontesté du XV de France.

Le futur capitaine des Bleus avait débuté sur le banc, Jacques Brunel lui préférant Baptiste Serin à la mêlée.

Dupont n’était entré en jeu qu’à la 51e minute, sans pouvoir inverser le cours de cette rencontre.

Depuis, le rugby français a profondément évolué, notamment avec l’installation de la charnière Dupont-Ntamack.

Les Fidji ont également poursuivi leur progression, atteignant les quarts de finale de la Coupe du monde 2023 et s’imposant notamment en Angleterre et au pays de Galles.

John McKee, sélectionneur des Fidji en 2018, avait expliqué après cette victoire historique pourquoi ses joueurs croyaient à leur exploit :

« On savait qu’une victoire nous permettrait d’entrer dans l’histoire. Beaucoup de nos joueurs évoluent dans le Top 14 et fréquentent les joueurs français, ils connaissent certaines de leurs faiblesses. Ça nous a donné la foi. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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