« J’ai appelé O’Gara pour lui dire que je ne voulais plus bosser pour lui » : Romain Carmignani brise le silence

« J’ai appelé O’Gara pour lui dire que je ne voulais plus bosser pour lui » : Romain Carmignani brise le silence

Le dimanche 8 novembre 2026 à 8:40 par David Demri

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Son départ du Stade Rochelais avait surpris. Après plus de quinze ans passés au club comme joueur puis entraîneur, Romain Carmignani a décidé de quitter ses fonctions de responsable de la défense avec effet immédiat, alors qu’il lui restait encore huit mois de contrat. Dans un entretien accordé à L’Équipe, le technicien de 43 ans révèle avoir appris indirectement qu’il ne serait pas reconduit la saison prochaine. Une situation qui a profondément altéré sa relation avec les dirigeants maritimes.

Parti quelques jours après la victoire contre Clermont (38-13), avant l’officialisation de son départ le 12 octobre, Romain Carmignani explique avoir pris cette décision pour rester fidèle à ses valeurs. S’il comprend la volonté du club de renouveler son encadrement, il regrette surtout la manière dont la nouvelle lui a été annoncée.

« La relation de confiance s’était cassée »

L’ancien entraîneur rochelais explique avoir découvert par des intermédiaires que son avenir ne s’inscrivait plus dans le staff professionnel.

« J’ai appris par personnes interposées que je n’étais pas conservé dans le staff professionnel la saison prochaine. J’ai regretté ce manque de transparence de la part de mes dirigeants. La relation de confiance s’était cassée. Je suis un entraîneur pour qui la relation humaine est extrêmement importante pour accéder à la performance, aussi bien avec mes collègues qu’avec les joueurs. À partir de là, j’ai estimé que notre collaboration allait être difficile. »

Il reconnaît qu’il aurait pu rester jusqu’au terme de son contrat, mais ne se sentait plus capable de s’investir pleinement.

« Dans mon fonctionnement, mon choix de sortir maintenant était logique. On fait un métier bien payé. J’aurais pu ne rien dire, faire semblant et aller au bureau mais n’étant plus aligné à l’instant T avec Ronan (O’Gara) et mes dirigeants, il m’a semblé qu’il aurait été difficile pour moi de m’engager comme à mon habitude à 1 000 % dans le projet. Ce n’était pas une décision facile pour moi bien sûr. »

Une proposition de reconversion qui ne l’a pas convaincu

Romain Carmignani assure ne pas contester la volonté du Stade Rochelais d’ouvrir un nouveau cycle. C’est avant tout l’absence de discussion directe qui lui a posé problème.

Il revient sur son entretien avec Ronan O’Gara et le directeur général Pierre Venayre.

« Je pouvais comprendre que le club ait envie de faire autre chose, sachant que sept ans, c’est déjà bien et long. C’est rare, même. Mais la forme était moyenne. J’aurais préféré avoir une discussion franche avec mes dirigeants. Elle est venue ensuite. Je l’ai déclenchée au bout de quinze jours. On s’est vus avec Ronan et Pierre Venayre (le directeur général). Ils m’ont proposé quelque chose sur la formation qui n’était pas encore très clair et défini à mon goût. »

Le technicien a finalement préféré prendre du recul plutôt que d’attendre la fin de la saison.

« Je me suis dit : « Est-ce que je continue la saison avant d’avoir seulement quinze jours pour basculer sur un éventuel autre projet, ou est-ce que je prends six mois pour moi quasiment pour la première fois depuis que j’ai commencé ce métier ? » J’ai choisi la deuxième option. »

Il estime pourtant avoir obtenu des résultats satisfaisants à la tête de la défense rochelaise.

« Exactement, je suis très rationnel. On a fini cinq fois dans les trois premières défenses et une fois cinquième de Top 14. J’estime que mon bilan est plutôt bon, ce qui m’a été confirmé par le club. La direction veut créer un nouvel élan et faire différemment. Sportivement, je le comprends, mais c’est davantage la forme qui m’a posé problème, comme je vous le disais. J’ai joué dans ce club, ça faisait même plus de quinze ans que j’y étais. On se connaît tous. J’aurais tellement apprécié qu’on se dise les choses autour d’un verre ou d’un repas plutôt que par personne interposée. »

« Je ne voulais plus bosser pour lui »

Malgré les circonstances de son départ, Romain Carmignani conserve une grande estime pour Ronan O’Gara et le travail réalisé ensemble.

Il souligne notamment ce que l’entraîneur irlandais lui a apporté durant leur collaboration.

« Ronan est un compétiteur. C’était un vrai défi de travailler avec lui. Il m’a appris plein de choses. Je me suis éclaté durant ces six années. Je savais qu’il allait me challenger tous les jours, parce qu’il veut tout le temps gagner, même à l’entraînement. Il a ancré en moi cette vision et ça va me servir pour mes expériences futures. Il m’a aussi fait prendre conscience que le Stade Rochelais était considéré comme la petite écurie, alors que nous étions capables de renverser des montagnes au vu des joueurs que nous avions. »

Le Stade Rochelais reste néanmoins un club auquel il demeure profondément attaché.

Romain Carmignani évoque les relations qu’il entretient toujours avec ses anciens collègues et les joueurs, avant de raconter son échange décisif avec O’Gara.

« C’est ma famille. La semaine dernière, une vingtaine de mecs du staff étaient à la maison. J’avais envie de faire un pot et de partager un moment avec eux. C’était un bon moment et j’espère qu’il y en aura plein d’autres. Avec les joueurs, j’ai une très bonne relation. J’ai toujours été sincère avec eux. Je peux facilement me regarder dans la glace. Début octobre, je me suis levé un matin et j’ai appelé Ronan pour lui dire que je ne voulais plus bosser pour lui et que je voulais faire autre chose. Il ne s’y attendait pas. »

Un nouveau départ à 43 ans

L’ancien responsable de la défense rochelaise souhaite désormais profiter de cette période pour se ressourcer et découvrir d’autres méthodes de travail.

Il assume pleinement sa décision, même si celle-ci a surpris son entourage.

« (Rires). C’est ce que tout le monde me dit. Personne ne comprend pourquoi j’ai fait ça maintenant, mais moi, je le sais très bien. Dans un sens, je suis aligné, car je suis en accord avec mon éducation et mes valeurs. Je vais avoir du temps pour moi et profiter de ma famille. Je suis un jeune coach, je n’ai que 43 ans. »

Il prévoit notamment de retrouver Jono Gibbes en Nouvelle-Zélande et souhaite observer plusieurs grandes formations européennes.

« J’ai envie de découvrir d’autres choses. Je suis invité à passer tout le mois de décembre avec Jono Gibbes (passé par le staff rochelais de 2018 à 2021), pendant la pré-saison des Chiefs. Ça va être génial. J’ai envie de profiter d’opportunités comme ça pour aller découvrir des clubs comme le Stade Toulousain, le Leinster ou de grands clubs anglais, afin de continuer ma formation de coach. »

Pour son prochain poste, Carmignani aimerait disposer de responsabilités plus importantes dans la préparation sportive.

« J’aimerais avoir un rôle différent. Là, j’étais assistant. J’aimerais avoir plus de responsabilités, pas forcément dans le management des joueurs mais davantage dans la composition des entraînements et l’élaboration des stratégies. Tout ça m’intéresse vraiment. »

Fabien Galthié l’a contacté à plusieurs reprises

Romain Carmignani confirme également avoir été approché par la sélection fidjienne.

Des contacts qui remontent au mois de janvier et qui auraient pu déboucher sur une expérience internationale.

« Oui, depuis janvier dernier. Un tel format dans une équipe comme celle-là, avec la perspective de disputer la Coupe du monde, c’est quelque chose qui m’aurait beaucoup plu. »

Mais le technicien ne cache pas non plus son ambition de rejoindre un jour l’encadrement du XV de France.

Il révèle que Fabien Galthié l’a déjà sollicité à plusieurs reprises et se dit toujours disponible pour aider les Bleus.

« Oui, plusieurs fois. Il y a une notion de rêve avec l’équipe de France. Ça fait partie de mes objectifs. Avec Fabien, on s’est rencontrés quand il a constitué le staff de son deuxième mandat. Puis il est venu avant la tournée d’été, mais il a pris Geoffrey Doumayrou (pour la défense). Je suis content pour Geoffrey car c’est un joueur que j’ai entraîné pendant deux ans et j’aime beaucoup l’homme. Mais si Fabien a besoin d’aide, je suis dispo. J’ai du temps… (il se marre). »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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