« La cinquième dimension » (Rugby365)

« La cinquième dimension » (Rugby365)

27 avril 2010 - 19:16

Publicité

TOULON_BOUDJELLAL_JOIEDeuxième de Top 14 avec Toulon, Mourad Boudjellal se réjouit du parcours de son équipe cette saison. Le bouillonnant président toulonnais est sur un nuage mais sait que l’euphorie ne va peut-être pas durer.

Mourad Boudjellal ce n’est que votre deuxième saison en Top 14 depuis la montée et Toulon est qualifié en demi-finale, l’objectif est-il atteint ?
Ça aurait été présomptueux en début de saison de dire qu’être dans les deux premiers était notre objectif. Notre objectif était d’être dans les six pour profiter de cette nouvelle règle mise en place par la Ligue avec les barrages. Mais si on nous avait dit qu’on serait le premier club depuis très longtemps à s’immiscer entre Toulouse, Perpignan, Clermont, le Stade Français et Biarritz on aurait signé.

Vous finissez deuxième du championnat à égalité de points avec l’USAP, leader. Pouviez-vous espérer mieux ?
Normalement nous sommes premiers car c’est nous qui avons le plus grand nombre de victoires et le moins de défaites.

Neuf victoires d’affilée en championnat et onze si on compte le Challenge européen, votre fin de saison est impressionnante…
C’était imprévisible, c’est sûr que ça fait bizarre. Je ne pensais pas qu’on en était capables. Je me demande où ce groupe peut s’arrêter aujourd’hui, car il a une telle force… C’est très surprenant. Je ne sais même plus comment ça fait de perdre un match ! Je pense qu’on le saura très vite, mais je ne sais plus comment ça fait.

Le succès face à Brive (26-23) a été difficile à obtenir le week-end dernier. Philippe Saint André a déclaré qu’il avait été surpris par ses joueurs. Partagez-vous son avis ?
Oui c’est vraiment le succès des joueurs, ils ont été le chercher tout seuls. Tout le monde a vu qu’ils étaient cuits physiquement après le match contre Perpignan (ndlr : victoire 33-23, 25eme journée), car nous ne sommes pas habitués à jouer des matchs de cette intensité. On est capables de les gagner mais ce n’est pas notre quotidien comme Perpignan, Clermont ou Toulouse. En deuxième mi-temps les joueurs sont allés chercher la victoire tout seuls, pour s’offrir une semaine de repos.

« Gagner le Challenge pour me réconcilier avec Serge Blanco »

Votre demi-finale va se jouer à Saint Etienne, auriez-vous préféré la jouer à Montpellier ?
Si nous jouons Clermont en demie nous allons totalement perdre l’avantage d’être deuxièmes, car Saint Etienne est à 150 km de Clermont et à 400 km de Toulon. Donc on aurait bien sûr préféré Montpellier. Mais de toutes manières il faut jouer les demi-finales pour les gagner. Les supporters toulonnais sont en manque de rugby et de sensations depuis longtemps donc ils vont se déplacer en masse quel que soit le lieu où cela se déroule. Si la demi-finale avait lieu à Macao ils iraient quand même !

Entre Clermont et le Racing-Métro, vous préférez donc jouer le Racing en demi-finale ?
Oui je préférerais jouer le Racing pour l’équité géographique en tout cas. Et aussi parce que si le Racing bat Clermont, ça voudra dire qu’ils ont fait un « match de malade »… et qu’ils devront en refaire un autre contre Toulon six ou sept jours après, ce qui est énorme physiquement. Et puis cela me permettrait de retrouver mon vieil ami Jacky Lorenzetti en demi-finale. Mais s’il faut jouer Clermont on les jouera, avec beaucoup d’humilité parce qu’on sait que Clermont domine depuis quelques années le rugby français. S’il y a une équipe qui mérite un titre, c’est l’ASM, donc on les jouera en étant outsiders. Clermont n’a pas le droit de se louper cette année. Ils jouent deux matchs quasiment à domicile contre deux « ex-Pro D2 » avec un promu (ndlr : le Racing-Métro) et un « presque promu » (ndlr : Toulon), le premier à Clermont et l’autre à 150 km de chez eux (ndlr : si Clermont se qualifie pour les demi-finales). Donc pour Clermont c’est l’autoroute pour la finale.

Vous êtes aussi en demi-finale de Challenge Européen, le titre est-il jouable ?
Oui, on a envie de gagner ce Challenge d’abord parce qu’il y a une belle finale à jouer au Vélodrome. Ce sera huit jours après que Marseille ait été sacré champion de France de foot. Ce sera la grande fête du Sud de la France. Et accessoirement notre victoire peut offrir une septième place en H Cup à un club français, en l’occurrence Biarritz. Cela me permettrait peut-être de me réconcilier avec Serge Blanco et de boire un bon verre de vin avec lui en fêtant sa qualification en H Cup. Dans l’hypothèse où Biarritz ne la gagne pas bien sûr.

« Les grands joueurs ? Comme avec les jolies filles »

Avez-vous songé au doublé Bouclier de Brennus et Challenge Européen ?
Non. Maintenant on est rentré dans une autre dimension, c’est la cinquième dimension, le « truc irréel ». Donc on laisse faire. Ce qu’il se passe en ce moment à Toulon, c’est de la science fiction pure et simple et on va se réveiller bientôt.

Vous êtes assurés de disputer la H Cup l’an prochain, est-ce votre prochain défi ?
C’est un monde que l’on va découvrir car Toulon n’a jamais joué en H Cup. Nous irons dans cette compétition avec beaucoup d’humilité pour prendre nos repères. Mais bien sûr que si ça nous sourit dans les années à venir, la H Cup deviendra un objectif. J’ai envie que le nom du RCT rayonne en Europe.

Faire briller Toulon semble vraiment vous tenir à cœur…
Moi je suis un enfant de Toulon. Je pourrais vivre dans n’importe quelle ville du monde, je resterai toujours toulonnais. Il y a une dimension sociétale dans ce club, dans l’histoire et dans mon appartenance à la ville qui fait que c’est différent d’autres clubs. Je ne suis pas un industriel qui a débarqué dans une ville. Je ne suis pas un mec qui est arrivé et qui a financé un club de rugby pour avoir un permis de construire.

Est-ce que votre amour pour cette ville de Toulon peut expliquer votre réussite à faire venir de grands joueurs comme Umaga, Wilkinson, Contepomi ?
Il ne faut pas avoir peur de contacter les grands joueurs, et puis il faut avoir confiance en soi. En plus on a pleins d’atouts à Toulon. Vous savez c’est un peu comme avec les jolies filles, il y a tellement peu de gens qui les draguent que des fois en tentant sa chance ça peut passer… et bien les grands joueurs c’est un peu pareil, il y en a tellement qui ont peur de les contacter que si vous, vous le faites, vous pouvez arriver à vos fins.

Publicité