Alors qu’Ugo Mola surjoue des réunions en cercle sur le terrain, Mathieu Bastareaud préfère écarter les caméras de Canal +
Alors qu’Ugo Mola surjoue des réunions en cercle sur le terrain, Mathieu Bastareaud préfère écarter les caméras de Canal +
Le samedi 3 janvier 2026 à 12:56 par David Demri
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À la toute fin d’un match, alors que le score est figé et que la foule commence à se disperser, un autre jeu débute parfois sur la pelouse : celui du cercle.
Joueurs et membres du staff se rassemblent, brièvement, avant que chacun ne disparaisse vers son rôle d’après-match. L’image est devenue familière, presque codifiée. Mais derrière cette scène très exposée se cache un moment bien plus pragmatique que symbolique.
Dans ce cercle, il n’est pas question d’esthétique ou de mise en scène. C’est un espace de décompression immédiate, où l’on parle vrai, vite, et souvent fort. On y félicite, on y recadre, on y lâche parfois une colère. On y termine surtout le match ensemble, avant que les trajectoires individuelles reprennent.
« Ensuite, on a la réception d’après match, mais il y a beaucoup de monde et on n’est pas tout le temps tous ensemble. Là c’est le moment de se réunir une dernière fois avant d’aller chacun à droite à gauche », explique Frédéric Charrier, entraîneur des trois-quarts de ASM Clermont Auvergne, dans les colonnes de L’équipe.
À Clermont, ce temps collectif est pensé comme un outil interne, loin des projecteurs. « On le fait systématiquement », précise Charrier, « mais pas sur le terrain ni devant les caméras qui peuvent capter des informations, plutôt dans l’intimité du vestiaire ».
Le cercle devient alors un sas de transition, souvent orchestré par le manager Christophe Urios. « Même si on reviendra plus précisément sur le bilan du match en début de semaine, ça permet de solder la journée et de se projeter sur la suivante. »
Tous les clubs n’y trouvent pourtant pas leur compte. À Montpellier Hérault Rugby, l’expérience a été abandonnée après les matches amicaux d’été. Trop de bruit, trop de musique, trop d’interférences extérieures : le message se diluait, et le rituel a été jugé contre-productif.
À Stade Toulousain, en revanche, le cercle est assumé, revendiqué et parfois même utilisé comme prolongement du discours managérial. Ugo Mola y parle à son groupe, mais sait aussi que ses mots voyageront au-delà.
Après la large victoire contre La Rochelle (60-14), le message est clair et volontairement sobre : « On se prépare pour la semaine prochaine car ça va cogner à Perpi. Je suis désolé, ce n’est pas moi qui fais le calendrier. Pour l’instant on n’a pas le loisir de profiter. On se boit une bière tranquille mais on ne fait pas une soirée de champions. Les champions du 31, vous pliez tout. »
Ce même espace devient parfois un canal de communication indirect. Le 20 décembre, à Lyon, dans la foulée de la sanction infligée au club dans l’affaire Jaminet, Mola s’adresse aussi à l’extérieur, en sachant que Canal+ capte chaque mot : « Notre seul mode d’expression, c’est le rugby. Tout le monde nous dégueule dessus, sur notre président, sur notre club, tout le monde. Il n’y a que le rugby qui compte. Le reste, ça ne sert à rien. Pas de phrases. » Le cercle devient alors une tribune maîtrisée, un moyen de verrouiller la parole de ses joueurs tout en délivrant un message politique.
Côté diffuseur, ce moment est intégré au tempo du match. « On leur laisse le temps de faire leur cercle, et je les interroge après », explique Sacha Valleau, consultant de terrain. « Souvent ça leur donne des billes. Le coach dit quelques mots et ils s’en servent. Je pense qu’ils sont contents d’avoir ce petit moment de répit avant de venir me parler. » Pour lui, la présence des micros fait partie de l’ADN du rugby moderne : « Ça fait partie du jeu, de la transparence et de la simplicité du rugby. »
Mais cette exposition permanente peut entrer en collision avec l’émotion brute. « Quand je vois que les joueurs veulent se réunir pour se dire un truc, j’écarte les caméras », confie Mathieu Bastareaud, aujourd’hui team manager du Rugby Club Toulonnais. « C’est vrai qu’on pourrait plutôt rentrer aux vestiaires, mais tu ne calcules pas, tu t’exprimes spontanément. C’est un moment intéressant pour la télé, mais pas forcément pour le groupe. »
L’ancien centre international en a lui-même fait l’expérience. En 2018, après la défaite historique du XV de France face aux Fidji (14-21), il rassemble les Bleus sous les poteaux pour une violente mise au point : « On s’est pris pour qui les gars ? Ça y est on bat l’Argentine, on se prend pour d’autres ? On va redescendre sur terre et manger de la merde. »
Un moment capté malgré lui. « Je ne savais pas qu’il y avait des micros. À ce moment-là, on ne fait pas du tout attention à ça. Je n’ai pas vraiment réfléchi, c’était de l’émotion et de la déception. Je me sentais de devoir parler car je faisais partie des leaders et je voyais que les regards étaient dans le flou ».
Entre outil interne, soupape émotionnelle et message public, le cercle d’après-match est devenu un espace hybride. Ni totalement intime, ni pleinement médiatique. Un lieu où le rugby se dit encore à chaud, parfois sans filtre, même lorsque tout le monde écoute.
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20 Commentaires

Tu a entièrement raison Mathieu , certain aime la lumière , d’autre pas …………
Disons que certains préfèrent la vraie lumière de l’humilité pendant que d’autres préfèrent la fausse lumière en se mettant en vedette ou en jouant la victime…
Folklore qui fait plaisir au principal bailleur Canal+
Et aux saucisses cassoulets aussi
Certains ont des choses intéressantes à dire et d’autres non
Ha bon ? ?
Intéressant ce que dit à chaque fois Mola devant les caméras , les micros , les spots , les joueurs en cercle ( du style : « rapprochez vous les gars on est entre nous , ça regarde personne … »
En général c’est dans un vestiaire … Mais ça c’est quand on a pas le melon ou que surtout on est pas un bouffon invétéré
Ce que j’aime avec toi, cest que pour pêcher, y a pas besoin de trop forcer 🙂
C’est ça how …
On continuera de penser quand même la même chose …
Je n’imagine même pas les critiques toulousaines si BL avait agi de la sorte en son temps…
Allons, tu es plus malin que ça, je pensais que tu aurais compris quand je branche 😉
Ok excuse alors
Y a pas de mal
Bon week-end rugby les gars
🙂
Je t’ai répondu, mais ma réflexion se veut plus générale.
T’inquiète, je sais que tu fais partie de ceux qui n’ont pas de mauvaises intentions.
Business is Business, quand tu brille profites
Il a bien raison. Le rugby est devenu commercial, David l’a bien compris. Bonne année à tous.
Pauvre toulonnais émotif et survitaminée quand Bernard Laporte gueulait ds le vestiaire toulonnais devant les caméras sa vous gênait pas , votre H.A.I.N.E du grand stade toulousain vous rendent vraiment aigris et ridicule
En parlant de « survitaminés » .. les contrôles anti dopages s’effectuent toujours en top14…. ?
Je dis ça comme ça hein….
T’as tout dit, bougi : « dans le vestiaire »
Si tu ne comprends pas la nuance, je ne suis pas étonné.
C est le palmares qui donne raison
Un peu comme les élections présidentielles dans certains pays, avec 80% de scrutins favorables au même candidat depuis des décennies. C’est le vote qui donne raison.
Ou alors…
1) Bastareaud n’a rien à dire d’interessant? Pas de palmarès, pas de légitimité, manque de vécu. Pas les mots tout simplement.
Incomparable avec Mola.
Du respect pour Bastareaud mais ce n’est pas le même niveau.
2) Vu le nombre de raclées que prend le RCT, vaut mieux éviter les caméras?
Je me souviens d’un Migno.ni sonné après la raclée à Bordeaux, il n’avait pas les mots.
« Qu’est ce que vous voulez que je vous dise? »
Et c’est pourtant c’est un bon manager, expérimenté.