Le rapport de la Cour des comptes inquiète concernant les finances de la Fédération Française de Rugby
Le rapport de la Cour des comptes inquiète concernant les finances de la Fédération Française de Rugby
Le lundi 2 février 2026 à 23:58 par David Demri
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Le rapport de la Cour des comptes, rendu public en ce début d’année 2026, agit comme un électrochoc pour le monde de l’ovalie. Il est possible de dresser un panorama complet d’une institution qui, tout en brillant par ses résultats sportifs et son attractivité populaire, lutte pour sa survie économique.
Midi Olympique fait le point.
Un héritage au goût de cendre
Le premier constat, sans doute le plus cinglant, concerne le décalage abyssal entre les promesses de l’ancienne gouvernance et la réalité comptable. Florian Grill ne cesse de marteler que le contrôle de la Cour est un outil pour objectiver « l’héritage dégradé » laissé par Bernard Laporte et Alexandre Martinez.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : là où la Coupe du monde 2023 devait être le moteur financier du rugby français avec un bénéfice escompté de 68 millions d’euros, elle laisse une ardoise monumentale. Le déficit de l’événement est désormais estimé à 20 millions d’euros, auxquels s’ajoute un redressement fiscal de 7 millions d’euros actuellement en négociation avec Bercy. Comme le souligne le rapport, cet événement a été un succès pour tous, sauf pour ses organisateurs : pendant que World Rugby engrangeait 500 millions d’euros de bénéfices, la FFR voyait ses fonds propres s’effondrer.
Des projets « fantômes » et des coûts cachés
L’analyse de la Cour des comptes met en lumière une série de décisions stratégiques dont le coût continue de grever le budget fédéral. Deux dossiers illustrent cette « gestion financière et fiscale catastrophique » :
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Le Centre d’Innovation du Rugby (CIR) à Pantin : Ce projet immobilier, lancé sous l’ancienne ère, est aujourd’hui un gouffre financier. Son exploitation pourrait générer « jusqu’à 3 millions d’euros de déficit par an », grevant durablement les capacités d’investissement du rugby amateur.
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La cession de capital à CVC : Si l’entrée du fonds d’investissement dans le Tournoi des 6 Nations a apporté de l’oxygène à court terme, la Cour dénonce un manque de débat stratégique et des frais de conseil exorbitants (1,5 M€). Plus inquiétant, ces versements salvateurs prendront fin après 2026, plongeant la FFR dans une incertitude totale si le déficit structurel n’est pas résorbé d’ici là.
La sécurité des joueurs : le dossier de la honte
Au-delà des finances, c’est l’organisation humaine et sécuritaire de la fédération qui est ébranlée. Le rapport de la Cour des comptes consacre une part importante aux défaillances ayant mené au drame de Medhi Narjissi en Afrique du Sud. Qualifié de « révélateur de failles graves », cet événement tragique a mis en lumière un manque de clarification des responsabilités entre l’État, la fédération et les encadrants.
En réponse, Florian Grill défend un choix « responsable » : celui de couvrir tous les licenciés contre les accidents au-delà des obligations légales, tout en imposant des réformes strictes comme l’abaissement de la ligne de plaquage pour protéger les mineurs.
Le plan de la dernière chance
Malgré ce tableau sombre, la Cour salue la « grande qualité » du plan de redressement engagé par l’équipe actuelle. Les mesures de sobriété sont drastiques : suppression des cartes affaires des élus, revalorisation des contrats avec le Stade de France et hausse de la part française dans les revenus du Tournoi des 6 Nations (passant de 16 % à 19 % d’ici juillet 2026).
L’objectif est clair : revenir à l’équilibre en deux ans. Mais le chemin est étroit. Entre une masse salariale qui a bondi de 40 % en sept ans et des recettes qui peinent à suivre, la FFR joue son avenir sur la réussite du Tournoi 2026. Pour les dirigeants, le message est limpide : « La cessation de paiements n’est pas chimérique ». Si le redressement échoue, des mesures radicales, comme la vente du Centre National du Rugby de Marcoussis, pourraient passer du stade de l’hypothèse à celui de la nécessité absolue.
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