« Les messages qui attaquent ma légitimité… » : Les commentateurs de rugby brisent le silence sur les critiques
« Les messages qui attaquent ma légitimité… » : Les commentateurs de rugby brisent le silence sur les critiques
Le dimanche 8 février 2026 à 9:08 par David Demri
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Qu’ils officient sur TF1, France Télévisions ou Canal+, les commentateurs de rugby font face à un public d’une exigence rare. Entre la complexité technique des règles et l’explosion des audiences (7,2 millions de téléspectateurs pour le récent France-Irlande), l’erreur n’est pas permise dans ce qui est considéré comme l’exercice le plus difficile du journalisme sportif.
L’art de parler à tous les publics
Le premier défi consiste à naviguer entre l’expert et le débutant.
Matthieu Lartot, voix emblématique du Tournoi des Six Nations, souligne la difficulté de ce grand écart permanent au cours d’un entretien accordé au journal L’équipe :
« On doit parler aux aficionados, ceux qui connaissent tout ou croient tout connaître, mais aussi aux néophytes, sans les prendre pour des débiles mentaux non plus. Cet équilibre au niveau des publics n’est pas évident à trouver. »
Pour Stefan Etcheverry (TF1), cette mission impose une vigilance totale, notamment pour traduire instantanément les décisions arbitrales souvent formulées en anglais.
Le commentateur doit compenser les limites de l’image télévisée par une vision panoramique depuis le stade :
« En fait, tu es sur le gril en permanence, avec un jeu qui ne s’arrête quasiment jamais. Il faut à la fois être enthousiaste, tout en ayant suffisamment de recul et de concentration parce qu’il y a plein de choses qui se déroulent en même temps sur cette pelouse. La vision doit être à tout prix périphérique. »
L’« encyclopédie » des règles en mouvement
Éric Bayle, pilier de Canal+, rappelle que le rugby est en formation continue, tant pour les joueurs que pour ceux qui les décrivent.
Même les experts les plus aguerris doivent régulièrement solliciter les officiels pour ne pas commettre d’impair :
« Les règles tiennent à peu près dans une encyclopédie et tous les ans, il y en a des nouvelles. Il ne se passe pas un match sans que j’aille embêter l’arbitre pour lui demander une précision sur une règle, une nouvelle ou une ancienne que tout le monde a oubliée. »
Lartot ajoute que la difficulté majeure réside dans le fait que ces règles sont souvent « soumises à interprétation », rendant la pédagogie parfois inaudible pour un public cherchant des certitudes.
En finir avec le « vocabulaire du gladiateur »
Une évolution majeure marque le commentaire moderne : la fin de la glorification de la violence. Les drames récents, comme le décès de Nicolas Chauvin en 2018, ont profondément modifié la perception des journalistes.
Désormais, le rôle du commentateur est de souligner la dangerosité de certains gestes plutôt que de les célébrer comme l’explique Eric Bayle :
« J’ai beaucoup gommé le vocabulaire du gladiateur ces dix dernières années. On ne glorifie plus l’énorme plaquage à la Chabal, comme dans les années 2000. Nous avons un rôle pédagogique, c’est un enjeu essentiel de ne pas encourager par nos commentaires le geste violent, le plaquage haut, et de souligner sa sanction. »
Faire face à la subjectivité des critiques
Malgré leurs efforts de rigueur, les commentateurs restent la cible de critiques souvent acerbes sur les réseaux sociaux. Si Stefan Etcheverry déplore des attaques s’en prenant parfois à son « intégrité professionnelle », Matthieu Lartot préfère miser sur l’authenticité malgré les reproches passés sur son usage de l’humour.
« L’aficionado de rugby est très très exigeant donc on est tous soumis à la critique. Mais il y a la force de l’habitude, les gens aiment retrouver des figures qui les rassurent. Il y a un phénomène de madeleine de Proust, de la même manière que le Tournoi est une compétition qu’on suit quasiment depuis toujours sur France Télévisions et le changement, cela ne plaît pas beaucoup.
Il y a des périodes plus critiques que d’autres, il faut pouvoir traverser ça avec sérénité, ce qui n’est pas toujours évident, reconnaît son homologue de France Télévisions. Au début, j’étais très critiqué sur mes jeux de mots ou mon second degré… J’ai dosé au fil du temps, j’en fais un peu moins, mais je ne m’en suis pas départi pour autant. Si cela agace certaines personnes, c’est comme ça, je ne vais pas changer ma personnalité. Rester soi-même, c’est la clé ! »
Stefan Etcheverry revient sur les vives critiques dont il doit fréquemment faire face. Extrait:
« Je me rends compte qu’une très forte majorité des messages ne sont pas trop argumentés (sur les forums et les réseaux sociaux), beaucoup sur le ressenti, la subjectivité. Les messages plus personnels qui attaquent ma légitimité dans le milieu et mon intégrité professionnelle, ça, je ne peux pas l’accepter. »
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16 Commentaires

Laissez dire ceux qui critiquent, si ça leur va pas ils coupent le son. De toute façon ils ne sont jamais contents, donc inutile de vous prendre le chou.
Je n’ai aucun problème avec les commentateurs car je regarde le rugby et les autres sports sans le son. Je connais l’essentiel des règles donc le son est inutile.
Moi ce n’est pas le commentateur de TF1 qui me dérange c’est ces pu…ns de pubs qui n’en finissent plus avant le match.
La p.ub à la télé c’est comme ici, ça permet de regarder le match gratos. Mais qu’est ce que c’est ch…..
Les commentateurs, c’est comme les chasseurs, y’a les bons et les mauvais… Je tire mon chapeau à ceux qui peuvent suivre un match entier commenté par Amaia Cazenave. Ils doivent avoir le tympan en titane.
Le duo Groussard-Yahé est excellent, et pour moi Lartot-Yachvili sont meilleurs que TF1. Bayle-Lièvremont, heu… passe mon tour ! Sinon j’aime bien le frit qui commente la Challenge Cup avec Harinordoquy, il a une tête de buveur de jaunets…
Je sais pas ce que vous en pensez mais j’aimai bien Cazalbou….?
Ce n’est pas souvent sur des faits techniques qu’il y a redire mais sur toutes les anecdotes, anticipation des faits de jeux le blabla inutile sur les joueurs et leur famille etc …. contentez vous de commenter
La critique est aisée mais l’art est difficile cela est sûr… par moment surtout en top 14 il y a un évident parti pris pour certaines équipes…..(surtout une ) cela est gênant pour les autres….je pense….. à l’international un chauvinisme exacerbée peut être un peu pénible ..maintenant les commentateurs étrangers sont sans doute pareils alors il faut faire avec …
Et Stefan Etcheverry a raison de se défendre. En plus d’être journaliste, il est international (autrichien).
Moi je suis international de mon quartier, je peux aller commenter ?
Entre tic et tac du dimanche soir sur c+ et toc et Tuc sur tf1 c’est pas.gagné…… Du tout…..
Il suffit de mettre le match de rugby sur la TV et couper le son , mettre le commentaire en direct de Daniel Herrero.
Si vous deviez illustrer ce qu’est un superlatif, utilisez Lartot il est inépuisable !
On ne peut pas plaire à tout le monde. Il en faut pour tous les goûts et on n’est pas obligé de mettre le son. Et à propos de l’humour de Lartot et ses jeux de mots ; ça en insupporte certains mais personnellement, ça m’éclate et j’en redemande.
Au niveau des consultants, les meilleurs étaient, quand même, Thierry Lacroix (le top), Eric Champ (qui m’avait beaucoup fait rigoler) Benjamin Kaiser, Fabien Galthié et Pierre Albaladejo.
France Télévision, TF1 ou n’importe quelle chaîne : ce serait sympa un duo Lartot / Lacroix
J adorais Lacroix et bala les deux landais, ce parler rugby , la cocotte, les costiches, un caramel, un timbre…. Et j en passe, mais ça c était avant… Et avec l accent !!!
Oui, Lacroix était bon, mais trop d’accent, justement, et trop velu. Maintenant ils veulent des hommes, mais le moins possible, et avec les sourcils épilés façon Sacha Valleau