« Toutes les images me sont revenues » : le témoignage bouleversant de Shaun Hegarty sur l’assassinat d’Aramburu
« Toutes les images me sont revenues » : le témoignage bouleversant de Shaun Hegarty sur l’assassinat d’Aramburu
Le jeudi 3 septembre 2026 à 15:41 par David Demri
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Plus de quatre ans après la mort de Federico Martin Aramburu à Paris, Shaun Hegarty tente toujours de se reconstruire. Présent aux côtés de son ami lors du drame, l’ancien président du Biarritz Olympique a traversé des années difficiles.
À quelques jours du procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier, il raconte comment il a essayé de reprendre une vie normale.
Aujourd’hui, Shaun Hegarty va mieux. Mais cette nuit a forcément changé certaines choses dans sa vie. Il explique notamment être devenu plus méfiant, tout en essayant de conserver l’état d’esprit qui était le sien avec Federico Aramburu. Il s’est longuement confié pour Midi Olympique.
« J’ai eu une dissociation »
Pour avancer, Shaun Hegarty s’est fait accompagner. Ses avocats Véronique Massi et Christophe Cariou-Martin ont joué un rôle important, tout comme Éric Blondeau, spécialiste des mécanismes du cerveau.
Il est également suivi par une psychologue.
Un accompagnement qu’il considère aujourd’hui comme indispensable :
« J’ai et je continue d’être suivi par une psychologue. Aujourd’hui, j’ai découvert le vrai plus de ces choses-là. Ça a été nécessaire. »
Le sport lui a aussi permis de souffler. Hegarty continue de passer du temps dans la montagne, de nager dans l’océan et de s’entourer de ses proches.
Ces moments simples lui permettent de prendre de la distance :
« J’étais encore, le week-end dernier, en haut de la montagne avec des amis. Je vais régulièrement nager en mer, j’essaie d’être autour de mes proches, à faire des choses qui m’aèrent l’esprit et qui me permettent de me dire qu’on a la chance d’être là. »
Mais certaines conséquences du drame restent présentes.
À l’approche du procès, les problèmes de sommeil sont notamment revenus.
Hegarty explique que son cerveau semble revivre progressivement cette nuit :
« Il y a eu différentes phases. Aujourd’hui, j’ai des réveils nocturnes qui reviennent, car le procès approche. On est sur une remise en route de toute cette nuit-là. Le cerveau travaille et, de temps en temps, il m’empêche de dormir. En ce moment, c’est un peu plus difficile, mais ça va aller. »
Son témoignage est encore plus fort lorsqu’il raconte ses souvenirs du drame.
Shaun Hegarty explique avoir subi une dissociation. Face à une violence aussi soudaine, son cerveau n’arrivait pas à comprendre ce qui était réellement en train de se passer.
Il raconte ce mécanisme qui a brouillé ses souvenirs dans un premier temps :
« J’ai eu une dissociation. Cela veut dire qu’à un moment donné, le cerveau se bloque. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas toutes les images, elles me sont revenues. Heureusement, tout a été filmé. Ça a permis aux souvenirs de se remettre en ordre de marche. »
Il se souvient notamment de son incapacité, sur le moment, à comprendre que Federico Aramburu avait réellement été touché par des tirs.
La scène lui paraissait tout simplement impossible :
« Quand Federico a pris les balles de Romain Bouvier, pour moi, je ne pouvais pas comprendre qu’il s’agissait de vraies balles. Pour moi, il n’avait pas reçu ces balles… Je sais que c’était le cas, mais je n’arrivais pas à me dire que c’était possible. Le cerveau n’est pas prêt pour une telle violence. »
Avec le temps, les souvenirs sont revenus et se sont remis dans l’ordre.
Le passage au Biarritz Olympique l’a aidé à avancer
La reconstruction de Shaun Hegarty est également passée par le travail et de nouveaux projets.
Son arrivée à la tête du Biarritz Olympique en a fait partie. Malgré une période compliquée au club, il considère aujourd’hui cette expérience comme une étape importante.
Le BO avait une dimension particulière pour lui comme pour Federico Aramburu :
« Pour pouvoir avancer, je me suis lancé dans des projets, notamment celui du BO. Il me tenait vraiment à cœur, car c’est mon club de cœur, dans lequel j’ai grandi, où ma famille a joué, où Federico a joué. Ce passage au BO a été, peut-être, une étape nécessaire pour moi, pour pouvoir avancer. J’en suis très content, même si ça a été difficile. »
Depuis son départ, Hegarty a retrouvé une vie plus discrète. Il suit toujours le BO, mais simplement comme supporter.
Il se consacre surtout à Esprit Basque, la société de voyages et d’événementiel qu’il avait fondée avec Federico Aramburu en 2014.
Continuer cette aventure possède forcément une signification particulière.
Il veut préserver autant que possible ce qu’ils avaient construit ensemble :
« Ça me tient à cœur que cette société puisse continuer. Ce ne sera pas la même, puisque Federico n’est plus là. C’est une petite structure, nous étions complémentaires. Aujourd’hui, on essaie de faire en sorte qu’elle soit dans la même lignée que ce que nous avions voulu faire tous les deux. »
Shaun Hegarty est également resté proche de la famille Aramburu. Il sait que l’arrivée du procès va représenter une nouvelle épreuve, particulièrement pour les proches de Federico.
Plus de quatre ans après le drame, il ne considère d’ailleurs pas sa reconstruction comme terminée :
« Je ne sais pas, je suis toujours dans la reconstruction. J’ai passé toutes les étapes de colère. Aujourd’hui, je veux juste que ça puisse apaiser, d’une certaine manière, la famille de Federico, mais je ne sais pas si c’est possible. »
Une question l’a longtemps poursuivi après cette nuit : pourquoi Federico et pas lui ?
Avec le temps, Hegarty explique avoir accepté de ne probablement jamais obtenir de véritable réponse.
Mais une autre interrogation reste désormais dans son esprit :
« Aujourd’hui, je suis là. J’ai cette chance. La question que je me pose, c’est : « Est-ce que Federico ne m’a pas sauvé de quelque chose ? » »

