Jusqu’à 6 semaines de retard : le véritable casse-tête des internationaux en Top 14
Jusqu’à 6 semaines de retard : le véritable casse-tête des internationaux en Top 14
Le samedi 5 septembre 2026 à 12:19 par David Demri
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À chaque nouvelle saison, la préparation estivale des internationaux ressemble davantage à une mission impossible. Entre les tournées avec les sélections, les vacances obligatoires et la reprise du Top 14, les clubs doivent désormais improviser.
Quatre semaines consécutives de congé sont obligatoires pour chaque joueur. Certains clubs accordent cependant une semaine supplémentaire, voire davantage. Toulouse avait ainsi offert six semaines de repos à son effectif après son titre de 2025. Les internationaux mobilisés jusqu’à la mi-juillet doivent généralement se contenter du minimum réglementaire afin de ne pas reprendre trop tard.
Des joueurs séparés par plusieurs semaines de préparation
En coulisses, les responsables de la performance ne cachent plus leur inquiétude.
Le constat dressé au sein des staffs est particulièrement clair :
« C’est un casse-tête. »
Pour les internationaux de Toulouse et Montpellier, finalistes du dernier Top 14 le 28 juin, le retard reste limité à une quinzaine de jours. Le MHR a repris le 3 août, tandis que Florian Verhaeghe et Auguste Cadot n’ont retrouvé l’entraînement que durant la semaine du 17 août.
Verhaeghe avait été titularisé avec les Bleus face à l’Australie puis au Japon. Cadot avait également participé à la tournée sans entrer en jeu.
Benjamin Del Moral, responsable de la préparation physique du MHR, détaille cette gestion individualisée via L’équipe :
« C’est quand même très compliqué à gérer. On s’adapte par rapport à l’âge, au temps de jeu, etc. On gère au cas par cas, mais ce n’est en aucun cas une vraie pré-saison. Par exemple, Auguste (Cadot) a effectué 90 % de la charge de travail des joueurs qui avaient déjà deux semaines de préparation dans les jambes. Il en avait envie. Pour Flo (Verhaeghe), il était encore mâché par sa saison, donc sa reprise a été plus progressive et dans l’idéal, il montera en puissance à partir de la J3. »
Boris Palu accuse près de six semaines de retard
La situation est encore plus délicate pour les internationaux appartenant aux clubs dont la saison s’est terminée dès le 6 juin. L’Union Bordeaux Bègles a ainsi vu douze de ses joueurs partir disputer le Championnat des Nations avec le XV de France.
Boris Palu n’a joué aucun match avec les Bleus durant l’été. Son retour de tournée puis ses quatre semaines obligatoires de congé l’ont pourtant considérablement retardé.
Le deuxième-ligne bordelais raconte cette reprise extrêmement courte :
« Ça m’a décalé de cinq à six semaines par rapport à mes coéquipiers. Quand mes partenaires ont repris la saison vers le 21-22 juillet, nous, les internationaux, on rentrait seulement de tournée. Il a fallu couper quatre semaines. J’ai repris le 17 août. Et encore, la première semaine, j’étais un peu blessé de partout, je n’avais pas assez récupéré ! Je suis arrivé avec des petits bobos. Donc ça fait une semaine que je m’entraîne dur, ça fait court ! »
Chaque international bénéficie désormais d’un programme différent selon son état physique, son temps de jeu et sa capacité à encaisser rapidement les charges de travail.
À Bordeaux, Boris Palu confirme que le staff a multiplié les adaptations :
« À l’UBB, le staff a fait du cas par cas. Certains ont intégré le groupe rapidement, certains sont allés en stage, d’autres non. Mais il y a forcément un décalage car tes partenaires se sont entraînés dur pendant quatre semaines. »
Malgré cette préparation réduite, le double champion d’Europe en titre devrait aligner une grande majorité de ses internationaux contre le Racing 92, samedi à 21h15.
À Pau, l’international Fabien Brau-Boirie a connu une organisation similaire :
« On s’est adaptés, il y a eu des ajustements. Nous avons travaillé en différents groupes. »
Les clubs ont besoin de leurs internationaux immédiatement
Émilien Gailleton et Aaron Grandidier-Nkanang devraient ainsi participer dès la première journée au déplacement de la Section Paloise à Montpellier.
Un manager du Top 14 reconnaît que les staffs peuvent difficilement se passer de leurs meilleurs éléments :
« Malgré leur déficit de préparation, ce sont forcément des joueurs majeurs de ton effectif puisqu’ils sont internationaux, donc tu as besoin d’eux. »
Une autre solution consisterait à préserver ces joueurs jusqu’à la troisième ou quatrième journée. Le Stade Français avait adopté cette stratégie en 2024-2025 afin de leur garantir un véritable cycle de préparation. Cette méthode devient néanmoins de plus en plus rare.
Pour Benjamin Del Moral, l’enjeu dépasse la simple condition physique du début de saison. Enchaîner les étés sans préparation complète pourrait ralentir durablement la progression individuelle des joueurs.
Le préparateur montpelliérain prend l’exemple de Lenni Nouchi, blessé lors du dernier match des Bleus cet été :
« Je préférais quand les internationaux étaient protégés et n’avaient pas le droit de reprendre avec la J2 ou la J3. Ils pouvaient donc bénéficier d’une pré-saison complète et donc se développer. Là, on maîtrise moins de choses. À titre d’exemple, Lenni Nouchi n’a fait qu’une pré-saison complète depuis que je suis arrivé au club en 2021 à cause des blessures ou des convocations en équipe nationale. On retarde son développement. Au lieu d’être à son prime à 25 ans, il le sera sans doute à 27 ou 28 ans. Rater une ou deux pré-saisons, ça va. Plus, ça devient très préjudiciable. »
Un pic de forme attendu au moment de repartir en sélection
Pour permettre aux retardataires de jouer rapidement, les préparateurs physiques privilégient la « compensation » et l’« accélération ». Le travail porte prioritairement sur l’intensité afin que les joueurs puissent encaisser les chocs et le rythme du Top 14.
Auguste Cadot a ainsi participé à quinze minutes d’opposition dès son retour à l’entraînement. L’endurance devra être développée progressivement pendant la saison.
Conséquence paradoxale : les internationaux devraient atteindre leur pic de forme à la fin du mois d’octobre, précisément lorsqu’ils rejoindront le XV de France pour les tests de novembre et la fin du Championnat des Nations.
Un préparateur physique préfère en sourire :
« C’est le jeu. Mais le club en tire quand même les bénéfices dans la saison, notamment au moment des phases finales. Si tu les joues… »
Pour Benjamin Del Moral, le calendrier idéal apparaît aujourd’hui totalement inaccessible :
« Il faudrait cinq semaines de vacances puis cinq semaines de préparation entre la reprise de l’entraînement et le premier match. »
Une telle organisation reste envisageable pour une équipe absente des phases finales et ne comptant aucun international. Autrement dit, elle est quasiment impossible dans le Top 14 actuel.
Un manager résume la frustration générale :
« Au final, ce n’est ni bénéfique pour les joueurs, ni pour les clubs. »

