Après son accident cardiaque, Uini Atonio raconte sa nouvelle vie

Après son accident cardiaque, Uini Atonio raconte sa nouvelle vie

Le jeudi 24 septembre 2026 à 14:14 par David Demri

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Contraint de mettre brutalement un terme à sa carrière après son accident cardiaque en début d’année, Uini Atonio a déjà ouvert un nouveau chapitre. L’ancien pilier du XV de France est désormais entraîneur de la mêlée du Stade Rochelais. Une transition qu’il reconnaît avoir eu davantage de mal à digérer il y a quelques mois, mais dans laquelle il semble aujourd’hui pleinement épanoui. Avec une priorité : rendre à La Rochelle une mêlée capable de dominer en Top 14 comme en Europe.

À 36 ans, l’ancien international français aux 68 sélections et aux 330 matches sous les couleurs rochelaises n’a pas quitté son club de toujours. Il a simplement changé de rôle.

« Il y a six mois, j’aurais dit que la transition était un peu plus dure »

Son arrêt n’avait pourtant rien de programmé. Encore tourné vers la Coupe du monde 2027 à Noël, Atonio a vu sa carrière s’arrêter brutalement quelques semaines plus tard.

Aujourd’hui, il assure via RMC Sport avoir parfaitement accepté cette nouvelle réalité.

« Ça va très bien. Vous m’auriez demandé il y a six mois, j’aurais dit que la transition était un peu plus dure. Mais franchement… C’est juste la façon dont j’ai fini ma carrière qui fait que les gens croient que j’étais un peu dans le mal mais pas du tout ! »

L’ancien pilier estime également avoir suffisamment accompli durant sa carrière pour ne pas vivre cette reconversion avec des regrets permanents.

Il découvre désormais un métier totalement différent :

« Je suis content, j’ai quasiment fait tout ce que je voulais dans ma carrière de rugbyman, aujourd’hui je suis passé dans un staff dynamique. Je ne fais qu’apprendre. Et en même temps, je transmets mon savoir-faire, j’aime ça, c’est un nouveau challenge. »

Un été particulièrement éprouvant pour les avants rochelais

Sa première grande mission est clairement identifiée.

Après une saison durant laquelle la mêlée rochelaise a été la plus pénalisée du Top 14 et a notamment souffert lors du barrage, Ronan O’Gara a fait de ce secteur l’un des chantiers prioritaires de l’été.

Atonio n’a pas lésiné sur le travail, avec jusqu’à trois ou quatre séances consacrées à la mêlée chaque semaine.

Au point de reconnaître lui-même avoir peut-être poussé ses joueurs très loin :

« Je ne sais pas s’il existe un mot plus dur que « dur », les mecs ont vraiment travaillé très dur pendant cinq semaines. Je pense moi-même avoir été trop dur avec eux. »

Mais l’ancien droitier connaît parfaitement l’exigence qui accompagne ce secteur.

Et Ronan O’Gara veille forcément au grain :

« Mais on va être jugé toutes les semaines en mêlée. Et « ROG » met la pression sans mettre la pression, il te regarde un petit peu quand une mêlée tombe mais on se comprend (rires). »

Une situation qui amuse Sébastien Boboul, lequel rappelle qu’Atonio n’était pas nécessairement aussi demandeur de séances lorsqu’il se trouvait de l’autre côté.

« C’est assez rigolo, Uini fait beaucoup de mêlées alors qu’il ne voulait pas en faire beaucoup quand il était joueur. »

Mais le responsable de l’attaque rochelaise sait aussi combien les difficultés de la saison dernière ont touché son ancien coéquipier.

« Mais lui non plus n’était pas satisfait du contenu de la saison dernière. Ça reste un pilier : quand tu es dominé en mêlée, ton orgueil et ta fierté sont touchés. Même s’il n’a pas joué, ça l’a profondément marqué. »

Les premiers résultats sont déjà visibles

Le travail commence à porter ses fruits.

Depuis le début du Top 14, quatre des six essais rochelais ont trouvé leur origine derrière une mêlée : deux directement sur des lancements et deux autres après l’obtention d’un coup franc dans ce secteur.

Ronan O’Gara n’a d’ailleurs pas attendu longtemps pour saluer le travail de son nouvel entraîneur.

Le manager irlandais se dit impressionné par la rapidité avec laquelle Atonio a changé de rôle :

« Je dois féliciter Uini ! Il est vraiment à l’aise, il a vraiment accepté son rôle dans le club. Normalement, un ancien joueur met 24 mois à se tourner vers la vie d’entraîneur. Mais Uini a vraiment basculé. »

Et O’Gara voit en lui bien davantage qu’un simple spécialiste de la mêlée.

« Il est d’une grande aide pour nous parce qu’il voit le rugby, ce n’est pas juste un entraîneur de mêlée. Uini Atonio est un homme spécial qui a le pouvoir d’inspirer la nouvelle génération. Il est en train de faire quelque chose d’intéressant avec les piliers. »

Une première ligne particulièrement jeune

La mission est d’autant plus intéressante que le Stade Rochelais a profondément rajeuni à ce poste après les départs de Reda Wardi et Joel Sclavi.

La moyenne d’âge des piliers est désormais de seulement 23,5 ans.

Parmi les nouveaux visages figure Sione Ahio, dont Atonio souligne le potentiel puisqu’il affirme que le droitier néo-zélandais « toquait à la porte des Blacks ».

Pour Louis Keziah Penverne, l’âge ne doit toutefois pas servir d’excuse.

« Maturité, pas maturité, l’âge… Ça nous passe tous un peu au-dessus. On bosse. »

Une philosophie totalement partagée par son nouvel entraîneur.

Atonio refuse l’idée qu’un pilier doive nécessairement attendre la trentaine pour arriver à maturité :

« C’est fini l’époque où tu étais obligé d’avoir 30 ans pour être mature. Les autres nations sortent leurs piliers plus tôt. Alors pourquoi pas nous ? »

Alexandre Kaddouri mesure néanmoins tout le travail restant pour retrouver les standards historiques du club.

« Le chemin est long avant de retrouver une mêlée dominante et l’héritage que Uini nous a laissés, il peut se consacrer uniquement à sa mission et c’est l’un des meilleurs piliers jamais eu. Il est toujours de bon conseil. »

« Joueur, j’étais mon plus grand critique »

Cette exigence, Atonio se l’appliquait déjà lorsqu’il était encore sur le terrain.

L’ancien international révèle avoir toujours porté un regard extrêmement sévère sur ses propres performances :

« Joueur, j’étais mon plus grand critique. Parfois, des gens me disaient « tu étais bien » mais en regardant les images chez moi « non, pas du tout ! », je ne savais pas quel match ils avaient regardé… »

Il ne cherche pourtant pas forcément à imposer une méthode estampillée Atonio.

Son objectif est beaucoup plus simple : permettre à ses joueurs de donner de l’énergie à toute l’équipe grâce à la mêlée.

« Si je vais apporter une « griffe Uini » ? Je ne sais pas mais si j’arrive à faire faire à mes joueurs ce que je faisais moi, je serai déjà très content. S’ils arrivent à tenir une mêlée, à donner de l’énergie à l’équipe, ça veut dire que j’ai fait mon job dans la semaine. »

Et l’ancien pilier conserve son humour lorsqu’il fixe la barre pour la suite.

« J’espère juste qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, avant que je ne leur demande de traverser toutes les mêlées du Top 14 (rires). Mon job, c’est de sortir le meilleur de chacun, pas que des piliers. »

Alldritt lui aussi mis à contribution

Car le travail d’Atonio ne concerne effectivement pas uniquement les hommes de première ligne.

Grégory Alldritt a lui aussi énormément travaillé dans ce secteur pendant l’intersaison.

Le capitaine rochelais rappelle à quel point la mêlée fait partie de l’identité historique du club :

« Nous les troisième ligne, c’est sûr, on est moins au cœur de la mêlée que le cinq de devant. Mais je pense qu’on est aussi important, déjà par la poussée, mais aussi par l’énergie qu’on va essayer d’apporter sur chaque mêlée. »

Après les difficultés de la saison passée, Alldritt ne veut surtout plus revivre pareille situation.

« Pendant mes dix années au club, la force du Stade Rochelais, c’était sa mêlée. Hors de question d’être dominé comme on l’a été l’an dernier. »

La reconversion d’Atonio ne fait ainsi que commencer. Louis Keziah Penverne assure même que l’envie de retrouver le terrain n’a pas complètement disparu : « Parfois, ça se sent qu’il a envie d’enfiler les crampons et de faire une mêlée. »

L’ancien international doit désormais achever sa formation et valider d’ici février son diplôme d’État au CREPS de Montpellier, dernière étape pour poursuivre pleinement cette nouvelle carrière d’entraîneur.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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