Déclaré mort pendant huit minutes à 20 ans, un pilier raconte : « En fait, la mort est douce »
Déclaré mort pendant huit minutes à 20 ans, un pilier raconte : « En fait, la mort est douce »
Le vendredi 25 septembre 2026 à 15:15 par David Demri
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Dix mois après avoir été victime d’un malaise cardiaque à l’issue d’un match avec Dreux, Mathis Hébert est vivant. Le jeune pilier de 20 ans a pourtant été déclaré cliniquement mort pendant huit minutes et a nécessité 45 minutes de massage cardiaque ainsi que sept électrochocs.
Dans un témoignage bouleversant accordé à Midi Olympique, il raconte sa seconde vie et livre des mots saisissants sur son rapport à la mort.
Le 9 novembre 2025 restera à jamais gravé dans la mémoire de Mathis Hébert et de ses proches.
Après un match face à Chinon, le jeune pilier du RC Drouais est victime d’un malaise cardiaque dans les vestiaires. Trois pompiers volontaires qui évoluent également au club interviennent immédiatement.
Leur action va lui sauver la vie.
Quarante-cinq minutes de massage cardiaque et sept électrochocs
Hébert est finalement réanimé après 45 minutes de massage cardiaque et sept électrochocs, avant d’être héliporté dans un état grave vers la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Opéré, il est ensuite plongé dans le coma pendant une semaine.
Dix mois plus tard, sa vie reste profondément bouleversée.
Auprès de Midi Olympique, il donne des nouvelles rassurantes de son cœur, tout en détaillant la lourdeur de son quotidien médical :
« Pour l’instant, le cœur, ça va, le stent n’a pas eu de rejet. J’ai juste la partie inférieure qui est nécrosée à cause des électrochocs. Ce n’est pas un problème pour l’instant, cela reste à surveiller. Tous les trimestres, j’ai des tests complets (IRM, scanner, prise de sang) et je suis sous traitement à vie avec quatorze médicaments par jour (bêtabloquants, anti-inflammatoires, coagulants). C’est lourd mais nécessaire. »
Le jeune homme a même recommencé progressivement la musculation. Mais les séquelles sont encore bien présentes.
Son cœur ne lui permet notamment plus de courir normalement :
« J’ai repris le sport et la musculation à petite dose pour essayer de me remettre en forme. Une ou deux fois par jour, je vais à la salle avec mon meilleur ami, Guillaume Perrault. J’ai la chance qu’il soit, lui aussi, en arrêt de travail pour m’accompagner. Physiquement, j’ai perdu énormément de masse musculaire à rester dix mois chez moi à ne rien faire. Tu prends vite du gras et le mauvais. À part ça, côté physique, ça va. Le seul truc qui coince, c’est le cardio. Je ne peux pas courir plus de deux minutes, je n’y arrive plus. Le cœur ne suit pas. »
« Je suis déjà mort »
Mais c’est lorsqu’il évoque la mort que le témoignage du jeune rugbyman prend une dimension particulièrement saisissante.
Cette expérience a totalement bouleversé sa manière d’envisager l’existence.
À seulement 20 ans, Hébert explique à Midi Olympique ne plus vouloir perdre de temps avec ce qu’il considère désormais comme secondaire :
« Désormais, je relativise. Je veux profiter de la vie et ne plus m’embêter avec des balivernes. Je suis déjà mort, donc je n’ai pas de temps à perdre. Je me recentre sur les choses importantes. Je suis parti calmement et paisiblement après avoir embrassé ma mère et la femme que j’aime, et après être sorti d’un match de rugby qui est ma passion la plus dévorante. Donc, en fait, j’étais mort sans regret, sans rien, ça ne me fait pas peur ce genre de choses. Maintenant, j’ai un regard sur la mort qui est complètement différent. La mort, je l’ai côtoyée. En fait, la mort est douce. »
Des mots d’autant plus forts que le jeune pilier refuse encore de tirer définitivement un trait sur le rugby.
Un rêve : rejouer seulement cinq minutes
Il sait qu’un retour au niveau qui était le sien paraît aujourd’hui extrêmement incertain. Mais son rêve n’est même plus de disputer des matches entiers.
Quelques minutes sur un terrain suffiraient à son bonheur :
« Je ne referai peut-être pas la tête d’affiche de mon club en jouant quatre-vingts minutes mais si je pouvais, un jour, entrer cinq minutes pour remettre un tampon, je serai le plus heureux des hommes. »
En attendant, Hébert reste proche du RC Drouais en participant à l’entraînement des moins de 16 ans. Il aimerait également utiliser son histoire pour mener des actions de prévention dans les clubs, les établissements scolaires et les médias.
Il estime que son vécu pourrait permettre de toucher directement les jeunes :
« Le discours d’un jeune, qui a vécu une telle épreuve et a réussi, en plus, à revenir entre les vivants, passerait mieux que celui d’un médecin. »
« Je suis un miraculé »
Dans son témoignage à Midi Olympique, Hébert mesure également l’incroyable succession de circonstances qui lui a permis de survivre.
Le défibrillateur du stade avait notamment été remplacé seulement trois jours auparavant après avoir été défectueux. L’hélicoptère de l’hôpital de Dreux a ensuite permis son transfert rapide vers Paris.
Surtout, trois pompiers volontaires se trouvaient au club ce jour-là : Jacky Quentin, Didier Heyne et Quentin Estèves.
Très croyant, Hébert ne cherche pas d’autre mot pour qualifier ce qui lui est arrivé :
« Si je n’avais pas été à Dreux, je serais mort. J’ai eu une chance inouïe. Je suis un miraculé. Toutes les planètes se sont alignées. »
Sa reconnaissance envers les trois hommes qui se sont battus pour le réanimer est immense.
Dix mois après ce 9 novembre où tout a basculé, il leur attribue directement sa seconde vie :
« Ce sont des héros. Je leur serai reconnaissant à vie. Ils n’ont pas voulu me laisser mourir. »

