« Respire et tais-toi ! » : l’étonnante séance qui prépare Lenni Nouchi à son retour contre Toulon
« Respire et tais-toi ! » : l’étonnante séance qui prépare Lenni Nouchi à son retour contre Toulon
Le mercredi 30 septembre 2026 à 10:16 par David Demri
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Depuis deux ans, Lenni Nouchi ne travaille pas uniquement son physique et son rugby. Le troisième ligne international de Montpellier fait appel à Aurélie Lamy, préparatrice cérébrale, afin de mieux comprendre ses émotions, maîtriser son énergie et écouter les signaux envoyés par son corps.
Un accompagnement devenu particulièrement important au moment de préparer son retour à la compétition contre Toulon après sa blessure à la cheville gauche avec le XV de France.
À seulement 22 ans et avec déjà huit sélections chez les Bleus, Lenni Nouchi accorde une place importante au travail mental.
Une démarche qui trouve ses origines dans son enfance. Dans la famille Nouchi, son père s’occupait davantage de l’aspect physique et rugbystique tandis que sa mère souhaitait que ses trois fils apprennent également à maîtriser leurs émotions.
Pour L’équipe, le Montpelliérain raconte ainsi avoir été sensibilisé très jeune à la préparation mentale.
« Quand nous étions plus jeunes, maman nous a poussés à faire de la préparation mentale et notamment de la sophrologie pour gérer nos émotions. Avec mon papa, c’était le physique, le rugby pur. Ma mère a trouvé un moyen d’apporter un truc à elle. Quand j’ai rencontré Aurélie, j’ai adhéré à son idée de muscler mon cerveau. »
Nouchi voulait revenir plus rapidement
Mi-septembre, L’Équipe a pu assister à l’une de ses séances avec Aurélie Lamy.
Le sujet était particulièrement concret : préparer son retour à la compétition après sa blessure à la cheville gauche.
Nouchi sera finalement sur la feuille de match de Montpellier contre Toulon dimanche soir.
Mais son envie de revenir rapidement a justement nécessité un travail de contrôle.
Le troisième ligne reconnaît avoir besoin d’être freiné pour ne pas précipiter son retour.
« Aurélie est là pour m’aider à ne pas brûler les étapes. Je dois me canaliser pour ne pas reprendre trop vite et risquer de me blesser à nouveau. »
Au cours de la séance, il confirme d’ailleurs avoir envisagé d’anticiper son retour.
« J’ai franchi toutes les étapes demandées, la douleur est inexistante. Je me suis chauffé tout seul pour reprendre plus tôt, mais je suis revenu à la raison. »
Ses émotions peuvent lui faire oublier la douleur
C’est précisément l’un des points sur lesquels travaille Aurélie Lamy.
Lorsque la préparatrice lui demande quelle est sa prédominance cérébrale, Nouchi répond immédiatement : les émotions.
Or, selon elle, l’excitation provoquée par l’imminence d’un retour peut devenir problématique.
Elle explique à son joueur que cette combinaison entre émotions, excitation et volonté de se montrer peut modifier sa perception physique.
« Quand tu t’es beaucoup dépensé, ça t’amène aussi de l’excitation : ce cocktail (émotion + pensée) te coupe de ton corps et engendre un risque de blessure. Aujourd’hui, ton émotion est celle d’un joueur qui a envie de reprendre, de se montrer. Ça engendre de l’excitation. Tu augmentes ton tonus et tu ne perçois plus du tout tes douleurs, ce qui n’est pas bon. Ça te coûte aussi sur ta gestion d’énergie. Si tu envoies trop, ça te met aussi en état de risque. Il y a de belles échéances à venir, ce n’est pas le moment de faire n’importe quoi. On gère l’excitation. »
L’objectif est donc notamment d’empêcher l’envie de jouer de masquer d’éventuels signaux physiques.
Sérénité 8/10, motivation 9/10, confiance 6/10
Chaque séance comprend également une évaluation de plusieurs indicateurs.
Ce jour-là, Nouchi évalue sa sérénité mentale à 8/10 et sa motivation à 9/10.
Son sommeil n’obtient que 7.
« Ce n’est pas l’Amérique, mais il y a du mieux. Je m’endors tard, je traîne, même si j’ai réduit le temps de sieste. »
Sa confiance descend en revanche à 6/10.
La raison est directement liée à son retour progressif.
« Parce que je n’ai pas encore retouché le ballon. »
Même note concernant sa détente physique.
La séance bascule alors vers un travail sur son diaphragme, qui s’était précédemment bloqué.
« Respire et tais-toi ! »
Nouchi doit fermer les yeux et contrôler lentement sa respiration en laissant ressortir son ventre afin d’étirer son diaphragme.
L’exercice est loin d’être anodin pour le troisième ligne.
« Ça fait déjà mal, je ne tiens pas longtemps. »
Aurélie Lamy l’invite à prendre son temps avant qu’un échange plus léger ne vienne illustrer la relation installée entre les deux.
Lorsque Nouchi demande s’il doit respirer par le ventre, sa préparatrice lui répond en riant :
« Respire et tais-toi ! »
Quelques instants plus tard, le joueur commence à ressentir les effets de l’exercice.
« J’ai chaud, je suis en tempête émotionnelle. »
Apprendre à détecter ce que son corps lui dit
Le travail se poursuit ensuite autour de ce qu’Aurélie Lamy appelle « l’attention flottante ».
Nouchi doit progressivement relâcher toutes les parties de son corps et se concentrer sur les sensations qu’elles lui renvoient.
Respiration, crâne, visage, épaules, bras, ventre puis jambes : tout est passé en revue.
Deux exercices de « Jacobson » complètent le travail. Le joueur contracte l’ensemble de ses muscles en retenant sa respiration avant de les relâcher au maximum à l’expiration.
L’objectif est d’enregistrer ces sensations dans sa mémoire corporelle et d’affiner sa perception, afin que l’excitation d’un entraînement ou d’un match ne masque pas une douleur.
Après une quinzaine de minutes, Nouchi livre son ressenti.
Sa cheville blessée et son mollet gauche ont notamment attiré son attention.
« J’ai tellement chaud, ce n’était pas agréable. Au début, je suis descendu en attention flottante, pas longtemps. J’ai perçu mon mollet gauche et ma cheville blessée, surtout le mollet où j’ai senti des douleurs et des tensions. »
Aurélie Lamy apporte alors une précision sur le profil de son joueur.
« Lenni est un émotionnel. Se savoir observé ne l’a pas aidé. Normalement, il est très calme et proche du sommeil. »
« Aujourd’hui, je suis plus intelligent sur le terrain »
Ce travail ne sert pas uniquement à accompagner le retour de blessure de Lenni Nouchi.
Le troisième ligne l’utilise également en compétition pour mieux contrôler son effort et ses réactions.
Après deux années d’accompagnement, il estime avoir profondément changé sa manière de vivre un match.
« En match, ça m’aide à ressentir mon état corporel, à savoir où j’en suis afin de mieux me gérer physiquement. Avant, j’étais partout et nulle part à la fois. Aujourd’hui, je suis plus intelligent sur le terrain. Comme lorsque je loupe une action, je switche plus rapidement grâce à de petites techniques glissées par Aurélie. »
Des techniques rapides et pratiquement invisibles depuis les tribunes, mais qui permettent à Nouchi de mieux maîtriser son énergie et ses émotions.
Pour Aurélie Lamy, le prochain défi consiste désormais à inscrire ces progrès dans la durée.
« Son plus grand défi est maintenant de réussir à garder ce cap de constance sans que le côté émotionnel de son cerveau ne reprenne le dessus. »


Il faut embaucher Aurélie !
Il n’y a plus que cet option pour trancher le nœud.