Gonzalo Quesada : « Federico ? Je ne l’ai jamais vu être mêlé à une bagarre »
Gonzalo Quesada : « Federico ? Je ne l’ai jamais vu être mêlé à une bagarre »
Le lundi 14 septembre 2026 à 22:56 par David Demri
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Le monde du rugby a fait son entrée au procès consacré à la mort de Federico Martin Aramburu. Thomas Lièvremont et Gonzalo Quesada se sont succédé à la barre pour raconter le joueur, mais surtout l’homme et l’ami qu’ils ont perdu.
Particulièrement éprouvante, l’audition de Thomas Lièvremont a été marquée par plusieurs moments d’intense émotion. L’ancien troisième ligne du XV de France et du Biarritz Olympique avait remporté deux Boucliers de Brennus avec l’international argentin.
Un joueur surnommé « Numero Dos »
Pour commencer son témoignage, Thomas Lièvremont a choisi de raconter les débuts de Federico Aramburu à Biarritz. Dans le vestiaire, l’Argentin avait hérité d’un surnom lié à son compatriote Martin Gaitan.
L’ancien Biarrot se souvient d’un joueur dont le talent avait rapidement balayé les premiers doutes. Des propos rapportés par Midi Olympique :
« Au club, on l’appelait “Numero Dos”, parce que c’était le deuxième Argentin du BO après Martin Gaitan. À son arrivée, on avait souri : Fede était d’un gabarit commun et il fuyait la muscu. Mais dès son premier match, il a prouvé qu’il était exceptionnel. »
Lièvremont a également insisté sur l’intelligence de jeu et la finesse de son ancien partenaire, très éloigné selon lui de l’image d’un rugbyman brutal.
Il décrit un joueur capable d’anticiper et d’éviter les affrontements inutiles.
« Il y a des bœufs, dont je fais partie, et des mecs fins, qui ont un sens du jeu et de l’anticipation. Fede faisait partie de ceux-là. Il évitait, il n’était pas violent comme peuvent l’être les avants. »
« Depuis, la vie n’est plus la même »
Thomas Lièvremont se trouvait lui aussi à Paris le 19 mars 2022. Les deux hommes devaient assister à France–Angleterre avant de partir ensemble en Argentine quelques jours plus tard.
C’est son frère Marc Lièvremont qui lui a annoncé la mort de son ami après plusieurs appels restés sans réponse sur son téléphone.
Thomas Lièvremont raconte le choc qui a suivi cette terrible annonce.
« La sidération a été totale. J’ai tout de suite appelé Shaun Hegarty, en vain, puis pris un billet pour rentrer à Biarritz. J’ai vécu la pire quinzaine qu’on puisse imaginer. Depuis, la vie n’est plus la même. »
Submergé par l’émotion, l’ancien international français a alors fondu en larmes. Il a expliqué que la disparition de Federico Aramburu avait laissé un vide que les années n’étaient pas parvenues à atténuer.
Sa voix brisée, Lièvremont a rendu un hommage poignant à celui qu’il considérait comme un frère.
« Il y a quelques années, j’ai perdu mon père et mon frère, de maladie. Ce fut dur mais le temps a fait son œuvre, concernant leurs disparitions. En revanche, le manque de Fede ne se comble pas. Il était la gentillesse à l’état pur. Il était fiable, calme, généreux, respectueux. Il donnait du bonheur aux gens. »
L’ancien Biarrot a également évoqué les conséquences du drame sur les enfants de Federico Aramburu. Selon lui, ils associaient désormais Paris au risque de perdre également leur mère lorsqu’elle devait s’y rendre pour travailler.
Gonzalo Quesada décrit un homme rassembleur
Gonzalo Quesada a ensuite pris place à la barre. L’actuel sélectionneur de l’Italie avait côtoyé Federico Aramburu avec les Pumas avant que leur relation ne devienne beaucoup plus forte à partir de 2017.
L’ancien entraîneur du Stade Français garde le souvenir d’un homme auprès duquel les autres se sentaient naturellement bien.
« Avec Fede, on est devenus très amis à partir de 2017. C’était quelqu’un de joyeux, humain, généreux. Il avait cette capacité à rassembler autour de lui, tout simplement parce qu’on se sentait bien à ses côtés. Si j’ai signé à Biarritz il y a quelques années, c’est aussi pour lui. »
Gagné à son tour par l’émotion, Quesada a dû interrompre brièvement son témoignage. Il a ensuite répondu aux interrogations portant sur le comportement de son ami pendant les soirées.
Gonzalo Quesada assure ne l’avoir jamais vu impliqué dans le moindre affrontement.
« J’ai fait beaucoup de soirées avec Fede : en Argentine, en Espagne, au Pays basque, rue de la Soif à Paris… Je ne l’ai jamais vu être mêlé à une bagarre ou quelque chose d’approchant. J’ai des amis qui ont l’alcool mauvais. Ce n’était pas son cas. »
Thomas Lièvremont a conclu son intervention en expliquant être venu honorer la mémoire de son ami et demander que justice soit rendue.
Trois ans après le drame, il ne parvient toujours pas à accepter cette disparition.
« Je ne comprends pas pourquoi on doit vivre tout ça, en fait. Je ne comprends toujours pas pourquoi il est parti. »

