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Grégory Patat tire un portrait glaçant du métier de manager en Top 14 : « On est bien payés mais… »

Grégory Patat tire un portrait glaçant du métier de manager en Top 14 : « On est bien payés mais… »

Le lundi 30 mars 2026 à 14:28 par David Demri

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Pour la première fois depuis son départ de l’Aviron Bayonnais, Grégory Patat a accepté de se confier dans les colonnes de Midi Olympique.

Ce dernier a notamment expliqué à quel point le métier de manager sportif est un métier très prenant qui a tendance à te lessiver.

Il rappelle que l’entraîneur doit penser à respecter une multitudes de règlements mis en place par la Ligue Nationale de Rugby. Extrait:

« Le Top 14 est une machine à laver, parce que c’est, à mon sens, le championnat le plus dur au monde. Il est soumis à beaucoup de réglementations, comme les Jiffs et le salary cap, donc il y a déjà beaucoup de stratégies à mettre en place quand tu construis ton effectif. Le salary cap fait que les ressources sont limitées, ce qui équilibre le niveau général. Il y a donc une stratégie à avoir par rapport à la compétition, mais aussi par rapport à la constitution du staff. »

Il évoque également les staffs qui sont de plus en plus évolués avec de nombreux spécialistes pour chaque domaine. Extrait:

« Les staffs ont beaucoup évolué ces dernières années avec de plus en plus de spécialistes. Il y a aussi la cellule performance, préparation physique, nutrition, musculation. Le chef de la performance est souvent le bras droit du manager puisqu’il est essentiel dans la construction des semaines. Il faut ajouter la vidéo : les outils sont de plus en plus performants. Il faut savoir comment restituer ces analyses aux joueurs pour que ce soit efficace. Le staff médical, avec ses médecins et kinés, fait aussi partie de l’équation. Aujourd’hui, un manager gère environ 75 personnes. C’est un quotidien énergivore, très prenant. Le métier de manager n’est plus le même qu’il y a quatre ans. Il évolue constamment. »

Selon lui, un manager de Top 14 est en mesure de travailler 12 mois sur 12 tant la charge de travail est monumentale. Il détaille. Extrait:

« En réalité, tu peux travailler douze mois sur douze, parce qu’il y a toujours quelque chose à gérer avec des doublons internationaux et les internationaux qui partent l’été, ce qui décale leurs vacances. Par exemple, aujourd’hui, il faut faire des entretiens professionnels avec chaque salarié, chaque membre du staff comme dans n’importe quelle entreprise. C’est une partie administrative lourde, dans un environnement qui peut changer au cours du mandat.

Il y a aussi tout le volet des relations publiques, du business, à gérer avec les présences des joueurs, souvent les plus « bankable », ce qui peut créer des déséquilibres dans le groupe. Mais ces joueurs, tu as besoin qu’ils soient performants sur le terrain. Il y a énormément d’extrasportif à gérer. C’est une donnée qui a beaucoup évolué ces dernières années. C’est surtout une fonction où tu peux travailler douze mois sur douze, sept jours sur sept, de six heures à dix-neuf heures. »

En parallèle de tout ce travail, il explique qu’un manager est surtout jugé sur les résultats sportifs de son équipe. Extrait:

« On est jugés sur le résultat immédiat, tout en construisant sur un temps plus long, trois à quatre ans. Construire sur le long terme nécessite stabilité et continuité, mais les contrats des joueurs ne dépassent pas deux ou trois ans. L’évolution du championnat est telle qu’un joueur performant aujourd’hui peut ne plus correspondre aux ambitions futures du club. C’est un environnement très instable. »

Il affirme avoir des comptes à rendre à ses dirigeants très fréquemment, et avoir donc des rendez-vous récurrents pour mettre en place de nouveaux projets et une stratégie de développement. Extrait:

« J’ai des supérieurs, je suis sous la direction du président et je dois rendre des comptes. Ce qui est important, c’est d’avoir des rendez-vous réguliers. La stratégie à long terme, c’est la direction qui la porte. Moi, je dois bâtir la mienne en fonction de la politique du club. Si un club veut promouvoir sa formation, il faut une stratégie d’accompagnement des jeunes : comment les intégrer dans le groupe, les faire progresser et les faire jouer pour gagner. C’est ce qui rend le métier passionnant : on travaille sur la matière humaine, sur le développement. Ce n’est jamais la même chose. Construire une stratégie avec les moyens disponibles, c’est ce qui me motive. »

Grégory Patat a également une pensée pour les techniciens adjoints qui sont souvent les premiers fusibles à sauter quand une équipe tangue. Extrait:

« Et au-delà des managers, il faut penser aux coachs, dont la fonction est encore plus précaire puisqu’ils peuvent aussi être touchés par des changements de management. Mais si tu demandes à un technicien de prendre un week-end, il sera frustré de manquer un match. Peut-être que les mentalités vont évoluer. On est bien payés, on fait un métier passion, mais il faut savoir s’entourer, déléguer, faire confiance. »

Aussi, il évoque la pression de la concurrence au poste de manager car les places sont finalement très limitées, en France. Extrait:

« Contrairement au football, notre marché est limité au territoire français. Peu de managers français partent à l’étranger. Le marché du travail est restreint, et la concurrence est forte, avec des techniciens étrangers qui arrivent et des joueurs qui arrêtent leur carrière avec l’envie de basculer. Les places sont chères. Et comme les joueurs, nous avons une concurrence interne pour garder notre poste. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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