Il appelle sa fille « Rochelle » : Levani Botia raconte de nombreuses anecdotes délicieuses sur sa carrière !
Il appelle sa fille « Rochelle » : Levani Botia raconte de nombreuses anecdotes délicieuses sur sa carrière !
Le vendredi 25 septembre 2026 à 16:18 par David Demri
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Samedi soir à Pau, Levani Botia disputera son 250e match avec le Stade Rochelais. Un chiffre presque inimaginable lorsque l’on replonge dans le parcours hors norme du Fidjien.
Avant de devenir une figure du Top 14, il courait pour aller s’entraîner faute d’argent pour prendre le bus, travaillait comme gardien de prison et avait même caché à sa femme qu’il jouait au rugby. À 37 ans, celui que les jeunes Rochelais surnomment désormais « papi » mesure le chemin parcouru.
Arrivé à La Rochelle en 2014 pour ce qui ne devait être qu’une aventure de quelques mois, Botia n’est finalement jamais reparti.
À l’approche de cette 250e apparition, il résume lui-même l’improbabilité de son histoire lors d’un entretien passionnant accordé à RMC Sport :
« Je me rappelle être venu en France pour jouer trois mois. Après deux matchs, j’ai signé un contrat. Et maintenant, j’en suis à 250. C’est fou ! À chaque fois, je me dis que c’est peut-être la dernière fois. »
Pour comprendre ce que représente ce cap, il faut remonter bien avant son arrivée en Charente-Maritime.
Il courait pour aller s’entraîner faute d’argent
Aux Fidji, le rugby accompagne Botia depuis l’enfance. Mais lorsqu’il décide véritablement de tenter sa chance, les conditions sont très éloignées de celles qu’il connaîtra ensuite en Top 14.
Après avoir quitté l’école, il obtient une opportunité dans une équipe de Suva. Sans emploi, il n’a cependant pas les moyens de payer régulièrement son transport.
Sa solution est alors aussi simple que radicale : rejoindre les entraînements en courant.
« Après avoir quitté l’école, je suis allé vivre chez mon cousin et mon oncle. J’ai commencé à changer de rêve, à travailler dur tous les jours pour trouver une équipe dans laquelle jouer. J’ai eu une opportunité dans une équipe de la ville. Je devais y être avant 17h. À cette époque, je venais juste de quitter l’école et je n’avais pas de travail et donc pas l’argent pour payer le bus pour aller à l’entraînement. Alors j’ai fait des sacrifices. Je mettais mes chaussures de course et je partais en courant pour aller retrouver les gars qui s’entraînaient. »
Le rugby à 7 va ensuite accélérer sa progression. Botia rejoint notamment une équipe créée par la légende Fidjienne Serevi.
C’est à cette période qu’il comprend jusqu’où il veut aller :
« J’étais heureux parce que je sentais que mon rugby et ma façon de travailler progressaient. J’ai su que le rugby allait devenir viscéral pour moi, qu’il allait couler dans mes veines. Alors j’ai continué à pousser tous les jours, à m’entraîner, à travailler dur de mon côté. »
Même sa femme ignorait qu’il jouait au rugby !
L’histoire devient encore plus improbable lorsque Botia raconte qu’il avait décidé de cacher ses ambitions à son entourage.
Il s’entraînait tôt le matin ou tard le soir afin de poursuivre son rêve dans la plus grande discrétion.
Sa propre femme ne découvre la vérité qu’en le voyant… à la télévision.
« Je ne voulais dire à personne que je jouais au rugby et que je voulais devenir professionnel ! Je voulais que les gens le découvrent en me voyant à la télévision. C’est comme ça, je voulais garder ça pour moi, je donnais tout pour le rugby, je m’entraînais donc toujours tôt le matin ou tard le soir, quand personne ne pouvait me voir. Jusqu’au jour où ma femme m’a vu à la télévision ! Ça a été une énorme surprise. Elle m’a appelé immédiatement. Elle n’était pas très contente. »
Mais avant de pouvoir vivre du rugby, Botia doit travailler.
Et son métier n’a rien d’anodin.
Gardien de prison : « J’étais effrayé »
Le Fidjien devient gardien de prison, avec un emploi du temps lui permettant parallèlement de continuer à jouer.
Une expérience parfois éprouvante, notamment lors de ses premières gardes de nuit.
Botia reconnaît avoir réellement eu peur au contact de certains détenus :
« Ma première session de nuit, j’étais effrayé parce que j’avais toujours vu des histoires d’évasion de prison à la télé ! J’avais peur qu’un détenu s’échappe ou qu’il arrive quelque chose. Il fallait être constamment sur ses gardes. On travaillait avec des gens qui avaient commis des crimes et qui n’avaient parfois plus rien à perdre. Si tu faisais la moindre erreur, ils pouvaient la repérer. »
Puis, en 2014, un simple coup de téléphone va bouleverser son existence.
« J’ai d’abord cru que c’était une blague ! »
En rentrant du travail, Botia découvre un appel provenant de l’étranger. À l’autre bout du téléphone se trouve Bobo, qui lui propose de rejoindre La Rochelle comme joker médical.
Le contrat ne porte que sur trois mois.
Botia doit donc choisir entre la sécurité de son emploi et une aventure à des milliers de kilomètres de chez lui.
L’offre lui paraît tellement improbable qu’il pense d’abord à une plaisanterie :
« On en a discuté et j’ai d’abord cru que c’était une blague ! Il fallait que je prenne une décision rapidement. C’était compliqué parce que je devais démissionner de mon travail de gardien de prison, pour un contrat de joker médical. Ce n’était qu’un contrat de trois mois. Dans ma tête, je me disais : « Si je pars pendant trois mois et que La Rochelle ne me signe pas à nouveau, je vais devoir rentrer et chercher un autre travail… » »
Il prend finalement le risque.
Après seulement deux rencontres, La Rochelle décide de le conserver.
Douze ans plus tard, Botia s’apprête à porter pour la 250e fois le maillot Rochelais.
Sa fille s’appelle Rochelle
L’attachement entre le Fidjien et sa ville d’adoption est devenu tel qu’il s’inscrit jusque dans sa famille.
Lorsque sa fille naît en 2016, Botia et son épouse prennent une décision symbolique : ils l’appellent Rochelle.
La France est progressivement devenue une deuxième maison :
« En 2016, quand ma fille est née, on en a parlé avec ma femme. Elle m’a dit que, puisque nous vivions à La Rochelle, c’était devenu notre maison. On vit ici comme aux Fidji. La différence, c’est la météo, la nourriture, la langue et le mode de vie. Mais nous voulions aussi créer un souvenir. Alors nous l’avons appelée Rochelle. »
À 37 ans, Botia sait désormais que la fin de cette incroyable aventure se rapproche.
Mais il n’a pas fixé de date.
Il laissera son corps décider du moment :
« J’essaie de faire tout ce que je peux, de donner le meilleur de moi-même avant d’arrêter. Parce que lorsque j’arrêterai, je ne veux pas regretter ou avoir le sentiment que le rugby me manque. Dès que mon corps me dira d’arrêter, j’arrêterai. »
Une reconversion dans le rugby reste possible, notamment dans le coaching. Une chose est en revanche déjà certaine.
Botia ne compte pas retrouver son ancien métier :
« Je ne sais pas encore. Mais je ne retournerai pas en prison. »


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