Ils ne venaient pas d’une terre de rugby… aujourd’hui ils jouent au Stade Toulousain

Ils ne venaient pas d’une terre de rugby… aujourd’hui ils jouent au Stade Toulousain

Le mercredi 3 juin 2026 à 23:02 par David Demri

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Quand on pense aux joueurs du Stade Toulousain, on imagine souvent des jeunes formés dans les grands bastions du rugby français ou des internationaux issus des meilleures nations de l’ovalie.

Pourtant, trois membres de l’effectif rouge et noir ont emprunté un chemin bien différent.

Matias Remue, Joel Merkler et David Ainu’u ont grandi en Belgique, en Espagne et aux États-Unis. Trois pays où le rugby reste loin derrière le football, le basket ou le football américain. Rien ne les destinait à rejoindre un jour l’un des clubs les plus prestigieux du monde.

Et pourtant.

Un pari risqué mais assumé

À l’adolescence, aucun des trois ne connaissait réellement le Stade Toulousain.

Joel Merkler rêvait davantage de football que de rugby. Le futur pilier espagnol a même tenté une expérience dans le water-polo avant de suivre les traces de son père anglais.

Via L’équipe, il explique comment il a entendu parler de Toulouse pour la première fois : 

« J’ai entendu parler de Toulouse la première fois quand ils sont venus faire un Tournoi en Espagne dans mon club, à Sant Cugat, près de Barcelone. Ils nous avaient mis 52-0 en finale »

David Ainu’u évoluait lui dans le football américain du côté de Seattle.

Il indique avoir découvert le Stade Toulousain en 2017 : 

« Moi, ce n’est que quand je suis arrivé à Toulouse, en 2017, que j’ai découvert le Stade. Ce sont des anciens comme Joe Tekori qui m’ont raconté l’histoire de ce club. Je m’étais retrouvé là-bas pour un essai de six mois grâce à un agent qui savait que je voulais tenter ma chance en Europe et qui m’avait mis en relation avec Émile Ntamack. Émile se souvenait de moi parce que deux ou trois ans avant, il m’avait repéré avec les U15 américains lors d’un stage à Marcoussis (Essonne). Sûrement parce que j’avais une coupe afro avec des cheveux très longs (rires) ! »

Matias Remue est le seul des trois à avoir découvert le rugby dès l’enfance, dans un club de Bruxelles.

C’est en effectuant un stage à Ernest-Wallon que tout a débuté pour lui : 

« Ces stages sont ouverts à tout le monde. Je m’y étais donc inscrit avec mon frère Florian pour une semaine ou deux. C’est là que les formateurs du club m’ont vu et rapidement demandé de venir m’entraîner avec l’équipe de ma catégorie d’âge. Quand tu viens ici, tu sais où tu mets les pieds. La concurrence, elle me stimule. »

Mais tous ont un point commun : ils ont accepté de quitter leur pays très jeunes pour tenter leur chance à Toulouse. Un choix loin d’être évident.

Car intégrer le centre de formation du Stade Toulousain signifie aussi accepter une concurrence féroce.

Toulouse plutôt que la facilité

Beaucoup auraient choisi un club où les perspectives semblaient plus accessibles. Pas eux.

Matias Remue a rapidement compris ce qui l’attendait lorsqu’il a participé à un stage organisé par le Stade Toulousain.

Joel Merkler avait également d’autres options sur la table, notamment Béziers.

Quant à David Ainu’u, il savait qu’il allait devoir se mesurer à certains des meilleurs piliers du monde.

Aucun n’a reculé. Tous considéraient cette concurrence comme une opportunité d’apprendre plus vite.

Leur pari est devenu une réussite

Quelques années plus tard, leur choix apparaît largement récompensé.

David Ainu’u fait partie des joueurs qui ont empilé les trophées depuis 2019 avec le Stade Toulousain.

Joel Merkler a déjà remporté plusieurs titres de champion de France.

Matias Remue, lui, s’installe progressivement dans la rotation des trois-quarts et gagne du temps de jeu en Top 14.

Trois parcours différents mais une même réussite.

Des inconnus dans leur propre pays

Le plus étonnant reste peut-être leur statut lorsqu’ils rentrent chez eux.

En Espagne, en Belgique ou aux États-Unis, ils passent quasiment inaperçus. Le rugby demeure un sport confidentiel dans ces pays.

Aucun n’est reconnu dans la rue. Aucun ne fait régulièrement la une des médias locaux.

Une situation qui les amuse plus qu’elle ne les frustre comme l’affirme Merkler : 

« En Espagne, personne ne me reconnaît dans la rue, si c’est ce que vous voulez savoir. Chez nous, même si le Stade est une référence pour tous les connaisseurs, le rugby reste un sport très confidentiel. »

Remue confirme : 

« Je ne suis vraiment pas une personnalité publique. Personne n’a parlé de moi dans les médias le jour où j’ai prolongé de trois saisons au Stade (rires). Bon, la RTBF (télévision belge) est quand même venue faire un reportage sur moi à Toulouse il n’y a pas longtemps… »

Des ambassadeurs pour leur sélection

En revanche, leur parcours inspire.

Avec leurs équipes nationales respectives, ils sont devenus des références.

Leurs partenaires les interrogent régulièrement sur les méthodes toulousaines, le fonctionnement du club ou encore les exigences du très haut niveau.

Ils incarnent une preuve concrète qu’il est possible de réussir même lorsque l’on vient d’un pays où le rugby n’est pas roi.

Leur histoire illustre l’évolution du rugby mondial. Il y a encore quinze ans, voir un Belge, un Espagnol ou un Américain intégrer durablement l’effectif du Stade Toulousain relevait presque de l’exception. Aujourd’hui, les centres de formation français regardent de plus en plus au-delà des frontières traditionnelles du rugby.

David Ainu’u explique d’ailleurs qu’aux USA, personne ne sait faire une mêlée correctement : 

« Je leur fais partager mon expérience. Notamment en mêlée. Aux États-Unis, il n’y a que des monstres physiques en première ligne, sauf que personne ne sait comment faire une bonne mêlée. J’essaie donc de leur passer les bonnes informations acquises ici.

Quand j’ai commencé à jouer en France, il n’y avait que trois ou quatre joueurs américains dans le Championnat. Aujourd’hui, il y en a six. Ça reste peu, mais ça progresse. En tout cas, ça montre qu’un rugbyman américain peut très bien s’en sortir en France. Le plus difficile, en fait, c’est l’apprentissage de la langue. »

Le succès de joueurs comme Remue, Merkler ou Ainu’u démontre que le talent peut émerger partout, à condition de trouver le bon environnement pour l’exploiter.

À Toulouse, ils l’ont trouvé. Et leur aventure est peut-être encore loin d’être terminée.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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