« J’ai failli perdre ma femme » : Les terribles confidences de Sipili Falatea
« J’ai failli perdre ma femme » : Les terribles confidences de Sipili Falatea
Le vendredi 6 novembre 2026 à 9:45 par David Demri
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Titulaire avec le XV de France face aux Fidji ce samedi, Sipili Falatea revient de très loin. Le pilier droit de l’Union Bordeaux-Bègles, âgé de 29 ans, a traversé une période particulièrement douloureuse, marquée par une grave blessure au genou et surtout par les importantes complications médicales rencontrées par sa compagne après la naissance de leur fille. Dans un témoignage bouleversant, l’international français raconte comment il a failli perdre sa femme, contrainte ensuite de subir des dialyses pendant un an et demi, avant qu’une greffe de rein ne bouleverse à nouveau leur quotidien, cette fois pour le meilleur.
Derrière son retour au plus haut niveau, Sipili Falatea cache une histoire familiale éprouvante. En janvier 2024, le joueur avait subi une rupture du ligament croisé du genou droit, avant de connaître une rechute quelques mois plus tard. Mais ses difficultés sportives se sont ajoutées à une situation personnelle particulièrement lourde, commencée lors de la naissance de sa fille en mai 2023.
« J’ai failli perdre ma femme lors de l’accouchement »
Dans un entretien accordé à Sud Ouest, Sipili Falatea est revenu sur les graves problèmes de santé rencontrés par sa compagne.
Le pilier bordelais raconte les complications survenues lors de l’accouchement et les conséquences sur leur vie familiale :
« La blessure fait partie de tout ça. Mais j’ai effectivement eu aussi pas mal de problèmes personnels à la naissance de ma fille (NDLR, le 10 mai 2023). J’ai failli perdre ma femme lors de l’accouchement. Suite à cela, pendant un an et demi, elle a dû être dialysée tous les deux jours. Concrètement, c’était trois fois par semaine, et les jours où elle était à la maison, elle devait récupérer. On avait une vie beaucoup assistée par ses parents qui ont tout mis en pause, alors qu’ils vivent à Strasbourg, pour nous accompagner. Il a fallu l’accepter. »
Cette situation a profondément affecté le joueur, qui devait jongler entre les exigences du rugby professionnel, sa rééducation et les inquiétudes concernant la santé de sa compagne.
Falatea reconnaît avoir traversé une période de doutes particulièrement intense, au point de s’interroger sur son avenir sportif :
« J’étais dans une période où je ne savais plus où j’allais, je ne savais plus de quoi l’avenir serait fait. J’étais habité par beaucoup de doutes et de questionnements. Même par rapport à la suite de ma carrière. Que ce soit à l’international, à Bordeaux, ou même globalement. »
« J’avais perdu toute confiance en moi »
Au fil des mois, cette accumulation d’épreuves a fini par peser lourdement sur le moral de l’international français.
Le joueur de l’UBB reconnaît avoir perdu confiance en ses capacités et s’être interrogé sur la possibilité de retrouver un jour son meilleur niveau :
« J’avais perdu toute confiance en moi et en ce que je pouvais apporter. Je me suis demandé si j’arriverais à retrouver le haut niveau. Pendant ce temps-là, voir les autres performer était aussi un peu compliqué pour moi. Franchement, je dis merci à toutes les personnes qui m’ont entouré. Et bien sûr, à ma femme d’abord. »
Pour tenter de surmonter cette période, Sipili Falatea a décidé de solliciter une aide extérieure, en complément de l’accompagnement proposé par son club.
Il explique avoir notamment consulté un psychologue et eu recours à l’hypnose :
« Médicalement et sportivement, le staff de Bordeaux m’a très bien accompagné. Laurent aussi (NDLR : Marti, le président de l’UBB). En dehors du club, j’ai également pris l’initiative d’aller voir des personnes extérieures : j’ai été suivi par un psychologue, j’ai fait de l’hypnose aussi. »
Cette démarche lui a progressivement permis de retrouver des repères, même si sa reconstruction a nécessité beaucoup de patience.
Falatea détaille ce que cet accompagnement lui a apporté :
« Le fait de traiter les problèmes étape par étape. Le fait d’identifier les priorités dans une reconstruction et de ne pas tout mettre au même plan. Mentalement et physiquement, il ne faut pas se précipiter et taper dans le mur. L’hypnose, quant à elle, m’a apporté beaucoup de confiance alors que j’avais beaucoup d’appréhension à cause de mon genou. Ayant eu une rechute, je doutais de mon ressenti. Mais avec le travail, c’est revenu petit à petit. Je ne pense pas être encore à 100 %, mais je suis confiant désormais en ma capacité à répondre présent sur le terrain. »
Une greffe de rein qui a changé leur vie
Après de longs mois particulièrement éprouvants, la situation familiale de Sipili Falatea a finalement connu une évolution décisive.
Sa compagne, qui ne pouvait initialement pas recevoir de greffe en raison de complications médicales, a finalement bénéficié d’une transplantation rénale grâce à son propre frère.
Le pilier international raconte avec émotion ce tournant majeur dans la vie de sa famille :
« Au début, elle ne pouvait pas être greffée en raison de complications. Ça s’est fait juste avant le premier titre en Champions Cup en 2025. Son frère lui a fait don d’un rein. On est passé de la nuit au jour : ça a changé notre vie. »
Cette opération a permis au couple de retrouver progressivement une vie plus sereine, après une longue période rythmée par les soins et les contraintes médicales.
Falatea explique combien ce changement leur a permis de retrouver des moments simples en famille :
« L’année dernière, on a fait notre premier voyage en vacances à Majorque. On en a fait un deuxième cet été. Avant qu’on se rencontre, j’étais plus casanier. Les vacances, c’était forcément en famille. Elle m’a aidé à réaliser que couper fait du bien par moments (sourire). Ça m’a fait du bien mentalement d’être juste avec elle et ma fille et de ne pas penser au rugby. »
« Je n’ai pas su écouter mon corps »
Avec le recul, Sipili Falatea estime que les difficultés personnelles qu’il traversait ont également pesé sur son état physique.
Le joueur reconnaît avoir voulu assumer toutes ses responsabilités sans prendre suffisamment en compte ses propres limites :
« Je le pense. Mes problèmes personnels sont arrivés avant ma grosse blessure aux croisés. Par fierté, j’ai voulu fermer les yeux : je devais être le papa responsable qui va en première ligne au front. Je n’ai pas su écouter mon corps. C’est ce qui a fait que j’ai chuté. »
Aujourd’hui, le pilier de l’UBB a retrouvé le sourire et sa place parmi les internationaux français. Mais il n’oublie pas le long chemin parcouru pour surmonter cette période.
Il raconte notamment le temps nécessaire pour ressentir les premiers effets de son travail psychologique :
« Il a fallu du temps. Au début, je me demandais si le travail avec le psy servait vraiment à quelque chose. Je me précipitais, j’espérais que tout serait derrière moi en un claquement de doigts. Ça a pris plus de temps. Je me suis rendu compte que ça allait mieux lors de la tournée avec l’équipe de France cet été (NDLR, lors du Championnat des nations avec les matchs contre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon). Le fait d’avoir été appelé a enclenché quelque chose. Je me suis rendu compte que j’étais toujours autant passionné par ce sport. »


Courageux et persévérant Sipili : certains évènements de la vie, parfois, se cumulent et la difficulté c’est de se donner les moyens d’y faire face et ce n’est pas toujours facile.
Témoignage poignant et émouvant. Que tout le bonheur les accompagne. Que tous ces moments compliqués soient désormais derrière eux et que l’avenir soit radieux. Bravo au frangin !