« J’ai peur » : Un joueur de Pro D2 envisage de mettre un terme à sa carrière à cause d’un problème cardiaque

« J’ai peur » : Un joueur de Pro D2 envisage de mettre un terme à sa carrière à cause d’un problème cardiaque

Le vendredi 23 octobre 2026 à 9:07 par David Demri

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À seulement 26 ans, Dorian Bellot traverse une période particulièrement difficile. Le demi de mêlée du SU Agen a été contraint d’interrompre toute activité sportive après deux nouvelles crises de tachycardie survenues à l’entraînement, le lundi 12 octobre.

Malgré une première intervention cardiaque et plus d’un an sans symptômes, le joueur se retrouve confronté à de nombreuses incertitudes.

Une nouvelle intervention est programmée le 2 novembre, avec l’espoir de trouver l’origine de ses troubles. Mais Bellot reconnaît désormais envisager une éventualité douloureuse : celle de ne plus jamais pouvoir jouer au rugby professionnel.

En attendant les résultats de ses examens, le joueur agenais a choisi de se rapprocher de sa famille dans le Bordelais et de retrouver ses anciens amis de La Rochelle. Présent jeudi matin au stade Armandie pour assister à la mise en place de ses coéquipiers avant la réception de Nissa Rugby, il tente de conserver son optimisme.

Mais derrière son envie de revenir rapidement sur les terrains, l’inquiétude est bien réelle.

« J’avais les jambes coupées, je n’étais pas très loin du malaise »

Tout a basculé le lundi 12 octobre, lors d’une séance d’entraînement du SU Agen.

Alors qu’il participait à un exercice à haute intensité, Dorian Bellot a ressenti de violentes palpitations accompagnées de vertiges.

Des sensations qu’il connaissait déjà pour les avoir vécues avant sa première intervention cardiaque.

Le demi de mêlée raconte dans Sud-Ouest précisément le déroulement de cette première alerte :

« Sur l’entraînement à haute intensité, sur un effort assez poussé mais pas non plus incroyable, j’ai ressenti des palpitations. J’avais les jambes coupées, je n’étais pas très loin du malaise en courant. J’ai senti que mon cœur s’était emballé. Je me suis un peu inquiété parce que ce sont les mêmes symptômes qu’avant mon intervention de l’année dernière (lire par ailleurs). »

Le joueur a alors décidé de quitter temporairement le terrain pour récupérer.

Après quelques minutes, pensant à une fausse alerte, il a tenté de reprendre la séance.

Mais une seconde crise s’est produite presque immédiatement, cette fois alors qu’il était au repos.

Dorian Bellot poursuit son récit :

« Je suis sorti de moi-même du terrain, j’ai soufflé pendant cinq-dix minutes. Comme je suis sous traitement, j’ai pensé à une fausse alerte et que ce n’était pas grand-chose. Donc j’ai décidé de revenir sur le terrain. Mais sur l’action d’après, cette fois au repos, le cœur s’est emballé une seconde fois. Je sentais qu’il tapait et que c’était complètement anormal. J’avais encore des vertiges, je n’étais pas loin de m’évanouir. Donc j’ai compris qu’il se repassait quelque chose. »

Depuis cet épisode, le joueur a dû suspendre sa pratique du rugby dans l’attente d’un diagnostic précis.

Une nouvelle intervention cardiaque programmée le 2 novembre

La situation est d’autant plus difficile à accepter que Dorian Bellot pensait avoir définitivement tourné la page de ses premiers problèmes cardiaques.

Pendant plus d’un an, il n’avait ressenti aucun nouveau symptôme et avait retrouvé une vie normale.

Il explique comment il vit cette rechute :

« Ce n’est pas la grande forme, forcément en ce moment, parce que la nouvelle a été un peu délicate. Mais je ne suis pas non plus au fond du seau. Ça va bien. Physiquement, je ne sens rien du tout. C’est juste que je dois arrêter le sport parce que les seules mauvaises sensations que j’ai pu avoir se déclenchent justement, comme ce lundi 12 octobre, quand je fais du sport. Mais dans la vie de tous les jours, je ne ressens rien du tout. J’attends juste les résultats de mes examens. »

L’incertitude autour de l’origine exacte des crises constitue aujourd’hui l’une de ses principales préoccupations.

Le demi de mêlée poursuit :

« Physiquement, le seul ressenti a été pendant cet entraînement, où j’ai fait les deux crises de tachycardie. Mais avant ça, tout était normal, je n’avais rien eu depuis plus d’un an, j’avais repris ma vie normale et je pensais m’en être débarrassé. Mais apparemment, non. Ce qui est difficile, c’est plus d’être dans l’attente, de ne pas savoir exactement ce que j’ai. Il y a surtout plein de questions : D’où ça vient ? Est-ce qu’il y a quelque chose de nouveau ? Est-ce que ça va être opérable ? »

Pour tenter d’obtenir des réponses, Dorian Bellot a déjà subi plusieurs examens médicaux.

Une nouvelle exploration cardiaque est programmée début novembre.

Le joueur détaille les investigations en cours et l’objectif de cette intervention :

« J’ai fait des échographies, des IRM, un test à l’effort. J’ai un scanner coronaire ce jeudi à Agen [NDLR : l’interview a été réalisée mercredi midi]. Et j’ai une intervention chirurgicale prévue le 2 novembre. Ils me refont une exploration physiologique. C’est la même intervention que la première fois quand ils m’avaient piqué à l’aine. Ils m’avaient rentré des tuyaux jusqu’au cœur et ils avaient balancé des produits comme de l’adrénaline pour me redéclencher une crise sur table. L’objectif de tout ça est de trouver d’où ça vient exactement et de potentiellement faire une ablation, c’est-à-dire brûler une zone au niveau de mon cœur qui me crée la tachycardie et cette arythmie. Je serai un peu plus fixé à ce moment-là. »

« Je connais les risques et ce qui peut m’arriver »

Dorian Bellot espère que les médecins pourront identifier l’origine de ses crises et lui proposer une solution compatible avec la pratique du rugby professionnel.

Une ablation pourrait notamment être envisagée si les examens confirment cette possibilité.

Mais le joueur sait aussi que les résultats pourraient être moins rassurants.

Il explique les différentes hypothèses envisagées pour la suite de sa carrière :

« Le premier objectif est de trouver exactement d’où ça vient et si ce que j’ai déclenché lundi dernier est différent des fois d’avant ou pas. Si on est resté sur la même chose et qu’on se rend compte que les médicaments ne suffisent pas, il faudra alors faire cette ablation. C’est ce qui me permettrait de reprendre le rugby dans pas trop longtemps. Il peut aussi exister des traitements avec des bêtabloquants, mais ils ne sont pas compatibles avec le sport. En plus, je crois qu’ils rentrent dans des listes de produits dopants. Donc l’idée est plutôt d’espérer que ce ne soit pas trop différent de la première fois, qu’il n’y ait rien qui se soit aggravé ou que ce soit quelque chose de plus grave, pour pouvoir rester sur la première idée de faire cette ablation. »

Pour la première fois, le demi de mêlée semble réellement se préparer à l’idée d’une possible fin de carrière.

Une perspective qu’il n’envisage plus comme totalement irréaliste.

Dorian Bellot reconnaît avoir peur de ce que les prochains examens pourraient révéler :

« Honnêtement, oui, parce que j’ai peur. C’est différent de la première fois. Ça m’était un peu tombé dessus à l’époque, je n’étais pas préparé à ça et, forcément, j’étais un peu choqué par ce qui m’arrivait. On m’avait parlé d’arrêt du sport. Là aujourd’hui, ce qui me fait un peu plus peur, c’est que je connais les risques et ce qui peut m’arriver. Je pense que je suis un peu plus préparé, si jamais ça doit s’arrêter. Le problème, c’est qu’on ne sait pas d’où ça vient et on pense que c’est autre chose. Du coup, les cardiologues ne veulent pas encore se prononcer. On espère que ce n’est pas plus grave que ce qu’on pense, sinon ça risque d’être compliqué. »

Aucune décision concernant la poursuite de sa carrière n’a toutefois été prise.

Tout dépendra des conclusions médicales et des possibilités de traitement.

Bientôt papa, Dorian Bellot revoit ses priorités

Dans cette période d’incertitude, le joueur peut compter sur un événement heureux à venir.

Dorian Bellot doit devenir père au mois de février.

Une perspective qui l’aide à prendre du recul sur sa situation et à replacer sa santé au premier plan.

Il explique pourquoi son regard sur le rugby a évolué depuis ses premiers problèmes cardiaques :

« C’est sûr ! Quand ça m’est arrivé la première fois, c’était un monde qui s’écroulait. Je n’avais que ça en tête. Le rugby, c’est ma vie. C’est ce que j’ai toujours voulu faire depuis l’âge de 5 ans, c’est mon rêve de gosse. Aujourd’hui, je vis mon rêve. J’arrive à l’entraînement, j’ai toujours la banane, je suis toujours en train de déconner, parce que je sais la chance que j’ai d’être là. Je suis trop heureux. Mais en prenant un peu de recul, c’est ma santé qui est en jeu, j’en prends vraiment conscience. Il y a une bonne nouvelle qui arrive en février. On se rend compte qu’il y a autre chose que le rugby. Je vois aussi que cette situation inquiète autour de moi. Et au-delà de ça, il ne faut pas plaisanter avec la santé. »

Malgré les inquiétudes, le demi de mêlée ne veut pas céder au découragement.

Il conserve l’espoir de pouvoir retrouver une vie normale, puis éventuellement la compétition.

Il décrit l’état d’esprit dans lequel il attend les résultats :

« Je suis un garçon plutôt tout le temps positif, qui a tendance à toujours s’accrocher et à y croire. Donc là, c’est exactement l’état d’esprit dans lequel je suis. Je préfère ne pas me laisser envahir par tout ça et me dire qu’on va trouver comme la première fois, que je vais réussir déjà à reprendre ma vie normale sans problème, et ensuite pouvoir reprendre le rugby. Je croise les doigts, mais je suis conscient aussi qu’il ne faut pas trop jouer avec le feu. Le club me laisse un maximum de temps pour récupérer. Ça me permet aussi d’avoir l’esprit libéré et de pouvoir attendre les résultats des examens sereinement. »

Le soutien émouvant de ses coéquipiers agenais

Dorian Bellot a également reçu de nombreux témoignages de soutien de la part de ses partenaires.

Après leur victoire à Nevers sur le score de 38 à 7, les joueurs du SU Agen lui ont notamment adressé un message depuis le vestiaire.

Une attention qui a profondément touché le demi de mêlée.

Il raconte son émotion en découvrant la photographie envoyée sur le groupe WhatsApp de l’équipe :

« Ils m’ont envoyé la photo sur notre groupe WhatsApp, c’était incroyable. Je dois prendre mes médicaments pour le sport, mais je crois que je dois aussi les prendre quand je regarde le SUA à la télé parce que je n’aime pas ça. Ça me stressait. Mais ils ont fait un super match. Et ce clin d’œil à la fin, franchement ça m’a énormément touché, c’était une super image. Ça fait du bien dans des situations comme ça, où on ne contrôle pas grand-chose, d’avoir autant de soutien. Ça permet de rester fort. »

Même éloigné des terrains, Dorian Bellot entend rester au plus près de ses coéquipiers.

Il sera notamment présent à Armandie pour la réception de Nissa Rugby, vendredi à 19h30.

Et il ne compte pas manquer les prochaines rencontres à domicile :

« Bien sûr que je serai présent, je serai là pour tous les matchs à Armandie. Je ne compte pas en manquer un. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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