Jalil Narjissi : « Je culpabilise d’avoir mis mon fils dans ce sport et j’ai honte quand j’en vois les coulisses »

Jalil Narjissi : « Je culpabilise d’avoir mis mon fils dans ce sport et j’ai honte quand j’en vois les coulisses »

Le vendredi 7 août 2026 à 7:00 par David Demri

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Le 7 août 2024, la vie de Valérie et Jalil Narjissi s’est brutalement arrêtée. Ce jour-là, leur fils Medhi, âgé de seulement 17 ans, disparaissait dans les eaux de Dias Beach, en Afrique du Sud, lors d’un stage de l’équipe de France des moins de 18 ans.

Deux ans plus tard, rien n’a changé. Le corps du jeune rugbyman n’a jamais été retrouvé. Ses parents vivent toujours avec cette absence insupportable et une certitude : ils iront jusqu’au bout pour que toute la vérité soit établie. Le 7 août 2026, ils retourneront une nouvelle fois sur les lieux du drame, devant la stèle érigée en mémoire de leur fils, avec la même douleur et la même détermination.

Un drame qui continue de hanter toute une famille

Le 7 août 2024, Medhi Narjissi participait à un stage de l’équipe de France U18 en Afrique du Sud.

Au programme figurait une séance présentée comme une récupération organisée sur Dias Beach, une plage pourtant réputée particulièrement dangereuse, où la baignade est interdite comme l’indiquent de nombreux panneaux installés sur place.

Au cours de cette sortie, le jeune joueur est emporté par un puissant courant d’arrachement.

Malgré la tentative héroïque de son coéquipier Oscar Boutez pour lui porter secours, les vagues et la violence des courants auront finalement raison de l’adolescent.

Deux ans plus tard, son corps n’a toujours pas été retrouvé.

« Tous les jours, nous pleurons notre fils »

Depuis ce jour, les parents de Medhi expliquent que leur quotidien n’est plus qu’une succession de journées à survivre.

Jalil Narjissi décrit pour La Dépêche une souffrance qui ne s’atténue jamais :

« Tous les jours, nous pleurons notre fils. L’absence de Medhi, c’est un gouffre, un vide qui ne se comblera jamais. »

L’absence de dépouille rend également le processus de deuil presque impossible.

Il poursuit :

« On vit au jour le jour, on survit. On s’accroche pour notre fille et pour la vérité. Même le deuil, on ne peut pas le faire. Nous n’avons pas le corps de Medhi. On n’a même pas pu entamer ce travail-là. Les gens ne se rendent pas compte. Personne ne peut imaginer. »

Pour eux, le temps ne soigne rien.

Il fige simplement une douleur devenue permanente.

Une sœur qui tente de se reconstruire

Au milieu de ce drame, il reste également Inès, la sœur de Medhi.

Elle allait célébrer ses 23 ans lorsque son frère a disparu.

Depuis, ses parents tentent de l’aider à reconstruire une vie malgré cette blessure immense.

Valérie Narjissi raconte le lien exceptionnel qui unissait son fils et sa fille :

« Ils étaient fusionnels. Ils avaient cinq ans d’écart, mais étaient inséparables. C’est la moitié d’elle qui est morte. On essaie de la protéger, mais ce n’est pas facile. Elle fait sa vie comme elle peut. Elle essaie, mais c’est une plaie ouverte. On lui demande d’avancer, mais c’est très dur. »

Retour à Dias Beach : le seul endroit qui les relie encore à leur fils

Le 7 août 2026, les Narjissi retourneront une nouvelle fois en Afrique du Sud.

Comme l’année précédente, ils se recueilleront devant la plaque installée sur les hauteurs de Dias Beach en hommage à Medhi.

Ce lieu est devenu essentiel. C’est aujourd’hui ce qui les relie encore physiquement à leur fils.

Jalil Narjissi explique pourquoi ce rendez-vous est devenu indispensable :

« Notre premier combat est contre nous-mêmes et pour notre fils. Quels parents ne se battraient pas ? »

« Je culpabilise d’avoir mis mon fils dans ce sport »

Ancien capitaine du SU Agen, Jalil Narjissi a consacré une grande partie de sa vie au rugby.

Aujourd’hui, son regard sur ce sport a radicalement changé.

L’homme qui a longtemps vécu pour le rugby affirme désormais ressentir une profonde rancœur envers ce milieu.

Il ne cache plus son immense culpabilité :

« Je culpabilise d’avoir mis mon fils dans ce sport. J’ai honte quand j’en vois les coulisses. »

Ces mots illustrent l’ampleur de la fracture provoquée par cette tragédie.

Le rugby, qui représentait toute une vie pour lui, est devenu le symbole de ce qu’il a perdu.

La justice est devenue leur raison de vivre

Faute de pouvoir faire leur deuil, Valérie et Jalil Narjissi expliquent que leur combat judiciaire est devenu leur seule manière d’avancer.

Ils ne cherchent pas seulement à comprendre. Ils veulent que toutes les responsabilités soient établies.

À ce jour, Robin Ladauge, préparateur physique, et Stéphane Cambos, manager des U18, ont été mis en examen pour homicide involontaire.

La Fédération française de rugby est également mise en examen.

Mais pour les parents de Medhi, ces premières décisions sont loin d’être suffisantes.

Ils réclament l’élargissement des mises en examen

Les Narjissi demandent désormais que la procédure soit élargie.

Ils souhaitent que les dix autres membres de l’encadrement présents lors du stage soient également mis en examen.

Ils demandent aussi que le voyagiste de Pretoria Frédéric Plachési, qui avait organisé le séjour de l’équipe de France U18, ainsi que la Direction technique nationale (DTN) soient intégrés à la procédure.

Selon eux, les responsabilités ne peuvent pas reposer uniquement sur deux personnes.

Jalil Narjissi dénonce cette situation :

« Il y a eu douze adultes en tort, pas deux. Et ils ont tous cautionné. Aujourd’hui, deux personnes seulement sont mises en examen ? Ce n’est pas possible. Tous étaient responsables de la sécurité des mineurs. »

Les parents veulent aussi une autre qualification pénale

Au-delà des mises en examen déjà prononcées pour homicide involontaire, la famille souhaite également que les personnes concernées soient poursuivies pour mise en danger de la vie d’autrui.

Pour eux, les circonstances dans lesquelles cette sortie a été organisée justifient cette qualification supplémentaire.

Ils estiment que toutes les investigations doivent être menées jusqu’à leur terme afin que chacun réponde de ses actes.

Florian Grill également visé

Autre demande des parents : voir le président de la Fédération française de rugby, Florian Grill, mis en examen.

Valérie Narjissi insiste toutefois sur le sens de leur démarche.

Elle refuse que leur combat soit interprété comme une attaque personnelle :

« On ne se bat pas contre Florian Grill, on se bat contre ce que lui et les autres n’ont pas fait. Il faut que ces personnes arrêtent de se victimiser. La seule victime dans cette affaire, c’est notre fils de 17 ans. »

Son mari partage le même sentiment.

Jalil ajoute :

« On a perdu notre fils, et on découvre tout ce qui se passe derrière. C’est le plus grand drame du rugby français qui s’est produit. Quels parents ne deviendraient pas fous quand on voit tout ce qui se passe derrière le rideau ? »

« Même si cela dure quinze ans, nous irons jusqu’au bout »

Valérie et Jalil Narjissi savent que la procédure judiciaire sera longue. Peut-être très longue.

Cela ne change rien à leur détermination.

Ils refusent qu’une enquête incomplète mette un terme au dossier.

Valérie Narjissi conclut avec émotion :

« On ne veut pas bâcler la procédure. Peu importe le temps que cela prendra, nous voulons que les investigations soient complètes. On veut que chacun réponde de ce qu’il a fait, pas juste deux personnes alors qu’ils étaient neuf responsables présents. Ce n’est pas tolérable que ça s’arrête là. Même si ça dure huit, dix ou quinze ans, mais on ira jusqu’au bout. Ce qu’on demande, c’est que toute la lumière soit faite, pas à moitié. Nous, on ira jusqu’au bout. Pour Medhi. Pour que cela n’arrive plus jamais. Nous ne lâcherons jamais. On n’aura jamais de satisfaction ni même de paix tant que la vérité ne sera pas totalement connue. Ce combat, c’est aussi pour éviter que d’autres parents n’aient à vivre ce qu’on traverse. »

Deux ans après la disparition de Medhi Narjissi, Valérie et Jalil continuent donc d’avancer avec une seule certitude. Ils savent qu’ils ne retrouveront jamais leur fils. Mais ils refusent que son histoire s’arrête à ce drame.

Leur combat est désormais celui de toute une vie : obtenir la vérité, faire reconnaître toutes les responsabilités et éviter qu’un tel drame ne puisse un jour se reproduire.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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