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« Je m’enfermais dans les toilettes » : L’enfer mental de Jonny Wilkinson et son message adressé à Pierre Mignoni

« Je m’enfermais dans les toilettes » : L’enfer mental de Jonny Wilkinson et son message adressé à Pierre Mignoni

Le jeudi 26 mars 2026 à 23:00 par David Demri

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L’ancien ouvreur international anglais, Jonny Wilkinson s’est confié dans les colonnes du journal L’équipe.

Au cours de cet entretien, l’ex-joueur du RCT a parlé de la santé mental au sein du rugby.

Il a notamment évoqué le burn-out effectué par le manager toulonnais Pierre Mignoni.

Il raconte : 

« La santé mentale est essentielle. Elle fait, en très grande partie, partie de la performance, ce n’est pas quelque chose à côté. Arriver au plus haut niveau nécessite une vraie mission là-dedans (il montre son ventre). Ce n’est pas quelque chose que tu décides tranquillement chez toi en te disant : « tu sais quoi, je vais devenir rugbyman de haut niveau. » Tu nais avec et elle te pousse (il le répète trois fois). Mais parfois trop.

Cette énergie occupe toute ta vie. Tu y penses tout le temps, même pendant tes vacances, et tu ne peux pas arrêter. Le soir, impossible de dormir après le match. Tu ne penses qu’aux fautes, qu’à tes erreurs, qu’aux regrets. Avant le match, c’est l’angoisse. Tu es dans un espace difficile où il y a trop de stress, la peur, le doute, la frustration. Parfois aussi la dépression et le chaos. Tout ça, c’est un symptôme. »

Selon lui, Pierre Mignoni doit désormais trouver le bon équilibre pour réussir à Toulon sans négliger sa santé. Extrait:

« Quand tu as une mission, tu ne peux pas rater l’opportunité de réussir. C’est extrêmement puissant mais ça engendre de la souffrance. J’ai passé beaucoup de temps dans un état de survie, à essayer de finir le match en me disant juste : « ok, ça, c’est fait, on continue. » Des personnes comme Pierre Mignoni doivent trouver le bon équilibre.

Il a l’intensité, la qualité, le génie, le talent inspirant. Son chemin va être plein de challenges pour trouver la sagesse. J’imagine que ça doit être difficile pour quelqu’un comme lui qui ne pense qu’à ça. Il a ça en lui comme moi je l’ai en moi. Quand tu as une mission, la motivation n’est jamais un problème. C’était impossible pour moi de ne pas aller faire deux ou trois tirs au but après une séance. »

Sur le plan personne, il avoue avoir été parfois terrifié avant un match de rugby. Extrait:

« Oui, ça m’est arrivé de m’enfermer dans les toilettes. Parfois, c’était trop pour moi. Et après les matches, j’ai dit plusieurs fois à mes proches que c’était fini, que j’allais arrêter, que je ne pouvais plus supporter ça, que les attentes me concernant étaient trop fortes. C’est pour ça qu’il faut soutenir d’une façon peut-être différente ceux qui sont en mission. Imaginez ce qu’ils vivent lorsque leurs carrières s’arrêtent. Ils n’ont plus l’outil pour s’exprimer. Ils sont perdus. J’ai passé toute ma vie à chercher à tout maîtriser. J’avais le talent et je travaillais bien mais je n’avais pas créé le bon environnement pour développer l’inspiration et la performance.

J’ai passé beaucoup de temps à me dire : « est-ce que quelque chose va m’arriver ? Et si ça m’arrive, qu’est-ce que je vais faire ? Je ne pourrai pas le faire. » C’est un combat intérieur. Parfois, le stress est bon pour la performance, mais parfois ça te bloque. Ça devient une résistance. Je ne sais pas du tout ce que Pierre Mignoni est en train de ressentir mais c’est quelqu’un pour lequel j’ai le plus grand respect. C’est intéressant quand il dit qu’il a dormi cinq jours de suite. Je peux tout de suite comprendre ce qu’il exprime vu l’intensité de cette vie. La vraie récupération du stress n’est pas simple. Je ne savais pas du tout comment faire pour ma part. La semaine, je pouvais m’entraîner deux, trois ou quatre heures par jour sans problème mais c’était impossible de retourner chez moi tout de suite après et ne rien faire. »

Il indique avoir songé à raccrocher les crampons en raison de cette pression perpetuelle. Extrait:

« Oui, et pas qu’une fois. C’était régulier. Mais intérieurement ma mission me disait de retourner sur le terrain, de prendre le ballon et de taper deux heures. J’ai fonctionné comme ça jusqu’à ma dernière saison. Là, je savais que c’était le moment d’arrêter. Je n’avais plus le désir d’être le meilleur dans l’équipe. Je me disais : « ok, quelque chose a changé en moi. »

Plus tôt dans ma carrière, j’ai été blessé pendant cinq ans. À un moment, après la Coupe du monde 2003, j’étais un peu perdu. Je ne voulais pas être challengé. J’essayais, je donnais tout mais je me sentais mal aligné. Puis j’ai déménagé à Toulon, en 2009. Et là, il y a eu un alignement, un changement en moi, une évolution. Les choses ont commencé à s’arranger. J’étais plus libéré. Je me suis reconnecté avec moi-même. »

D’ailleurs, à la fin de sa carrière sportive, il ne souhaitait pas forcément continue dans le monde du sport. Extrait:

« Je fais ce boulot d’entraîneur mais de manière individuelle avec des joueurs. J’adore ça. Après la fin de ma carrière, une partie de moi ne voulait pas retourner dans le sport. Elle était en train de dormir. Ça m’a pris environ dix ans pour retrouver la mission qui était en moi. Avec tous les chocs physiques et le stress mental accumulé, j’avais besoin de prendre une autre direction et de faire beaucoup de choses différentes. Il y a neuf mois environ, je me suis dit : « ok, je vais réattaquer, je suis prêt à revenir dans le rugby. » À ce moment-là, j’ai recommencé à publier des choses sur les réseaux sociaux. »

Il conclut : 

« Mon objectif dans la vie était d’essayer de tout gagner et de devenir le meilleur. Dans un sens, c’était un peu de révolutionner mon sport avec le désir de tout faire : passe main gauche, main droite, pied gauche, pied droit, plaquage, attaque avec le ballon et travail. Je devais donner l’exemple. J’avais des moments de succès et des moments d’échec. C’est dur parfois et le chemin passe par un retour au calme. Mais quand quelqu’un a cette énergie, il faut l’entourer et construire l’équipe autour de lui. C’est ce qu’a fait Pierre pour moi pendant mes trois dernières saisons à Toulon. En tant qu’entraîneur (des lignes arrières), il a révolutionné notre jeu. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

3 Commentaires

  1. ??? 27 mars 2026 at 07h- Répondre

    Hors du commun , un incroyable joueur qui est dans la perfection et qui fait du rugby un véritable art .
    Avec cela cultivé toujours à la recherche de l’élévation tout en étant humble et modeste .
    Un homme hors du commun

  2. Ali 27 mars 2026 at 08h- Répondre

    Un discours plein de sagesse et de respect envers Pierre Mignoni, un Champion

  3. Eric 27 mars 2026 at 08h- Répondre

    Le plus beau des hommages pour Pierrot.
    Eric

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