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« Je m’étais fait insulter » : Mourad Boudjellal raconte ses débuts mouvementés au RCT, en 2006

« Je m’étais fait insulter » : Mourad Boudjellal raconte ses débuts mouvementés au RCT, en 2006

Le mercredi 22 avril 2026 à 11:42 par David Demri

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Président emblématique du Rugby Club Toulonnais de 2006 à 2020, Mourad Boudjellal s’est retiré du rugby depuis qu’il a quitté son poste de président du RCT.

Interrogé par Midi Olympique, celui-ci est revenu sur sa folle aventure avec le XV de la Rade.

Il se rappelle comment tout a débuté, en 2006. Extrait:

En mai 2006, je deviens coprésident au départ. C’est une histoire de parking. J’avais un parking commun avec Éric Champ, que je croisais souvent dans l’ascenseur, parce qu’on arrivait à peu près à la même heure. En tant que voisins, on se disait bonjour. Un jour, il m’a dit qu’il voulait me parler. Je me doutais pourquoi. Je portais des costumes haut de gamme, je roulais en Ferrari, j’avais réussi ma vie avec les éditions Soleil et je voulais que cela se voie à Toulon.

Champ m’a expliqué qu’il cherchait quelqu’un pour reprendre le RCT. Au début, il n’en était pas question, j’avais trop d’occupations à côté. À l’époque, je dînais souvent chez le restaurateur Stéphane Lelièvre. J’ai réuni quelques amis, un peu pour me convaincre de dire oui, parce que moi, j’allais dire non. En réalité, je cherchais à être convaincu. J’ai trouvé comme excuse de dire que je ne serais pas président mais coprésident. C’était un entre-deux.

Stéphane avait envie mais je ne suis pas quelqu’un fait pour travailler en duo. J’ai pris les choses en main, je ne lui ai pas laissé beaucoup d’espace. Et puis, je savais que médiatiquement, avec ma façon de parler, mes origines, il n’aurait pas beaucoup d’espace, et je n’ai rien fait pour lui en donner. Je me suis retrouvé dans une assemblée d’une association qui souhaitait passer en SASP. Éric Champ a forcé le vote pour que je reprenne le club avec Stéphane Lelièvre.

Je le laissais beaucoup parler, parce qu’il est blond aux yeux bleus et moi… Non. Ceux qui ont voté ont dû être très surpris par la suite. J’ai récupéré un club que personne ne voulait, qui prenait 60 points tous les week-ends, sans modèle économique, sans marketing, sans merchandising, sans bureaux. Je n’avais pas mesuré tout ça. Et avec un nouveau président qui ne connaissait rien à l’économie du sport. Très vite je me suis dit : « Pourquoi je me suis embarqué là-dedans ? Tu as fait une grosse connerie, tu fais une petite année et tu tiens. »

Il explique comment il a eu l’idée d’aller chercher des stars alors que le club évoluait en Pro D2. Extrait:

À l’époque, la Pro D2 car le RCT avait été relégué en fin de saison, cela ne passait pas à la TV. Les joueurs n’avaient même pas les chaussettes de la même couleur. Je n’avais pas envie d’être dans un championnat comme ça. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose qui brille si je voulais construire un modèle économique avec des partenaires. Il fallait attirer la lumière.

Un soir, mon entraîneur de l’époque, Alain Teixidor, me dit : « Le meilleur joueur du monde, c’est Tana Umaga. » Je me dis alors : « Si c’est le meilleur, je vais essayer de le faire venir. » J’entre en contact avec lui à travers des agents, sans trop y croire, mais ça a marché. Je savais qu’il ne serait là que pour sept matchs, j’ai mis les moyens, et j’ai découvert un mec exceptionnel. Avec Tana Umaga, on devenait le 15e club du Top 14. C’était l’objectif. La Pro D2, à l’époque, c’était un mouroir, l’équivalent de la Nationale d’aujourd’hui, voire pire.

Il ne le cache pas : la première saison a été très difficile. Extrait:

Au départ, je prenais du plaisir à être spectateur de ce que je faisais. Quand vous devenez président du RCT, c’est amusant, les gens vous regardent différemment. Mais la première saison a été très dure. Avec l’équipe que j’avais montée, je pensais marcher sur tout le monde, en fait, on n’a marché sur personne. Je me souviens d’une défaite à domicile contre Tarbes, où je m’étais fait insulter, jeter un sac d’ordures sur la porte du bureau. Je peux le comprendre, j’avais promis beaucoup et les résultats n’étaient pas là.

Sa priorité était également de remplir le Stade Mayol. Extrait:

Il fallait remplir ce stade, parce qu’il était vide. Je savais que le premier match d’Umaga allait faire le plein. Ce qui attire, au-delà des résultats, ce sont les stars, la médiatisation, le fait qu’il se passe quelque chose. On a réussi à reremplir Mayol, ce qui n’était plus le cas.

Comme j’étais éditeur, je voulais écrire une histoire. Toulon devait être un spectacle. Il y avait le Pilou-Pilou, l’arrivée des joueurs, les images sur les écrans. À l’époque, il n’y avait pas d’écran géant à Mayol, ni de sono. La première année, c’est moi qui payais la sono. Une boîte venait installer le matériel le samedi et le démontait après le match. La première musique d’entrée, c’était U2, puis j’ai pris AC/DC. Il n’y avait pas de loges, pas de sièges, pas d’éclairage correct. C’était un autre Mayol. Et avec ce Mayol-là, il fallait monter en Top 14.

Ses premiers mois au RCT ont été délicat à vivre pour lui. Extrait:

Tant qu’il n’y a pas de résultats, vous n’existez pas. Au départ, j’étais un mec qui parlait beaucoup, mais sans résultats. Les anciens du club ne me parlaient pas. Ils ont commencé à me serrer la main quand on est montés en Top 14, puis après la Coupe d’Europe. J’ai toujours été un peu à l’écart, je n’avais pas joué avec eux, je n’avais pas gagné avec eux. C’était compréhensible.

Je venais du monde de la BD, du dessin animé, pas du rugby. Avec Max Guazzini, on était des ovnis, mais ce sont ces ovnis qui ont fait avancer le rugby. Beaucoup me disaient : « Ce que tu as fait pour le Top 14, c’est fou. » Moi, je ne voulais rien faire pour le Top14, je voulais faire pour Toulon. Je voulais agrandir Toulon, pas le Top 14.

Il se remémore de la montée en Top 14, en 2008. Extrait:

La deuxième année, on monte une équipe de fous : Victor Matfield, Anton Oliver, George Gregan, Tana Umaga, Dan Luger. Matfield venait d’être champion du monde. C’était une équipe hors norme qui roulait sur la Pro D2. Umaga a apporté une culture du jeu différente, plus de vitesse et d’évitement. Les Toulonnais ont adoré. Mayol était plein, même sans la tribune supplémentaire.

J’ai commencé à créer des loges, des produits dérivés, des boutiques, une politique commerciale, un modèle économique qui existe encore aujourd’hui. Bon on a eu de la chance, si on regarde qui il y avait en Pro D2 cette saison. On retrouve Lyon, Bordeaux, Pau, Racing et même La Rochelle. Ils étaient encore en Pro D2. Il y avait des belles équipes. Il y avait deux champions d’Europe en puissance, trois avec Toulon. Je me rappelle, on a fait tous ces déplacements. C’était déjà l’ancêtre du top 14.

Il ne cache pas que son activité d’éditeur de BD a souffert. Extrait:

Assez vite, ma boîte en a souffert. En montant en Top 14, je me suis dit qu’il fallait choisir. En 2011, j’ai décidé de vendre Soleil pour me consacrer à 100 % au RCT. Je voulais être champion de France mais je savais que je ne le serais que si j’étais totalement investi. Le soir où on se sauve à Dax, je signe Wilkinson. Je me dis alors : « Le projet, c’est lui. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

10 Commentaires

  1. GéGé 22 avril 2026 at 12h- Répondre

    Il est l’école de Dupont Moretti lui aussi va nous faire la pleureuse

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    • Eric 22 avril 2026 at 13h- Répondre

      Tu as sûrement faire mieux dans ta vie professionnelle. Bravo.
      Eric

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    • Boukeraa 22 avril 2026 at 15h- Répondre

      Ces comme ça que tu remercie un gars qui a sauver ton club, ta pas de figure bouge toi pour ton club montre de quoi tu ai capable et après tu pourra la ramener pauvre trompette

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  2. Zouz 22 avril 2026 at 12h- Répondre

    Merci pour tout MB.
    On aura énormément vibré.
    Que d’émotions lors de toute ces années.
    Sortir un club de pro d2 faire je ne sais combien de final et le laissé dans le top 6 sans jamais avoir de problème avec la DNACG et sans être un mécène et en ayant créé un gros modèle economique, c’est fort.
    Et je rentre dans aucune polémique ni comparaison mais ce qu’il a réalisé est tres fort

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  3. Ali 22 avril 2026 at 12h- Répondre

    C’est pourtant vrai ce qu’il raconte dans les travées de Mayol beaucoup doutait que le RCT se relève et monte en top 14. Il a réussi et on peut le féliciter.

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  4. Ber0683 22 avril 2026 at 12h- Répondre

    Quant on voit ce qu’il se passe aujourd’hui à savoir que notre RCT ayant une épée de Damocles au dessus de la tête son avenir est très incertain je remercie Mourad pour ce qu’il nous a fait vivre…..à bon entendeur..

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  5. Le gaulois 22 avril 2026 at 13h- Répondre

    J ai admiré le Mourad de cette époque, tout le monde du rugby lui tombé dessus par rapport aux étrangers, qui étaient traité de mercenaires !!! Quand on voit certains présidents qui critiquaient, aujourd’hui ils font pareil…

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  6. et patati et patata 22 avril 2026 at 13h- Répondre

    Personnellement je le remercierai jamais assez pour ce qu’il nous fait vivre à tous , je dis bien à tous….
    Jamais notre club n’avait vécu un truc aussi dingue !
    Les trois titres de C. C d’affilée aucun club ne l’a encore réussi pas même encore l’ogre ST… Et Dieu sait qu’à l’époque on a affronté que des grands clubs en pleine bourre…, et pas au creux de la vague comme aujourd’hui….
    Toute ma vie je garderai ce moment sur le port de Toulon du retour de nos joueurs sur la rade …
    Un moment de pure folie pour la ville que lui seul a su fabriquer…
    Merci , merci , merci Mourad….

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  7. Danslaverte 22 avril 2026 at 13h- Répondre

    Tout ça c’était avant la moutarde…

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  8. tchoizeneguer 22 avril 2026 at 14h- Répondre

    Les années de boudjellal ont été des années de rêves , ont ne le remerciera jamais assez merci à lui le RCT même en Pro D2 aura ses passionné

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