« Je ne vais pas là où ça brille » : Bernard Goutta explique son choix
« Je ne vais pas là où ça brille » : Bernard Goutta explique son choix
Le mercredi 19 août 2026 à 6:30 par David Demri
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Figure emblématique de l’USAP, Bernard Goutta s’apprête à relever l’un des plus grands défis de sa carrière. Nommé sélectionneur du Maroc, l’ancien deuxième ligne ne se contentera pas de diriger l’équipe nationale.
Développement du rugby, formation des jeunes, détection des talents et qualification historique pour la Coupe du monde : son projet est aussi ambitieux que passionnant.
Après avoir marqué l’histoire de l’USAP comme joueur puis entraîneur, Bernard Goutta s’apprête à écrire un nouveau chapitre de sa carrière.
Officiellement nommé sélectionneur du Maroc, l’ancien capitaine catalan aura pour mission de faire franchir un cap au rugby marocain, avec un objectif clairement assumé : qualifier, pour la première fois, la sélection marocaine pour une Coupe du monde.
« Le Maroc en a les moyens »
Pour Bernard Goutta, cette nomination représente une étape logique de son parcours.
L’ancien technicien de Colomiers, Clermont, Agen et Carcassonne se dit particulièrement enthousiaste à l’idée de conduire ce projet.
Il s’est confié pour Ici Roussillon :
« C’est un changement. Je vais avoir du temps pour travailler profondément sur le projet, sur les hommes, sur la visibilité, sur l’objectif premier qui est de faire du Maroc le premier pays africain à se qualifier pour une Coupe du monde. Ce serait quand même un exploit et le Maroc en a les moyens. »
Il poursuit :
« C’est beaucoup de fierté et c’est une suite logique dans ma carrière, que je n’ai pourtant pas calculée, parce que, moi, je vais là où il y a des projets humains et des projets sportifs aussi. C’est beaucoup d’excitation et c’est un grand honneur pour moi d’être sélectionneur de ce pays que j’apprécie énormément et qui se développe aussi rapidement. »
Une mission bien plus large que la sélection nationale
Bernard Goutta ne sera pas uniquement chargé de l’équipe première.
Il souhaite également reconstruire la sélection des moins de 20 ans et mettre en place un véritable travail de formation.
« Ça va être très simple, j’ai pour mission de m’occuper de la sélection nationale mais aussi des U20. Je voulais absolument remettre en place cette équipe de U20. J’étais déjà intervenu pour l’équipe du Maroc il y a un an et demi pour la qualification de la dernière Coupe du monde, on n’est pas passé loin d’ailleurs et on sait ce qui nous manque maintenant. Mon rôle sera donc un travail de détection au niveau de nos jeunes, notamment au niveau de nos U20 qui dans quatre ans auront 24 ans et ce sont eux, peut-être, qui postuleront pour la qualification en Coupe du monde. »
L’ancien entraîneur de l’USAP compte également suivre de près les internationaux marocains évoluant en France.
« Je vais aussi bien sûr suivre les joueurs qui évoluent dans notre championnat français, que ce soit en Top 14, en Pro D2 ou en National. J’aurai un rôle entre la France et le Maroc où je veux vraiment développer le rugby local là-bas et amener des locaux vers les sélections nationales. »
Développer le rugby au Maroc
Au-delà des résultats sportifs, Bernard Goutta veut participer à la croissance du rugby marocain.
Il estime que le pays possède déjà des bases solides pour poursuivre son développement.
« Le rugby existe dans les universités, il commence à s’installer aussi au niveau des écoles. Je veux aussi l’installer dans les quartiers populaires. Les « city sport » se développent beaucoup au niveau du foot et regardez ce que ça a donné, quand on voit les résultats de l’équipe nationale de foot. Il y a une volonté aussi de sa Majesté le Roi de voir le Maroc rayonner sur la scène internationale et aussi une politique sociale, notamment au niveau de la cohésion, pour que le Marocain soit sportif. Il fait l’effort sur toutes les fédérations et en particulier celle du rugby. »
Selon lui, les infrastructures ne constituent pas un frein.
« Il y a déjà des infrastructures de très grande qualité qui sont en place. Il n’y a rien à envier à Marcoussis ou à d’autres infrastructures. C’est ce qui va nous permettre de développer les joueurs, d’aller toucher et chercher les standards du haut niveau et surtout il faut une identification et ça c’est important. Jusqu’à présent, la sélection nationale n’a compté que des joueurs évoluant en Europe. Ce que je veux, c’est rééquilibrer cela et amener un peu plus de locaux. Et c’est comme ça qu’il y aura une identité vraiment très forte, marocaine. »
« Je suis un homme d’aventures »
Pour Bernard Goutta, ce choix correspond parfaitement à sa philosophie.
L’ancien technicien de l’USAP ne cache pas qu’il recherche avant tout des défis humains.
« C’est à mon image. Je ne vais pas là où ça brille, je vais là où ça me plaît. Je vais là où je vais m’amuser, là où je vais prendre du plaisir. Et là où je prends du plaisir, c’est à travers les aventures humaines et à travers la construction d’un projet de développement comme j’ai fait à Colomiers, à Agen et à Carcassonne. J’aime bâtir et travailler dans l’humain. Là, c’est un joli défi qui est excitant pour moi. Je connais ce pays, je sais où je vais et je ne vais pas n’importe où. Voilà donc, et ça sera peut-être un de mes derniers challenges. »
Il explique également sa décision de partir vers un tout autre challenge :
« C’était le moment pour moi de partir et donc de dépasser la frontière à Salses. Je suis parti à Colomiers, ensuite à Clermont-Ferrand, à Agen et à Carcassonne. À Colomiers, c’était une aventure humaine et il fallait tout reconstruire. À Montferrand, c’était aussi une aventure humaine. J’avais la possibilité d’aller à Bayonne en tant que manager, mais j’ai voulu suivre et travailler avec Franck Azéma à Clermont-Ferrand pendant quatre ans. Ensuite à Agen où on a sauvé le club d’une catastrophe économique, d’une descente en National et on a fini par se qualifier. Je suis un homme d’aventures et je ne suis pas un carriériste. J’aime les aventures où je me régale avec les hommes mais aussi avec les femmes, car je rajoute qu’il y a aussi du rugby féminin au Maroc qui est en train de se développer. »
Enfin, Bernard Goutta conclut avec un message adressé au peuple catalan.
« Bien sûr que le pays catalan est toujours dans mon cœur et l’USAP aussi, je la suis comme je peux, sur les réseaux notamment. Je reçois toujours beaucoup de messages aussi. Quand je redescends à Perpignan, je sens toujours cette reconnaissance et cet accueil qui est vraiment chaleureux et ça me fait vraiment plaisir. Je souhaite le meilleur à l’USAP et au rugby catalan et que ce partage continue avec les supporters. Maintenant, il faut gagner des matchs et se rapprocher des phases finales. »
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