Matt Giteau dézingue une mode des années 2000 dans le rugby : « J’en portais au début de ma carrière mais en fait, c’était de la merde ! »
Matt Giteau dézingue une mode des années 2000 dans le rugby : « J’en portais au début de ma carrière mais en fait, c’était de la merde ! »
Le lundi 5 janvier 2026 à 11:00 par David Demri
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Avant les sprays collants, avant les data GPS et les capteurs de performance, le rugby professionnel a connu une période d’expérimentation tous azimuts. Au tournant des années 2000, alors que le jeu venait à peine d’entrer dans l’ère pro, une certitude régnait dans les vestiaires : il fallait s’équiper comme des athlètes du futur. Les mitaines en étaient le symbole le plus visible… et peut-être le plus éphémère.
À l’époque, le vestiaire se transforme. Épaulières, cuissards rembourrés, casques toujours plus sophistiqués et accessoires inspirés d’autres sports débarquent en masse. Dans ce foisonnement, les mitaines s’imposent rapidement comme l’objet tendance. Leur promesse est simple : sécuriser les ballons, surtout sous la pluie, et offrir un avantage décisif dans un rugby qui se veut de plus en plus rapide et spectaculaire.
Du côté des équipementiers, l’enthousiasme est immédiat. « Ces gants ont été créés pour offrir une meilleure adhérence par temps humide, ainsi qu’un confort et une protection accrus », explique Sean Deane, responsable chez Optimum via L’équipe.
Le succès dépasse vite les attentes : « Au début, nous n’en avons fabriqué que quelques dizaines de paires. Mais une fois distribuées à des joueurs pros, la demande a explosé, le bouche-à-oreille a fonctionné et le succès a été immédiat. »
Les joueurs, eux aussi, se laissent séduire. À Clermont, Brock James devient l’un des visages de cette mode. Pour lui, les mitaines répondent à une contrainte bien réelle.
« Lorsque je jouais en Nouvelle-Zélande au début des années 2000, les terrains étaient souvent très humides à cause des fortes pluies hivernales. Les mitaines facilitaient la réception du ballon », raconte l’ancien ouvreur de l’ASM Clermont Auvergne. L’accessoire finit même par devenir un rituel : « Je cherchais constamment à améliorer mes performances, je les ai donc adoptées et ne les ai plus quittées. Après quelques années, c’est devenu une habitude, un réflexe. Enfiler mes gants était comme un signal : c’est le jour du match. »
Mais derrière l’image, l’efficacité réelle divise. Matt Giteau, icône des Wallabies, ne mâche pas ses mots, toujours dans les colonnes de L’équipe :
« J’en portais au début de ma carrière parce que la sélection australienne en distribuait gratuitement, mais en fait, c’était de la merde ! » L’ancien international détaille : « Les coutures arrivaient au milieu de la deuxième phalange, ça gênait plus qu’autre chose, pas pour attraper le ballon, mais pour le transmettre correctement. »
Même constat chez Jérôme Thion, qui en a pourtant porté durant toute sa carrière. « Peut-être que ç’a pu sauver deux ou trois réceptions en touche, mais ce n’était pas le truc indispensable. Il n’y avait pas de vraie plus-value à porter des mitaines. C’était surtout psychologique, ça te rassurait. » Plus qu’un outil, les mitaines deviennent alors un talisman.
Elles participent aussi à une esthétique. Certains joueurs n’en portent qu’une seule, comme Imanol Harinordoquy. D’autres les assortissent à leurs couleurs. Jérôme Thion s’en amuse encore : « En fonction des matches, je les changeais. En équipe de France, j’avais les mitaines bleues, avec le BO, c’étaient les rouges. J’ai arrêté ma carrière en 2013 mais aujourd’hui encore, je prends des pièces sur mes mitaines ! »
Puis, sans bruit, la mode s’éteint. Les sprays collants s’imposent, plus simples, plus efficaces. « Avec le temps, l’effet de nouveauté s’est estompé et de moins en moins de joueurs ont continué à les utiliser », reconnaît Sean Deane. Giteau en rit encore : « C’était le gadget à la mode mais je ne suis pas étonné que ces gants aient disparu. »
Un retour possible ? Jérôme Thion tranche, amusé : « Non, je ne pense pas. C’est enterré. Les mecs se sont aperçus que ça ne servait pas à grand-chose. Les mitaines sont devenues obsolètes. Tu ne les verras plus… Mais j’en garde à la maison, on ne sait jamais ! »
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