Mourad Boudjellal s’exprime pour France Soir

Mourad Boudjellal s’exprime pour France Soir

23 avril 2010 - 20:47

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aFrance-Soir : Etes-vous confiant avant ce déplacement en Corrèze ?
Mourad Boudjellal : Je serais surpris si Toulon gagnait à Brive car nous avons beaucoup donné face à Perpignan. On ne veut pas trop s’enflammer avant les phases finales. Etre directement qualifié pour les demi-finales ou passer par les barrages, cela m’est égal. Il y a zéro pression. Au pire, nous aurons un match à jouer à Mayol devant notre public, cela ne sera pas une mauvaise nouvelle. L’objectif du début de saison était de terminer dans les six premiers. Aujourd’hui, nous sommes certains de jouer au minimum un quart à la maison. Attendez, tout va bien !

F.-S. Toulon peut-il être champion dès cette saison ?
M. B. Je crois que l’on a eu beaucoup de chances cette année. Beaucoup d’équipes sont bien plus fortes que la nôtre. Maintenant, le risque zéro n’existe pas, comme lorsque l’on prend l’avion : il existe toujours une possibilité de crash. Il y a toujours une possibilité d’être champion. Si nous avons la baraka du siècle, pourquoi pas ? Mais aujourd’hui, ce serait présomptueux de dire que nous possédons la meilleure équipe du Top 14.

F.-S. Partir sur un titre serait beau, non ?
M. B. Ça serait l’idéal, oui. Il n’existe pas de meilleur scénario. Lorsqu’on arrive en haut, on ne peut que redescendre.

F.-S. Savez-vous déjà quand vous partirez ?
M. B. Je n’ai rien planifié, mais… (Il réfléchit) C’est vrai qu’un titre, ce serait beau à vivre. Ce serait même l’aboutissement. Après un titre, il est difficile de se donner d’autres objectifs. En montant en Top 14, nous avions celui de se maintenir puis de grandir. Un titre de champion entraînerait forcément une période de lassitude. Il est clair qu’on a toujours davantage de gnaque pour atteindre ce que l’on vise que pour le conserver.

«Umaga fait partie de la race des grands champions, comme Mohamed Ali»

F.-S. Avez-vous été touché par les critiques du début de saison, quand certains comparaient Toulon à une équipe de mercenaires ?
M. B. Qu’est-ce qu’un mercenaire ? Quelqu’un qui est payé pour jouer. Pensez-vous que les étrangers des autres équipes joueraient s’ils n’étaient pas payés ? Ces critiques ne veulent rien dire. En revanche, d’autres propos m’ont fait mal. On veut que le Top 14 soit le meilleur championnat possible en France. Je veux qu’il soit le meilleur au monde. Je me moque de la nationalité des joueurs. Comment jugerait-on un mouvement politique favorable à la limitation des salaires et du nombre d’étrangers ? Le mot étranger, lorsqu’il est associé à la limitation, à la réduction, a un sens très fort. Le rugby a des valeurs. Il faut faire attention à ce que l’on dit.

F.-S. A Toulon, les joueurs étrangers ont été adoptés par la ville. Tana Umaga en est l’exemple. Quel regard portez-vous sur lui ?
M. B. C’est quelqu’un d’exceptionnel dans le monde de l’entreprise. On dit toujours que lorsqu’on a été numéro un, on ne peut pas redevenir numéro deux. Il a l’humilité pour le faire. Tana fait partie de cette race de grands champions comme il en existe de temps en temps dans d’autres sports, comme Mohamed Ali dans la boxe.

F.-S. La venue de l’ouvreur anglais Jonny Wilkinson ne comportait-elle pas un risque ?
M. B. Son arrivée était un risque calculé mais assez minime. Soit il ne revenait pas et n’avait pas la motivation pour poursuivre, soit il revenait à son meilleur niveau. Certains joueurs ne peuvent pas être moyens. Wilkinson ne peut pas être moyen. Soit il est au top, soit il ne joue pas.

F.-S. Comment son caractère fermé se marie-t-il avec celui, bouillonnant, de Toulon ?
M. B. Au quotidien, il est spectateur car il évolue dans un monde hallucinant pour lui et très antinomique avec son caractère. Mais en même temps, je crois que ce qu’il vit l’épate. Jonny est très observateur. Bon, il n’est pas encore arrivé au stade de taper sur l’épaule et à boire le Ricard avec les olives (rire) ! Mais il s’est ouvert. Il est en train de changer. Nous avons été surpris de le voir parfois participer à des rigolades auxquelles il ne prenait pas part auparavant. S’il continue sur cette voie, je pense même qu’il peut finir avec l’accent pied-noir !

«Je ne fais pas dans l’alimentaire»

F.-S. Sonny Bill Williams va-t-il rester ?
M. B. Il y a de fortes chances mais la décision lui appartiendra. Il la prendra à la fin du championnat. D’après les derniers échos que j’ai, il se sent bien à Toulon. Je ne vois pas de raison pour qu’il ne reste pas. La seule possibilité, ce serait pour évoluer avec les All Blacks. Mais le recrutement est quasi bouclé.

F.-S. Est-ce une fierté personnelle d’avoir ramené Toulon vers le haut du rugby français ?
M. B. Non, la fierté survient lorsque tu gagnes quelque chose. Nous n’avons encore rien gagné. C’est normal, avec les joueurs et l’intelligence que l’on possède, de figurer en haut du tableau.

F.-S. Vous n’êtes pas du sérail. Les victoires vous apportent-elles de la légitimité ?
M. B. Je me moque bien d’avoir de la légitimité et de provenir du sérail du rugby. Je suis authentique dans tout ce que je fais et je ne revendique rien. Je ne fais pas dans l’alimentaire. Depuis quelques années, j’entends des critiques sur ma façon de gérer le club, sur mon argent. Moi, je n’ai jamais donné mon avis sur les autres et quand je donne mon avis sur d’autres sujets, cela fait une tempête. J’ai l’habitude. Mais il est certain que je ne ralentirai pas le développement du club pour que les autres puissent suivre.

F.-S. Ressentez-vous toujours un peu de gêne dans le regard des autres ?
M. B. De la gêne ? Pourquoi ? Faut-il que je m’excuse d’être dans une ville qui possède un engouement plus fort que les autres ? Dois-je demander pardon d’avoir, depuis quelques années, développé l’économie du rugby dans ma ville et de recruter des grands joueurs ? Ce sont ceux qui ne l’ont pas fait qui devraient ressentir de la gêne !

F.-S. De quoi êtes-vous le plus fier depuis votre arrivée à la présidence, en 2006 ?
M. B. L’engouement du public. Il y a une génération qui pour la première fois découvre le succès. Je vois des gamins de 18 ans habillés en Rouge et Noir qui encouragent l’équipe, j’en suis très fier. Pour eux, c’est une grande première.

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  1. Guy 24 avril 2010 à 08h

    Jonny avec l'accent pied-noir, se serait quelque chose à voir et surtout entendre 🙂 mdr!!!

  2. Flavien 24 avril 2010 à 10h

    Avec l'accent toulonnais, déjà, ce serait bien.

    "Putaing cong, c'est l'heure du thé-euh ! Fatche de! Jeanine, amène-moi mon thé jauneuh à l'anisseuh!"

  3. Guy 24 avril 2010 à 11h

    Bien dit Flavien 🙂

  4. Mickey Sherwood 29 mai 2010 à 08h

    If only more people would hear about this.

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