Mourad Boudjellal s’exprime pour Sports.fr

Mourad Boudjellal s’exprime pour Sports.fr

11 mai 2010 - 16:59

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aMourad, quatre ans après votre arrivée à la tête du club, le RC Toulon dispute les demi-finales du Top 14. Comment vivez-vous ces dernières heures avant le choc face à l’ASM ?

Je n’y pense pas vraiment, tout simplement parce que ça me paraît encore impossible. Vous savez, lorsque je suis arrivé dans le rugby, j’ai tellement pensé à ces grands moments que ça a fini par prendre une dimension de science-fiction. Parce que lorsqu’on y pense beaucoup, c’est du rêve et les rêves ne se réalisent jamais, malheureusement. Là, on va pourtant bien jouer cette demi-finale, qui peut déboucher sur un énorme bonheur ou une énorme déception. Mais on n’a pas trop envie d’y penser parce qu’on ne veut pas que ce soit une fin en soi, ce n’est pas un aboutissement cette demi-finale, c’est un passage.

Pourtant, il y a quelques mois encore, ce match aurait été un aboutissement tant le fait de jouer une demi-finale semblait inaccessible. Comment expliquer cette trajectoire fulgurante ?
Il y a plusieurs raisons, mais tout d’abord, il ne faut pas s’en cacher, nous sommes un club avec un gros budget et de gros joueurs, ça aide. Mais la raison principale, c’est qu’on a quelqu’un au-dessus de tout ça qui a su créer une envie, un état d’esprit qui est Philippe Saint-André. Une partie de la victoire, c’est la qualité des joueurs, mais une autre partie, déterminante, c’est la qualité du travail accompli avec ce groupe, cet amalgame, qui s’est fait, cette alchimie entre les joueurs et leur coach. Je pense que c’est l’une des raisons de ce succès.

« Saint-André, ce type, un, il pue le rugby, deux, il pue le succès  »

Après l’échec de la saison dernière, il était essentiel pour vous d’avoir cette humilité de vous adjoindre les compétences d’un entraîneur de cette qualité…
Moi, je pense qu’il y a plus de honte à ne pas reconnaître ses erreurs ; on sait pourquoi on perd, on sait rarement pourquoi on gagne. En revanche, je m’attribue aussi une part de la réussite. Si j’ai fait de mauvais choix, je pense que faire venir Joe Van Niekerk à Toulon, c’était un bon choix, Mafileo Kefu, Sonny Bill Williams, Jonny Wilkinson, ce n’étaient pas des mauvais choix. Bon, en même temps, j’ai fait beaucoup de pioches, j’avais plus de chances de tirer de bons numéros, mais je le répète, j’ai surtout tiré une bonne pioche qui s’appelle Philippe Saint-André. Mais ça, ça n’était pas difficile. Il suffit de rencontrer le personnage. Ce type, un, il pue le rugby, deux, il pue le succès. Il y a des gens comme ça. C’est un garçon qui pue la réussite, à notre première rencontre, ça m’a marqué, mais alors… Je dirais presque que ça m’incommodait, mais dans le bon sens du terme. C’est un garçon qui a le talent, il a ce truc. Vous savez, dans un autre métier (*), je rencontre des auteurs et certains, on les rencontre, on sait qu’ils vont écrire, qu’ils vont dessiner, ça va marcher. Parce qu’ils ont ce truc-là, ça ne s’apprend pas, ça n’est pas palpable. Et bien, Philippe, il l’a.

Faire renaître cette réussite à Toulon, ça n’avait pourtant rien de gagné lorsqu’il y a quatre ans vous avez repris le club en mains…
Il y a quatre ans, il suffisait de voir que cette ville conservait un engouement pour le rugby à nul autre égal, qu’elle sortait d’une frustration à nulle autre égal et qu’elle était prête à n’importe quoi pour revivre de grands moments. C’était clair et cette année, je savais qu’on avait le potentiel économique pour accomplir de grandes choses, il nous fallait rajouter de la matière grise et cette matière grise, c’est Philippe Saint-André. Je crois que le couple que l’on forme, chacun dans son rôle, avec parfois l’intervention de chacun dans le domaine de l’autre, comme conseil, et que l’autre écoute. On a su s’auto-motiver. Il me motive pour être encore meilleur dans ma fonction de président pour aller chercher des partenaires, construire de plus gros budgets et je le motive pour driver encore mieux les joueurs. C’est une saine émulation qui nous anime tous les deux.

On vous voit entonner le Pilou Pilou dans le vestiaire, y rameuter vos troupes et vivre auprès de votre équipe à 200%. Que trouvez-vous ici que vous n’avez pas ailleurs ?
Je suis totalement impliqué dans ce club, j’y ai mis mon âme, j’y ai mis mon argent, j’y ai mis mon coeur, j’y ai mis mon temps. Ce n’est pas le cas de tous les présidents, on n’a pas tous le même degré d’investissement. Moi, je suis au degré ultime de l’investissement. A part me suicider dans un vestiaire, je ne peux rien faire de plus. Il y a beaucoup de présidents qui pensent que parce qu’on met son argent, on ne met pas son coeur. C’est parce qu’on met son coeur qu’on met son argent, ils se trompent complètement. J’ai mis ma vie entre parenthèses depuis quatre ans pour ce club et c’est aussi pour ça que le vis si fort.

« A part me suicider dans un vestiaire, je ne peux rien faire de plus  »

Dans quelle mesure votre expérience d’entrepreneur accompli sert-elle aujourd’hui au développement du club ?

Un budget qui est passé de six à douze millions d’euros en quatre ans, sans que je n’y mette plus un sou aujourd’hui. J’ai donc bien géré le développement économique du club par les partenariats, la billetterie, les loges, qui n’existaient pas, le marketing, de manière à tout structurer pour que le produit RCT rapporte de l’argent pour que le budget augmente. Ça se reflète aussi dans la différence entre un entrepreneur et un président d’association qui, lui, a 100 euros, en dépense 500, alors qu’un entrepreneur qui a 100 euros en dépense 200 pour en gagner 400. C’est ce que j’ai fait avec le RCT. Quand j’ai dit, il y a quatre ans en tant qu’entrepreneur, ce qui a fait bondir le monde du rugby mais qu’apparemment d’autres ont compris, que le véritable prix d’un joueur n’est pas le prix qu’il coûte mais la différence entre son prix et ce qu’il rapporte. J’ai eu un discours d’entrepreneur. Jonny Wilkinson, c’est peut-être le plus gros salaire à ce jour, mais si on fait la différence entre le crédit et le débit, c’est le plus petit salaire.

Jonny Wilkinson justement, si Philippe Saint-André pue la gagne, l’ouvreur anglais se pose là également…
Oui, mais c’est aussi Philippe qui sait lui parler, le remotiver, le relancer lorsqu’il revient la tête dans le sac de son passage en équipe d’Angleterre. Je pense que c’est aussi le rôle de Philippe dans l’âme qu’il insuffle à ce club et à ce groupe. Ce qui est très impressionnant, c’est que tous ces joueurs venus de l’extérieur sont assimilés toulonnais à 100%. Quand j’entends Sonny Bill Williams déclarer qu’il ne signera, malgré les sollicitations, dans aucun autre club du Top 14 et que s’il ne doit plus jouer à Toulon la saison prochaine, il jouera dans l’hémisphère sud, ce n’est pas le discours d’un mercenaire. Quand j’entends Jonny Wilkinson ou Joe Van Niekerk déclarer qu’ils veulent finir leur carrière à Toulon, ce n’est là encore pas les discours de mercenaires. Il y a un amour pour ce maillot, pour cette région, pour ce club, pour ce projet, je pense que c’est parce qu’on a une âme et cette âme, elle est véhiculée par le public de Mayol et par l’histoire de ce club. Et ça ce n’est pas quelque chose qui s’achète…

(*) Mourad Boudjellal est PDG des Editions du Soleil, le troisième éditeur francophone de bandes dessinées.

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  1. Soni13 11 mai 2010 à 18h

    MB il aussi pue le rugby quel homme de affaire avec lui aux commande on crain degun

    ce mec entrera dans la legend du RCT.

  2. Philippe 11 mai 2010 à 23h

    Il a déjà commencé depuis quatre ans. Le Président donne au RCT sans compter de lui même et il apprend au cours du temps comment donner encore plus. Il est fidèle à lui même. Ses BD c'est déjà du rêve, j'en lis. Le RCT c'est plus que du rêve car c'est du vécu.

  3. Magik 12 mai 2010 à 00h

    Espérons qu'on n'arrive pas au bout de l'objectif tout de suite, faudrait pas lasser notre président ! Mais je pense que lorsqu'il sera lassé, il ne lâchera pas le club mais mettra qqun de confiance à sa place de président. Le RCT est devenu son bébé, il ne le laissera pas comme ça.

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