« On aurait pu se maintenir en Top 14 » : le préparateur physique de Montauban se confie sans détour
« On aurait pu se maintenir en Top 14 » : le préparateur physique de Montauban se confie sans détour
Le samedi 25 juillet 2026 à 18:45 par David Demri
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La reprise de l’entraînement ne se résume pas à retrouver la forme après plusieurs semaines de repos. Pour les staffs des clubs professionnels, la préparation estivale constitue l’une des périodes les plus importantes de l’année, celle où se construisent les bases physiques de la saison mais aussi une partie de la culture de l’équipe.
Passé par le Rugby Club Toulonnais avant de rejoindre l’US Montauban, Cameron Ruiz a détaillé sa vision de cette période charnière. De la planification des séances au risque de blessure, en passant par le rôle du mental et les nouvelles technologies, le préparateur physique explique comment se bâtit un programme adapté aux besoins d’un groupe.
Une préparation qui dépend avant tout des objectifs du club
Il n’existe pas de modèle universel. Chaque préparation est conçue selon le profil de l’effectif, les recrues, le projet de jeu ou encore le temps disponible avant la reprise de la compétition.
Cameron Ruiz explique via Midi Olympique comment son staff a orienté le travail estival de l’US Montauban :
« La première question à se poser, c’est celle des objectifs qui varient en fonction des profils de joueurs, du recrutement ou encore du plan de jeu du staff. Ensuite, il faut sélectionner des thèmes de travail en fonction du nombre de semaines que l’on a à disposition. Nous, par exemple, on a décidé de se focaliser sur la vitesse et la capacité d’accélération avec également un focus sur les séquences longues. On traite ces deux thèmes de façon séquencée sur la semaine. Il y a un plan global, mais on adapte forcément la préparation à chaque joueur, notamment concernant la masse grasse qu’il faut faire chuter pendant l’été. »
Cette individualisation permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque joueur plutôt que d’imposer un programme identique à tout l’effectif.
Du Bronco au test Maxwell : à chaque étape son outil
Souvent présenté comme le test de référence de la préparation estivale, le Bronco n’est en réalité qu’un outil parmi d’autres. Cet exercice éprouvant d’allers-retours sur des distances de 20, 40 et 60 mètres sert principalement à mesurer la capacité des joueurs à répéter les efforts et à récupérer entre les séances.
Pour Cameron Ruiz, le choix d’un test dépend avant tout de ce que le staff souhaite mesurer.
Alors que le Bronco évalue l’endurance fondamentale (aérobie) dès les premiers jours, d’autres épreuves comme le test Maxwell — une épreuve par paliers à haute intensité axée sur la filière lactique — nécessitent déjà un bloc de travail préalable.
« Il n’y a pas un seul test référence qui puisse donner des indications globales. Les tests dépendent vraiment des thèmes de travail choisis en amont. Si on prend notre exemple, on a choisi le « Bronco test » parce que notre objectif était de savoir si les joueurs avaient un bagage énergétique assez élevé pour supporter la charge d’entraînement. Une personne qui va faire le Bronco en huit minutes, je n’ai pas peur pour sa première journée d’entraînement, mais plutôt pour la troisième ou la quatrième, parce que si le système aérobie n’est pas développé, tu ne récupères pas bien entre les séances. À l’inverse, après la semaine de coupure, en août, on fera le test Maxwell. Pour nous, c’est un test qui ne peut pas être fait le premier jour par rapport à son intensité et au type d’effort. Il est positionné après un bloc de trois semaines de travail, parce qu’on va développer notre capacité lactique. »
Les vacances peuvent déjà faire la différence
Le travail effectué avant le retour au club joue un rôle déterminant dans la suite de la préparation. Un joueur qui reprend avec une bonne condition physique limite les risques de pépins musculaires et supporte plus facilement les charges de travail.
Le préparateur physique insiste sur l’importance de cette période souvent invisible pour le public :
« Oui. Ce sont ceux qui vont se préparer en amont qui vont faire la différence en évitant le risque de blessure. Le problème qu’on a parfois, ce sont les contractures de début de préparation, c’est certes moins grave qu’une déchirure puisqu’il n’y en a que pour quelques jours, mais pour autant ça chamboule tout et c’est dur à contrôler. Quand on saute quelques jours de travail, en passant d’une semaine à l’autre, il peut y avoir de grosses différences sur les charges d’entraînement. Les joueurs qui se préparent sérieusement l’été sont aussi ceux qui ont le moins de courbatures le premier jour et, logiquement, ceux qui arrivent à enchaîner les performances. »
La technologie progresse, mais le mental reste décisif
GPS, suivi des charges, individualisation… Les outils utilisés par les préparateurs physiques ont énormément évolué ces dernières années. Selon Cameron Ruiz, le principal défi n’est plus de récolter des données, mais de parvenir à toutes les exploiter efficacement.
Il revient sur cette évolution du métier depuis ses débuts :
« Je l’ai vue beaucoup évoluer sur les outils technologiques, sur tout ce qui est suivi des charges d’entraînement, individualisation, etc. Il y a beaucoup d’améliorations là-dessus parce qu’on a beaucoup plus de données, mais ça nécessite également beaucoup de moyens humains. C’est une des limites dans les clubs actuellement. À Montauban, on est cinq préparateurs physiques et, pour autant, on n’a pas forcément le temps de traiter toutes les données ou alors pas assez rapidement. En ce qui concerne les méthodes de travail, on a plus de recul, mais ça dépend de la vision de chacun. Certains font le choix de rester sur une base solide et ne changent quasiment rien chaque année, d’autres décident au contraire de varier… Il faut aussi s’adapter au contexte. La manière dont on travaille a un réel impact sur nos ambitions collectives. »
Malgré ces avancées scientifiques, il estime que la dimension psychologique reste prépondérante dans la réussite d’un groupe.
« C’est 50-50, voire plus. On le voit avec notre saison 2024-2025 où on gagne alors que tout le monde disait qu’on n’avait peut-être pas les meilleurs joueurs du championnat. Je pense qu’on aurait aussi pu se maintenir en Top 14… L’aspect mental et motivationnel est beaucoup plus important que notre travail. Finalement, notre travail permet de créer cette rigueur et cette discipline qui vont construire la culture d’équipe, mais l’aspect mental fait partie des moteurs de la préparation physique. »
Chaleur, récupération et acclimatation : l’équation complexe des blessures
Si la préparation vise aussi à réduire le risque de pépins physiques, aucune méthode ne permet de les éliminer totalement.
Cameron Ruiz détaille les leviers qui permettent malgré tout de limiter la casse au quotidien :
« Par la charge d’entraînement, le timing et l’intensité. Il faut faire attention de ne pas aller trop vite entre chaque semaine. Après, c’est clair qu’au-delà de l’hygiène de vie, la récupération est essentielle. Le travail des kinés est énorme quand on fait un gros travail musculaire comme on peut le faire. Il faut aussi savoir se soigner avant d’avoir mal ou que ce soit trop tard. Si tu me fais un sprint et que tu as battu ta vitesse max, même si tout va bien, ton corps a quand même eu un traumatisme physiologique et il faut l’aider à récupérer. »
Interrogé sur les blessures simultanées de Dalton Papali’i à Castres et de Jack Walsh à Montauban lors d’exercices similaires, le préparateur rappelle l’impact des facteurs environnementaux et du choc thermique pour les joueurs arrivant de l’hémisphère sud.
« Je dirais que c’est à 80 % pas de chance. Ensuite, il y a deux autres aspects. Celui de la déshydratation, parce qu’il fait très, très chaud. Ce sont aussi des joueurs qui viennent de l’étranger. Là-bas, c’était l’hiver et ils ne s’étaient peut-être pas encore acclimatés aux 40 degrés qu’on a depuis trois, quatre mois ici. Et puis, il y a un aspect psychologique, car je reste persuadé que cela peut avoir un impact sur les blessures. »
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