Pierre Mignoni à coeur ouvert : « Honnêtement, si ça avait été bien pour l’équipe, je serais parti »
Pierre Mignoni à coeur ouvert : « Honnêtement, si ça avait été bien pour l’équipe, je serais parti »
Le samedi 14 mars 2026 à 11:08 par David Demri
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Le manager du Rugby Club Toulonnais, Pierre Mignoni s’est longuement confié dans les colonnes de Midi Olympique sur le burn-out dont il a été victime.
Il est longuement revenu sur ce gros moment compliqué qu’il a traversé. Extrait:
« Après le début, j’ai eu le temps de me poser un peu. Je me suis mis sur pause. C’est un luxe d’avoir pu le faire. Ça fait 15 ans que je fais ce métier. Ça fait plus de 30 ans que je suis dans le rugby professionnel, et encore plus dans le rugby. J’ai un tempérament qui ne s’économise pas. J’avoue que je l’ai pris dans la gueule.
Mais, quand tu t’occupes beaucoup des autres et peu de toi, tu te dis toujours : « Ça va aller. » C’est un métier fabuleux. On fait nos heures, on ne les compte pas. Ce n’est pas la charge de travail sur le terrain qui est lourde. C’est la charge mentale. Aujourd’hui, je suis arrivé à un moment où je l’ai vraiment prise dans la gueule. Ce n’est pas un match perdu qui m’a mis dans cet état. Bien évidemment, c’est une goutte d’eau qui a fait déborder. Mais, vous savez, j’en ai perdu des matchs, malheureusement, à la maison aussi, et cela tout au long de ma carrière. Là, mon corps m’a lâché. »
Une chose est sûre : il ne veut plus que cela se reproduise. Extrait:
« Je vous avoue que je n’ai plus envie de revivre ça. Et, plus tard, je vais vous expliquer comment je vais me réorganiser. En plus, lors de la conférence de presse, j’ai annoncé que j’allais m’exprimer sous 48 heures. J’étais déjà sur une surcharge mentale, et vous, je suis certain que vous avez dû le voir. Je n’avais pas revu ma conférence de presse. Il n’y a pas si longtemps, je l’ai revue. Je ne me suis pas trouvé moi-même. Parfois, on peut être en colère, et vous l’avez vu ici (rires). »
Il raconte quel a été son quotidien pendant ces trois semaines. Extrait:
« Mes enfants, certainement, ne devaient pas reconnaître leur père. Là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je ne vous mens pas. J’ai dormi pendant cinq jours. Je n’ai pas perdu l’appétit. Depuis que je suis petit, même malade, je ne l’ai jamais perdu (sourire). Je mangeais, puis je dormais, jour et nuit. Je me suis dit qu’il y avait un problème. J’avais la sensation que ma tête faisait 20 kilos. Honnêtement, je n’arrivais plus à marcher. J’ai marché au bout d’une semaine, où j’ai pu faire le tour de mon jardin. Après, en revanche, j’ai marché tous les jours. […] C’était une autre étape.
La première, c’est tout con (sourire), mais il a fallu que je sorte de ma chambre. J’ai une maison avec un étage, et il a fallu descendre pour aller manger. Ensuite, il a fallu remarcher. J’ai fait des marches avec le docteur du club Didier Demory et Sébastien Bourdin (directeur de la performance). C’était plutôt le soir. Puis, après, j’ai voulu marcher un peu plus. Je suis allé dans la forêt, au-dessus de Carqueiranne. J’ai fait 20 minutes, et puis j’ai fini à 2h30. Ça lui a fait drôle à Seb (rires). C’est là où j’ai vu que ça allait mieux.
J’ai aussi eu des anciens joueurs au téléphone, et je me permets d’en citer un : Jérôme Gallion. Il m’a demandé ce qu’il se passait. Il est toujours de bons conseils, et il m’a dit : « Va marcher, ça fait toujours du bien ! » Je l’ai écouté. J’ai eu une réflexion plus claire. J’étais souvent seul, ou avec ma femme. C’était très dur, mais j’ai été pris superbement en charge. »
Il affirme que toute sa famille a eu très peur pour lui. Extrait:
« Mes parents étaient affolés. Ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Ils voulaient venir me voir, mais je n’ai pas voulu. Ils sont venus plus tard. Ils ont eu ma femme au téléphone. Ma femme a été un gros pilier. Je le savais déjà, mais là… (Il arrête) Elle a vécu 15 jours, et je peux vous dire qu’elle a aussi eu besoin de se reposer. Elle a été costaude. Je leur ai dit que j’avais une grosse fatigue.
Vous savez, malheureusement, j’ai le sentiment que c’est assez commun. Ça arrive souvent, peut-être même que vous l’avez aussi vécu. Personne ne le dit, ou plus ou moins. Il y a des gens qui disent aussi que tu ne reviens pas de cela en trois semaines, d’autres ont eu besoin de six mois… Chacun est fait comme il est fait. Il y a des traitements individuels. Je pense aussi avoir une certaine force de caractère. Je ne suis pas quelqu’un qui me laisse abattre facilement. Je ne lâche pas. J’étais comme ça comme joueur, et je le suis encore. »
Il a songé à quitter le RCT pour le bien de l’équipe. Extrait:
« Honnêtement, si ça avait été bien pour l’équipe, je serais parti. C’est la vie. Mais, et même si je le savais, les joueurs m’ont montré que ce n’était pas l’heure, ni le moment. Ce n’était pas la bonne décision de partir. »
Il a longuement réfléchi à effectuer le déplacement à Lyon avec ses joueurs ou bien rester chez lui. Extrait:
« Bien évidemment, ils m’ont tous demandé des nouvelles pendant les jours où j’étais chez moi. J’ai été très sollicité. J’ai eu du mal à répondre. Je l’ai fait quand j’allais mieux. Mais là, j’avais envie de voir le groupe. Jusqu’au bout, je me suis dit que j’allais aller à Lyon. Le docteur m’a donné l’autorisation d’aller les voir, pas d’aller à Lyon. Quand les joueurs m’ont vu, ils étaient apparemment choqués alors que j’allais déjà mieux. »
Il a reçu le feu vert médical pour reprendre les entrainements. Extrait:
« J’ai eu un accord médical, donc je reviens. Mon objectif est de continuer tout ce que je faisais, mais en mieux notamment dans la manière de déléguer et de trier mes journées. C’est un détail, mais je me levais à cinq heures du matin tous les jours. Certains vont dire : « Pourquoi il se lève à cinq heures du matin ? » Chacun peut dire la sienne, mais j’ai ma vie. C’était ma vie. Vingt minutes plus tard, j’étais au bureau. Je repartais parfois à 18 heures, 20 heures, parfois 22 heures. C’est ma vie. Maintenant, j’ai pris ça dans ma gueule. »
Il avoue avoir eu peur d’avoir une maladie. Extrait:
« Il y a un truc que je savais, mais, maintenant, je l’ai appris. Je n’ai pas eu une maladie. Ça aurait pu être plus grave. Vous savez, nos corps, à vous comme à moi, donnent des alertes. Là, il m’a dit : « Je te préviens. » Je l’ai pris comme ça. On peut acheter les médicaments, on peut aller chez le docteur et le payer, mais on ne peut pas acheter la santé. Et ça, c’est vrai. Un jour, ça t’arrive. Et attention, il y a des gens bien plus malades que moi, avec des cancers, des AVC… Voilà, mais la santé mentale est un vrai sujet aujourd’hui. Il faut le traiter. Cette santé mentale chez les joueurs est fondamentale. Mais, chez les coachs, elle l’est aussi.
Et, attention, je ne suis pas là pour me plaindre. Je suis ce que je suis, j’ai ce que j’ai grâce au rugby, grâce à l’évolution du rugby. On profite tous, vous aussi d’ailleurs, de l’évolution de notre sport. Si on ne parle pas de rugby, il y a moins de journalistes, il y a moins de droits TV, et cetera, et il y a moins de coachs payés, et bien payés. Maintenant, je veux juste qu’on dise que la santé mentale doit être prise en compte, surtout dans notre écosystème. On a un championnat fabuleux, mais qui est, aussi, difficile. »
Désormais, il ne se lèvera plus à 5 heures du matin. Extrait:
« Je vais déjà m’interdire de me lever à cinq heures, pour être là vingt minutes après au bureau. Ce matin (jeudi, NDLR), j’ai repoussé d’une heure (sourire). Ça ne paraît rien, mais j’essaie déjà de faire ça. Dans mon fonctionnement aussi de tous les jours. Avant d’expliquer, je tiens aussi à remercier mon staff et mes joueurs. Quand le coach n’était pas là, chacun a fait un peu plus, chacun a pris plus de responsabilités. C’est là où tu vois s’il y a un groupe solidaire. Les joueurs l’ont été.
À la vue du match de Lyon, tu t’aperçois que, quand tu fais un peu plus et que tu t’intéresses plus à l’autre, tout cela est contagieux. Je ne dis pas qu’on a été excellents à Lyon, mais, sur ça, on a été là. Ça nous conforte sur le fait que les mecs ne nous ont pas lâchés, et qu’ils sont toujours solidaires entre eux. Ils l’ont montré, c’est bien. Ils ne l’ont pas fait pour moi, ils l’ont fait pour eux. Je leur ai d’ailleurs dit : ce n’est pas pour moi, ce n’est pas vrai même si, peut-être, il y a un côté affectif, mais ça ne peut pas être ça sur des années. »
Il remercie tout le monde au sein du club. Extrait:
« Sans trahir le vestiaire, je leur ai dit : « Je vous remercie vraiment beaucoup. » Je ne dis pas merci qu’à eux, mais à l’ensemble du club. Mon président a accepté que je prenne une pause. C’est très rare. Mon staff a été remarquable, comme mes joueurs. Je pense aussi à tous les coachs, et pas uniquement en Top 14, qui ont pris le temps de me faire un message. Les messages étaient impressionnants. Ça fait plaisir, mais, à la fois, ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est ce que j’ai vu sur le terrain. Chacun peut faire plus à l’entraînement, mais, s’il ne se passe rien sur le terrain… »
Il l’affirme : Bernard Lemaitre refuse absolument qu’il quitte le RCT. Extrait:
« Il m’a dit qu’il ne voulait absolument pas que je quitte le club. C’était impensable, pour lui, que je m’en aille après tout le travail effectué. Il voulait même, s’il le fallait, que je prenne plusieurs mois de repos. C’est très rare. Je le remercie publiquement, même si je lui ai déjà dit. »
Certaines choses vont évoluer au sein du club. Extrait:
« Je dis souvent que les joueurs doivent passer devant, prendre des responsabilités. Là, rien qu’aujourd’hui, j’ai vu la différence à l’entraînement ! Il faut être plus dans la co-construction. Vous savez, dans notre métier, si nous voulons travailler 24 heures, nous pouvons le faire. Je le dis franchement. Maintenant, je vais me l’interdire. Quand ça s’arrête, que je rentre chez moi, j’arrête. Je vais essayer, même si ce n’est pas évident. Dans le fonctionnement du club, il y a des choses qui vont évoluer et changer dès maintenant et pour la saison prochaine. L’écosystème nous appartient, et il va évoluer pour le mieux. »
Il conclut en faisant passer un message. Extrait:
« Je tiens à dire que j’ai ressenti beaucoup de sympathie de la majorité des supporters. Aux gens qui m’ont aidé, même vous d’ailleurs les journalistes, je vous remercie. C’est important. J’ai aussi envie de remercier les gens un peu moins sympas. Il y a toujours des gens qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils peuvent dire. Ça m’a permis de confirmer ce à quoi je ne veux absolument jamais ressembler. Il y a des gens moins sympas, qui se donnent le droit de commenter. C’est la mode. Mais, vous savez, quand ça touche à la santé ou à des choses personnelles… […]
Je n’ai pas honte de ce que j’ai fait depuis mon retour à Toulon. On a remporté un titre, que l’on n’avait jamais gagné. Des gens l’oublient. Nous nous sommes requalifiés en phase finale et nous avons aussi fait une demi-finale. Nous avons fait un quart de finale de Champions Cup, et nous sommes, à nouveau, qualifiés pour les huitièmes. Ce n’est pas pour moi que je dis ça, mais c’est pour montrer une dynamique. C’est loin d’être parfait, et j’en suis conscient, mais ce n’est pas trop mal. Vous savez, il n’y en a qu’un qui gagne. Depuis quelques années, c’est toujours le même. Il faut avoir de l’humilité. Il faut revenir jouer des matchs comme ça pour, peut-être, un jour, quand nous serons plus costauds et mieux préparés, être en position de regagner. »
8 Commentaires


Une Retraite anticipé pépère dans les bureaux lui ira parfaitement , il s’en sort bien, tout le monde lui crachait dessus à juste titre. Maintenant vous pleuraient tous avec lui, je pense pas que tout va s’arranger les 3 prochains matchs vont être chaud. J’espère pour Pierre des victoires sinon.
Mignoni épisode 999 !!
Son témoignage est poignant et sincère , on sent qu’il est allé au bout de lui même . Aucune situation meme passionnelle ne merite ça . Je lui souhaite de trouver le bon équilibre pour son bien , et celui , sportif du RCT .
Personne n’en veut à l’homme qui doit être respecté.
Il joue ses dernières chances contre le SF, à Perpignan et à Montauban. 12 points minimum à prendre.
Si on ne gagne pas ces 3 matches on ne sera pas dans les 6. Et il faudra en tirer les conclusions.
Patat qu’on a loupé malheureusement. Quand je disais qu’il fallait s’activer et le recruter coûte que coûte je me faisais lapi.der par certains ici qui voyaient PM en patron éternel ! La suite m’a donné raison. Et surtout PM m’a donné raison. Le scénario qui se profile est celui que j’avais annoncé en août déjà, et même l’an dernier.
Et ces mêmes girouettes approuvent maintenant la decision de PM
Quelles que soient ses qualités Patat avait insulté notre région lors d’un Bayonne Toulon à Anoeta si tu as bonne mémoire.
Il peut donc rester chez lui.
Mr mignoni je vous souhaite le meilleur.
J’ai gere ma boite 25 ans avec cette charge mentale énorme et oui rien ne vaut la santé.
Enjoy
Blablabla…
C’est pathétique son retour !
Il n’a pas de figure !!
Être en brun out dans le métier qu’il fait !!
C’est une insulte à tous les corps de métier comme les infirmières et le personnel soignant dans son ensemble par exemple, qui eux sont quotidiennement confrontés à la mort, touchent un salaire dégueulasse et sont mal considérés par leur employeur (l’état)…
Ces gens là ont dix fois plus de hargne et de coui…es que ce misérable entraîneur.
Qu’il parte.
D’ailleurs je ne comprends pas qu’il revienne car nul n’est irremplaçable.
De toute façon le RCT perdra contre le SF et Montauban donc il devrait retourner dans sa villa au bord de mer à Carqueiranne, là il ne fera plus de « burn out »…
Mdr…