Procès Aramburu : la reconstitution 3D de la défense tourne au naufrage, Le Priol et Bouvier fragilisés
Procès Aramburu : la reconstitution 3D de la défense tourne au naufrage, Le Priol et Bouvier fragilisés
Le vendredi 11 septembre 2026 à 7:00 par David Demri
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Les images de vidéosurveillance et les enregistrements sonores ont occupé une place centrale, ce jeudi, au procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Les enquêteurs ont expliqué pourquoi ils écartaient l’existence de tirs dissuasifs ou de sommation lors de la mort de Federico Martin Aramburu, le 19 mars 2022 à Paris.
Les deux accusés affirment avoir commencé leurs salves par des tirs destinés à avertir la victime. L’exploitation des différentes caméras raconte, selon les policiers, une tout autre histoire. L’équipe révèle les grandes lignes de cette séance encore très importantes.
Des images exceptionnellement nombreuses
Un troisième membre de la Brigade criminelle a présenté à la cour le travail réalisé à partir des caméras du Mabillon, des commerces environnants et de la ville de Paris.
L’enquêteur a souligné le caractère exceptionnel de la quantité d’images disponibles.
« Je suis à la Crim depuis dix ans. Au 36, on n’enquête que sur des crimes de sang et je vous assure que c’est très rare d’avoir autant d’informations par la vidéo que dans ce dossier. »
Ces images restent imparfaites. Certaines sont éloignées, floues ou écrasent les perspectives. Les caméras municipales effectuent également une rotation toutes les 45 secondes pour filmer à 360 degrés, ce qui fait régulièrement disparaître les protagonistes.
L’expert chargé d’assembler les séquences a ainsi parlé d’une « source médiocre ». Pour l’avocat général Philippe Courroye, elles demeurent néanmoins « les meilleures sources objectives » disponibles.
La scène impliquant Romain Bouvier apparaît plus nettement que celle de Loïk Le Priol, survenue 41 secondes plus tard. Treize minutes avant les tirs, ce dernier est notamment filmé en train de manipuler ce qui semble être son arme après être remonté des toilettes du Mabillon.
Les tirs de Bouvier analysés par les policiers
Romain Bouvier a tiré à quatre reprises. Pour expliquer la trajectoire de son bras, un enquêteur a utilisé Me Le Bras, avocat des parties civiles, afin de reproduire la scène devant la cour.
Selon le policier, les mouvements visibles ne correspondent pas à des tirs dirigés volontairement vers le sol.
« Sur une phase de tirs à cette distance, si vous voulez effectuer des tirs dissuasifs vers le sol, le bras doit descendre avec un angle prononcé. D’autant qu’après le premier tir, monsieur Aramburu recule en boitant. »
Les accusés ont observé la diffusion des images, parfois en hochant la tête. Pour les passages les plus éprouvants, les parents de Federico Martin Aramburu ont préféré quitter la salle, contrairement à son épouse.
Aucun tir en l’air identifié pour Le Priol
Les images de la seconde salve sont moins nettes. Les policiers considèrent toutefois que les éléments visibles et les témoignages ne permettent pas de retenir la version de deux premiers tirs effectués en l’air.
Un enquêteur a notamment insisté sur la trajectoire horizontale des traces lumineuses.
« Rien, dans l’exploitation des images, ne permet d’accréditer l’existence des deux premiers tirs de sommation en l’air. Les traits lumineux qu’on distingue partent à l’horizontale. Le témoin livreur du Franprix ne décrit à aucun moment un tir en l’air. »
La défense a demandé pourquoi les deux projectiles qui n’ont pas atteint la victime n’avaient jamais été retrouvés. Le policier a expliqué qu’une balle frappant une façade pouvait exploser en fragments métalliques minuscules et impossibles à identifier sur un boulevard.
Dix coups de feu en quelques secondes
L’enregistrement sonore des caméras du Mabillon a permis de mesurer la rapidité des deux salves. Romain Bouvier a tiré quatre fois en quatre secondes. Loïk Le Priol a ensuite tiré six fois, également en quatre secondes.
Pour les enquêteurs, cette cadence est incompatible avec de véritables tirs de sommation.
« Grâce à l’exploitation sonore des caméras du Mabillon, on peut établir que Bouvier tire quatre fois en quatre secondes et Le Priol six fois en quatre secondes. Pour qu’il y ait sommation, il faut laisser un temps de latence et une chance à l’autre de réagir. Il faut isoler le premier tir des autres. Autant de tirs en quatre secondes, c’est trop court. »
Les sons saturés ont été diffusés à plusieurs reprises dans la salle d’audience. Ils ont permis aux jurés de mesurer la rapidité avec laquelle les coups de feu se sont succédé.
« Ce qu’on retrouve dans les exécutions »
Les policiers ont également décrit les réactions de Federico Martin Aramburu après les premiers tirs. Celui-ci recule après le premier coup de feu de Bouvier, puis davantage encore après le deuxième.
Quatre des six projectiles tirés par Le Priol ont atteint l’ancien international argentin alors que les deux hommes se trouvaient en mouvement.
L’analyse livrée par les enquêteurs a été particulièrement lourde.
« On voit qu’après la première balle de monsieur Bouvier, monsieur Aramburu recule, et il recule encore plus après le deuxième coup de feu. Quant à monsieur Le Priol, désolé de dire cela devant la famille de la victime, mais quatre sur six, c’est un bon tir quand on sait que cette séquence ne se fait pas face à une cible immobile puisque les deux hommes luttent. Ce type de scène avec des chargeurs vidés, c’est ce qu’on retrouve dans les exécutions et les dossiers de criminalité organisée. C’est qu’on est déterminé à finir la personne. »
Échange tendu entre la défense et l’enquêteur
L’un des avocats de Loïk Le Priol a ensuite tenté de démontrer que l’accusé ne s’était pas élancé avec l’intention de tuer. Il a souligné que son client n’avait pas immédiatement son arme à la main et qu’il ne l’avait sortie qu’après la reprise de la lutte.
Le policier a rejeté l’idée que six tirs contre un homme désarmé puissent relever de la défense.
« Il ne s’agit pas d’une agression mais d’une bagarre. Et je ne pense pas que tirer six fois sur quelqu’un de désarmé soit de la défense. »
La discussion s’est ensuite portée sur la formation militaire de Le Priol et sur le caractère présenté comme automatique de son geste.
L’avocat a demandé au policier quel était le contraire d’un geste automatique.
« Réfléchi. »
Le conseil de Le Priol a alors comparé les moyens d’entraînement d’un policier, disposant selon lui d’une cinquantaine de cartouches par an, à ceux d’un membre des commandos, qui pourrait en utiliser environ 15 000.
Cette comparaison a provoqué une réponse immédiate de l’enquêteur.
« Justement, c’est encore plus inquiétant. Le rôle d’un commando, ce n’est pas de tirer six balles sur un civil. »
La modélisation de la défense vivement contestée
En fin de journée, un jeune homme missionné par la défense de Le Priol a présenté une modélisation en trois dimensions. Celle-ci reconstituait la lutte sur le boulevard Saint-Germain et montrait les deux premiers tirs partir en l’air.
L’avocat général a qualifié cette représentation de « dessin animé ». Me Le Bras a surtout reproché à son auteur de s’être appuyé sur les déclarations de Le Priol plutôt que sur les éléments visibles dans les vidéos.
L’avocat de la famille Aramburu a très sévèrement remis en cause la valeur de cette reconstitution.
« Vous montrez que monsieur Aramburu donne un coup de poing au menton de monsieur Le Priol puis que ses deux premiers tirs partent en l’air, mais cela ne ressort que des déclarations de monsieur Le Priol. Pas des images de vidéosurveillance. On fait quoi, monsieur, de votre travail ? Vous voyez, nous, on défend une famille. Elle a besoin de vérité, de savoir jusqu’où on peut aller dans la manifestation de la vérité. Là, on est venu vous faire jouer dans une cour d’assises, qui n’est pas une cour d’école. »

