Top 14 : La face cachée du rugby français – ces entraîneurs à bout de souffle

Top 14 : La face cachée du rugby français – ces entraîneurs à bout de souffle

Le dimanche 30 novembre 2025 à 20:16 par David Demri

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Le Top 14 est devenu un marathon sans fin. Matchs tous les week-ends, pression sportive permanente, mercato continu, blessures à gérer… Et dans cette machine infernale, les entraîneurs vivent sous tension du matin au soir.

Alors que la santé mentale des joueurs commence enfin à être prise au sérieux, une question reste largement taboue : qui s’occupe de ceux qui dirigent tout ?

Une pause… qui n’en est pas vraiment une

Pendant la trêve internationale, la plupart des staffs espéraient souffler. La réalité ? Ils ont simplement retiré un caillou d’un sac de 50 kg.

À Montpellier, Joan Caudullo a tenté un geste « révolutionnaire » : retirer sa montre connectée pendant quelques jours. Une micro-respiration dans une vie rythmée par les coups de fil, les recrutements, les visios, les urgences.

Il en rit lui-même via L’équipe : « Mais j’avais le téléphone sur moi ! » Résultat ? La sonnerie a évidemment continué de crépiter.

Même les clubs qui marchent bien, comme Pau, ne coupent jamais complètement. Sébastien Piqueronies raconte qu’il tente avec ses dirigeants de s’imposer trois jours sans s’appeler. Trois jours… un exploit. « Tenir trois jours, c’est déjà bien », sourit-il.

Une charge mentale ignorée

La Ligue nationale de rugby a déjà mis en place un programme de santé mentale… pour les joueurs. Mais selon le psychologue Jean-Luc Douillard, les staffs sont encore loin d’être accompagnés :

« Ce n’est pas le cas des staffs, qui sont surinvestis dans le projet, qui travaillent tout le temps, y pensent tout le temps… dans un stress permanent mais silencieux. »

Il va plus loin : pour lui, un manager du Top 14, c’est un chef d’entreprise sous les projecteurs, responsable devant les actionnaires, les joueurs, les médias… sans avoir de vraie prise sur ce qui se passe sur le terrain. L’un des professionnels les plus exposés du sport pro.

Travailler tôt, tard… tout le temps

La charge mentale se manifeste aussi par des comportements extrêmes.

Au LOU, Julien Puricelli a vu défiler quatre managers en cinq ans et un point commun les relie tous : l’hyper-activité.

« Pierre Mignoni était au bureau à 6 heures du matin. Xav Garbajosa nous envoyait des messages à 5 heures ! Quand est-ce qu’il dort ? »

Pour beaucoup, travailler devient une façon de ne pas perdre le contrôle. Même si cela signifie des nuits courtes, du stress, et parfois l’épuisement.

Troubles du sommeil, risques cardio… un cocktail explosif

Selon Douillard, la bombe est à retardement :

« Aller vers eux, car ils ne feront pas le chemin inverse. Certains gèrent mieux la pression que d’autres, ont mis en place un mécanisme de défense. Mais combien ont des troubles du sommeil ?Combien vont développer des problèmes de santé, des problèmes vasculaires en raison du stress ? Leur santé psychologique est leur principal capital. »

Le Top 14, avec ses blocs de matches interminables, son mercato permanent et sa pression médiatique, pousse les staffs au bord de la rupture.

Yannick Bru l’a reconnu avant la saison : certains membres du staff bordelais étaient « usés » après les deux finales de l’an dernier : 

« Il faut qu’on accepte que personne n’est indispensable, prévenait Bru. Le rafraîchissement personnel à long terme est parfois plus important que les performances à très court terme. »

Prendre du recul… un luxe rare

Caudullo l’admet : lors de sa première saison à Montpellier, il pensait qu’il devait travailler tout le temps pour montrer l’exemple. Aujourd’hui, il comprend que ce n’est pas soutenable.

Puricelli, lui, a enfin obtenu quelques week-ends sans déplacement. Une bouffée d’air rare :

« Ça faisait cinq ans que je n’avais pas un week-end. »

Mais le manager, lui, ne peut pas décrocher. Jamais.

Une cocotte-minute en ébullition permanente

Puricelli résume mieux que personne le quotidien d’un club pro :

« On est dans une cocotte-minute dans laquelle des pop-corns éclatent de partout. »

Entre 50 joueurs, 25 membres du staff, la pression des résultats, la concurrence féroce, les agents, les médias… la machine ne s’arrête jamais.

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