« Triste révolution » : Les coulisses de la vente historique du rugby par France Télévisions

« Triste révolution » : Les coulisses de la vente historique du rugby par France Télévisions

Le mardi 3 février 2026 à 22:59 par David Demri

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Le rugby change de crémerie. Si le choc France-Irlande est bien maintenu sur France 2 ce jeudi à 21h10, les téléspectateurs vont devoir changer leurs habitudes pour la suite de la compétition. Sous la pression d’un plan d’économies drastique, France Télévisions a revendu neuf rencontres à TF1, dont deux affiches du XV de France.

Un calendrier partagé inédit

Pour ne rien manquer, il faudra jongler entre les télécommandes.

Voici la répartition des matchs des Bleus :

  • Sur France 2 : France-Irlande (ce jeudi), France-Italie et le « Crunch » France-Angleterre.

  • Sur TF1 : France-Galles (15 février) et Écosse-France (7 mars).

Les chiffres d’une vente forcée

Cette décision, qualifiée de « décision de raison, pas de cœur » par la direction de France Télévisions, s’explique par une équation financière complexe :

  • 15 millions d’euros : C’est le prix payé par TF1 pour récupérer ces neuf matchs.

  • 150 millions d’euros : Le montant total des économies que doit réaliser le groupe France Télévisions en 2026.

  • 9,5 millions : Le record d’audience (en téléspectateurs) atteint par le rugby sur le service public l’an dernier, prouvant la valeur immense de ces droits.

Analyse : Pourquoi France Télévisions a-t-elle « lâché » le rugby ? 

Cette cession est historique car elle met fin à quarante-cinq ans d’exclusivité du service public sur le Tournoi. Plusieurs facteurs expliquent ce revirement de situation que personne n’aurait imaginé l’été dernier.

Le télescopage avec les JO d’hiver

L’une des raisons majeures est d’ordre logistique. Le Tournoi des Six Nations 2026 se déroule en même temps que les Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina (du 6 au 22 février). France Télévisions, diffuseur officiel des JO, ne pouvait pas assurer une exposition maximale pour les deux événements simultanément. En décalant le match d’ouverture au jeudi soir et en revendant une partie du Tournoi à TF1, le groupe s’évite un casse-tête de programmation insurmontable et libère ses antennes pour la quête des médailles olympiques.

Une bouffée d’oxygène financière

Au-delà du sport, c’est une affaire de gros sous. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, doit faire face à des coupes budgétaires massives demandées par l’État. Revendre ces neuf matchs pour 15 millions d’euros permet de couvrir exactement l’effort demandé au service des sports cette année. C’est un sacrifice nécessaire pour préserver d’autres droits « patrimoniaux » comme le Tour de France ou Roland-Garros. Pour TF1, c’est une aubaine : la chaîne privée continue de s’installer comme le nouveau bastion du rugby international après avoir acquis les tests d’automne et la future Coupe du Monde 2027.

L’inquiétude des journalistes

En interne, la pilule est amère. Des figures historiques de la rédaction, comme Matthieu Lartot, ont exprimé leur surprise face à l’ampleur de la cession. La crainte est claire : si le service public commence à vendre ses plus belles affiches, que restera-t-il sur France 2 entre septembre et mai ?

Matthieu Lartot s’est confié via L’équipe

 « Ce n’est pas que je n’y croyais pas une seule seconde, c’est juste la proportion de matches revendus qui m’a surpris. À ce moment-là, je ne m’attendais pas à ce que neuf rencontres soient cédées. Après, on ne tient pas les cordons de la bourse, on n’est pas dans le secret des dieux, et on n’a pas les clefs ».

Patrick Chêne, ancien directeur des sports, a d’ailleurs qualifié cette situation de « triste révolution ». Il précise : « Tous les directeurs des sports de France Télévisions (dont moi) se sont tant battus pour préserver ces droits précieux ».

La rédaction craint que cet accord « éphémère » ne devienne la norme si le gouvernement demande des économies supplémentaires (on parle déjà de 30 à 40 millions d’euros de plus pour 2026).

Un nouveau paysage pour le fan

Pour le supporter, c’est la fin d’une époque de simplicité. Il faudra désormais vérifier le calendrier pour savoir si Matthieu Lartot (France 2) ou les commentateurs de TF1 seront aux micros. Si France Télévisions assure vouloir récupérer l’intégralité des droits en 2027, la fragilité économique actuelle laisse planer un doute. Le Tournoi des Six Nations, véritable institution du service public, vient d’entrer dans une nouvelle ère de partage, dictée par la rigueur budgétaire et la concurrence féroce entre les chaînes gratuites.

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