Urgentiste et arbitre de Top 14, Thomas Charabas raconte : « Ils vous parlent mais vous savez que vous ne pouvez pas les sauver »

Urgentiste et arbitre de Top 14, Thomas Charabas raconte : « Ils vous parlent mais vous savez que vous ne pouvez pas les sauver »

Le vendredi 5 juin 2026 à 23:45 par David Demri

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Samedi soir, Thomas Charabas sera au centre de toutes les attentions pour arbitrer le match décisif entre La Rochelle et le Stade Français.

Mais lorsque les caméras s’éteignent et que les stades se vident, l’arbitre du Top 14 retrouve un quotidien encore plus intense : celui de médecin urgentiste au SAMU de Bayonne.

Quelques jours avant cette rencontre capitale, il racontait une intervention qui l’a particulièrement marqué.

Des propos rapportés par L’équipe

« Un promeneur en randonnée. Le coeur a lâché. On a tout donné, plus d’une demi-heure de réanimation. On y croyait. Parfois, on est battus… »

Un quotidien loin des terrains de rugby

À 37 ans, Thomas Charabas partage sa vie entre le rugby professionnel et les urgences médicales.

Lorsqu’il ne dirige pas les rencontres du Top 14, il intervient sur les situations les plus graves du quotidien.

Cette même journée, il avait également participé au sauvetage d’un autre patient.

« Le matin même, j’avais aidé à repartir le coeur d’un monsieur de 50 ans en détresse respiratoire. »

Pour lui, la pression vécue sur les terrains reste très relative par rapport à certaines situations rencontrées dans son métier.

« On vit des situations difficiles et stressantes avec le SMUR, mais au moins je n’ai pas 15 000 personnes qui sont en train de gueuler ou m’insulter. »

Puis il ajoute :

« Quand on arrive sur un accident de la route et qu’il y a six victimes, il faut choisir : lui, c’est grave, lui moins. »

Arbitrer après des gardes interminables

Le rythme de vie de Thomas Charabas impressionne.

Après des journées parfois interminables aux urgences, il prend régulièrement la route pour arbitrer les rencontres du championnat.

Après un match de Top 14 à Montpellier face à Clermont, il racontait notamment avoir repris sa voiture immédiatement après le coup de sifflet final avant de rentrer dans la nuit chez lui.

Le lendemain, il reprenait déjà une garde.

« On s’endort vite, mais on se réveille au bout de quatre heures, c’est rarement réparateur. »

Les urgences, un monde à part

Au quotidien, Thomas Charabas est confronté à des situations particulièrement lourdes humainement.

Certaines l’ont profondément marqué.

« Au-delà de 50 % de brûlure au 3e degré, c’est inéluctable. Ils sont comme du charbon. Conscients. Vivants. Ils vous parlent. Vous savez que vous ne pouvez pas les sauver. »

Il poursuit :

« Certains vous demandent de mourir. Il faut les sédater, sans pratiquer d’euthanasie active, parce qu’on n’en a pas le droit. On n’est plus médecins, on est accompagnants. »

Le défi permanent du SAMU

Une autre partie de son activité consiste à répondre aux appels du 15.

Une mission particulièrement complexe où chaque décision doit être prise en quelques secondes.

« J’ai mal à la poitrine, ça peut être le signe d’un infarctus, d’une dissection aortique… ou un gars qui avait pris une planche de surf dans le thorax avec une côte cassée. Des gens appellent parce qu’ils n’arrivent pas à dormir. « 

Il explique également la difficulté de gérer les moyens disponibles :

« Parfois, il faut envoyer un équipage SMUR. Pour l’hélico, c’est délicat, si je le déploie, je n’ai plus de cartouches si je dois déclencher un secours en montagne ou un hélitreuillage sur bateau dans le golfe de Gascogne. »

Une philosophie de vie particulière

Malgré ce rythme infernal, Thomas Charabas ne se voit pas ralentir.

« Rester chez moi à ne rien faire, ça m’embête. Me balader dans des centres commerciaux, ça m’emmerde, j’ai besoin d’air ! »

Une énergie qui lui permet d’enchaîner les missions, les gardes et les matchs de Top 14.

Samedi soir, à Deflandre, il arbitrera un rendez-vous décisif pour les Rochelais et les Parisiens.

Mais pour Thomas Charabas, après avoir côtoyé quotidiennement l’urgence, la détresse et parfois la mort, la pression d’un match de rugby n’a probablement pas la même saveur que pour les autres.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

1 Commentaire

  1. Exjoker83 6 juin 2026 at 00h- Répondre

    Respect Mr Charabas !