« Tu te fous de ma gueule ? » Jefferson Poirot raconte pourquoi il a finalement accepté de revenir chez les Bleus

« Tu te fous de ma gueule ? » Jefferson Poirot raconte pourquoi il a finalement accepté de revenir chez les Bleus

Le jeudi 2 juillet 2026 à 9:34 par David Demri

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Lorsqu’il avait annoncé son retrait de l’équipe de France en 2020, Jefferson Poirot avait surpris tout le rugby français. À seulement 27 ans, le pilier bordelais semblait tourner le dos à une carrière internationale qui pouvait encore durer de longues années.

Six ans plus tard, le voilà pourtant de retour sous le maillot bleu. Samedi, il sera titulaire face à la Nouvelle-Zélande à Christchurch pour lancer le Championnat des Nations. Un retour que peu de monde imaginait… lui le premier.

Car il y a encore quelques semaines, l’ancien capitaine du XV de France avait déjà organisé ses vacances d’été avec sa famille.

Jefferson Poirot reconnaît lui-même via L’équipe qu’il ne s’attendait absolument pas à vivre un tel scénario.

« Je suis très content d’être là déjà pour jouer une compétition, ce qui est différent des tournées où on jouait trois fois la même équipe. Ce qui me fait un peu bizarre, c’est qu’il y a trois mois, j’avais réservé mes vacances en plein pendant cette tournée car je ne m’attendais pas à être là (rires). La semaine prochaine, ma femme et mes enfants partent en Provence à trois et pas à quatre. »

Une décision mûrement réfléchie

En réalité, Jefferson Poirot explique que son retrait de l’équipe de France n’a jamais été un rejet du maillot bleu. Il avait simplement atteint un moment de sa carrière où il ressentait le besoin de reprendre le contrôle sur sa vie.

Le pilier de l’Union Bordeaux-Bègles souhaitait passer davantage de temps auprès de sa famille, préparer son avenir professionnel et s’investir pleinement dans son club.

Avec le recul, il assure que cette parenthèse était devenue indispensable.

« En fait, pour refaire le chemin, en 2020, je n’ai pas dit que j’arrêtais totalement. En tout cas, dans ma tête, c’était une parenthèse. Et quand j’en parle à Fabien (Galthié), il me dit bien qu’il ne s’interdit pas de me resélectionner un jour. Mais j’avais mes raisons. Je voulais passer plus de temps avec ma femme et mes enfants, construire mon après-carrière et me consacrer à l’UBB pour y gagner un titre. »

Il ne voulait plus être « uniquement un joueur de rugby »

Derrière cette décision se cachait également une réflexion beaucoup plus profonde.

Pendant plusieurs années, Jefferson Poirot avait le sentiment que toute sa vie tournait exclusivement autour du rugby. Une situation qui commençait sérieusement à le peser.

Il raconte aujourd’hui ce mal-être avec beaucoup de franchise.

« Complètement. Je voulais prendre du recul. J’avais du mal à me dire que je n’étais « que » joueur de rugby. Quand il y avait une conversation avec des gens hors rugby, je n’avais rien à dire en fait. Et ça me perturbait socialement, vraiment. »

Cette remise en question l’a poussé à développer plusieurs projets personnels parallèlement à sa carrière.

Son entreprise lui a permis de retrouver une certaine sérénité

Pendant ces six années loin des rassemblements du XV de France, Jefferson Poirot n’a pas uniquement pensé rugby.

Le Bordelais a créé son entreprise dans la bureautique, lancé plusieurs projets immobiliers et consacré une grande partie de son temps libre à préparer sa reconversion.

Aujourd’hui, il estime avoir atteint les objectifs qu’il s’était fixés.

Cette stabilité lui permet désormais d’aborder sa carrière avec beaucoup plus de sérénité.

« J’ai monté une entreprise (en bureautique), j’ai plusieurs projets immobiliers, je bosse beaucoup là-dessus depuis six ans, après les entraînements, sur mes jours off. (…) Aujourd’hui, ce projet tourne bien. Cela me permet d’être serein dans mon rugby car je sais où je vais ensuite. »

Même sa femme avait du mal à comprendre son choix

Si Jefferson Poirot était convaincu d’avoir pris la bonne décision, son entourage a eu besoin de davantage de temps pour l’accepter.

Sa femme imaginait déjà vivre la Coupe du monde 2023 organisée en France, après avoir été privée du Mondial japonais quatre ans plus tôt.

Le pilier raconte avec le sourire cette réaction qui l’a marqué.

« Quand je lui en parle en 2020, on est en plein Covid, elle le prend de face. Elle me dit : « Ça fait cinq ans que c’était dur en équipe de France, ça commence à aller mieux et toi tu te barres ? Tu te fous de ma gueule ? » (rires). »

Un retour devenu possible grâce à Yannick Bru et Fabien Galthié

Au fil des saisons, les performances de Jefferson Poirot avec l’UBB ont progressivement remis son nom sur la table.

Lui n’y croyait pourtant pas.

Au club, plusieurs personnes, dont Yannick Bru et Laurent Marti, lui soufflaient régulièrement que Fabien Galthié finirait peut-être par le rappeler.

Le principal intéressé balayait systématiquement cette hypothèse.

Puis le téléphone a finalement sonné.

« Je leur disais : « Vous croyez vraiment que Fabien va me rappeler ? Mais c’est impossible. » Et au final, il l’a fait (rires). »

Le sélectionneur l’a contacté au début du mois de mai alors que Poirot assistait simplement à un tournoi de son fils.

Cette fois, aucune hésitation.

Le pilier estime avoir accompli tout ce qu’il souhaitait en mettant sa carrière internationale entre parenthèses.

Il assure revenir aujourd’hui avec un regard totalement différent sur le rugby.

« Aujourd’hui, à un an de la fin de ma carrière, mon but est de finir le plus haut possible. (…) Je vois la ligne d’arrivée qui n’est plus très loin. Ça donne envie d’en profiter au maximum. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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