Le téléphone de Loïk Le Priol retrouvé emballé dans du papier aluminium

Le téléphone de Loïk Le Priol retrouvé emballé dans du papier aluminium

Le jeudi 10 septembre 2026 à 10:44 par David Demri

Publicité

Deux tireurs et deux chargeurs entièrement vidés. Au troisième jour du procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier, le directeur de l’enquête a livré une analyse particulièrement lourde de sens sur les tirs ayant coûté la vie à Federico Martín Aramburu.

La cour d’assises de Paris a retracé les événements du 19 mars 2022 à travers les témoignages, les constatations policières et les images de la scène de crime. Avant leur diffusion, l’épouse et le père de l’ancien international argentin ont préféré quitter la salle d’audience.

Romain Bouvier a regardé les écrans lorsque le corps de la victime est apparu. Loïk Le Priol a détourné le regard.

De l’altercation à la double poursuite

Le directeur d’enquête a d’abord retracé les tensions survenues dans l’établissement où se trouvaient Federico Martín Aramburu, Shaun Hegarty et les principaux accusés.

Après plusieurs gestes agressifs attribués à Le Priol, Aramburu l’aurait saisi par la capuche, provoquant sa chute en arrière.

Le policier a livré son interprétation de ce geste :

« C’est un geste d’énervement répondant à l’attitude outrancière de Le Priol. »

La bagarre qui a suivi a ensuite été interrompue. Selon plusieurs personnes entendues durant l’enquête, les deux anciens rugbymen ont quitté les lieux calmement tandis que les accusés seraient demeurés particulièrement agités.

Les témoignages auraient également établi que les accusés avaient eu le dessous pendant l’affrontement :

« Plusieurs témoignages convergent pour dire que les rugbymen ont eu le dessus pendant l’affrontement. Et que les accusés l’auraient mal vécu. »

Un deuxième enquêteur a résumé plus directement le mobile retenu par les policiers.

Pour la Brigade criminelle, deux éléments expliqueraient principalement le passage à l’acte :

« Pour nous, au niveau de l’enquête, les moteurs de crime sont l’alcool et l’ego. »

Aucune concertation formellement établie

Le chef d’enquête n’a toutefois pas validé l’idée d’un plan collectivement préparé entre Loïk Le Priol, Romain Bouvier et Lyson R.

Il a indiqué ne pas croire à une entente préalable clairement organisée :

« L’existence d’une concertation ou d’un conciliabule entre les trois. »

Cette réserve ne résout pas toutes les incohérences relevées. Romain Bouvier et Lyson R. auraient suivi les deux rugbymen en Jeep, sans tenter de contacter Le Priol, qui les aurait rejoints ensuite.

Interrogé sur l’absence de communication téléphonique entre eux, l’enquêteur a reconnu une anomalie :

« C’est vrai, ce n’est pas logique. »

Le téléphone de Le Priol dissimulé

Lors d’une perquisition chez Lyson R., les policiers ont retrouvé le téléphone de Loïk Le Priol entouré de papier d’aluminium comme l’explique L’équipe.

Le dispositif employé a immédiatement interpellé les enquêteurs :

« Comme dans une cage de Faraday. »

La carte SIM avait été cassée en deux puis jetée dans une poubelle à proximité du domicile. Au pied du lit où dormait Le Priol, les policiers ont également découvert un livre dédicacé accompagné de deux autocollants.

Les deux inscriptions retrouvées ont été présentées à la cour :

« Les nationalistes sont de retour » et « Le Pen, le vote vital. »

D’autres armes ont été saisies dans le domaine familial situé à Draguignan. Le père de Loïk Le Priol se trouvait lui-même sous contrôle judiciaire.

L’avocat général a précisé la raison de cette procédure :

« Mis en examen pour l’achat de grenades sans autorisation. »

Chez Romain Bouvier, les policiers ont découvert des armes, des munitions, un insigne de la BAC, une figurine d’Hitler effectuant le salut nazi et une édition ancienne de Mein Kampf.

L’accusé avait précédemment contesté l’interprétation donnée à ces découvertes.

Bouvier avait affirmé que la majorité de ses ouvrages politiques était d’une tout autre orientation :

« Était constituée de penseurs et théoriciens d’extrême gauche. »

Durant l’instruction, il avait également dénoncé le travail de la police.

L’accusé évoquait alors une présentation volontairement orientée de son domicile :

« Une mise en scène de la brigade criminelle. »

« Ceux qui veulent tuer vident leur chargeur »

Interrogé par Me Le Bras, avocat des parties civiles, le directeur d’enquête a été questionné sur la présence d’armes chargées dans l’appartement de Bouvier, mais surtout sur la rareté d’une scène impliquant deux tireurs.

L’échange a débouché sur la déclaration la plus marquante de la journée :

« Non, on s’attend plus à des vitrines avec des objets protégés.

— Et pas à des armes garnies de leurs munitions ?

— Non, normalement non.

— Est-ce courant de trouver deux tireurs dans une affaire criminelle ?

— C’est assez rare.

— Et deux tireurs qui ont chacun vidé leur chargeur ?

— Ce sont ceux qui veulent tuer qui vident totalement leur chargeur. »

Le policier a ensuite rapproché cette séquence d’un type d’affaire très particulier.

Deux personnes tirant jusqu’à épuiser leurs munitions lui ont rappelé des dossiers d’une autre nature :

« On retrouve d’habitude cela dans les règlements de compte. »

La défense attaque la neutralité de l’enquête

Me Xavier Nogueras, avocat de Loïk Le Priol, a d’abord reconnu que la Brigade criminelle n’avait pas initialement retenu la piste d’un crime raciste ou directement lié à l’extrême droite.

Le directeur d’enquête avait lui-même écarté cette conclusion au regard des premiers éléments :

« Dans les premières investigations, rien ne nous a permis de relier les faits à un mobile raciste ou à la mouvance du GUD. »

L’avocat a ensuite adopté un ton beaucoup plus offensif envers les policiers.

Me Nogueras a directement remis en question leur impartialité :

« Le travail des enquêteurs mais aussi leur neutralité. »

Il leur reproche notamment des fuites ayant permis à deux articles publiés dès le 19 mars d’associer l’affaire à l’extrême droite et au racisme.

Pour la défense, ces premières publications auraient influencé les témoignages recueillis par la suite :

« Le matraquage qui a suivi a pollué l’enquête puisque des gens vont alors se présenter et déclarer des choses. Dire qu’il s’agit d’un crime fasciste, commis par des suprémacistes blancs. »

Me Nogueras cherche parallèlement à présenter son client comme la personne agressée au cours des deux altercations.

Pendant une suspension d’audience, il a de nouveau défendu cette version devant les journalistes :

« Il s’est fait lyncher sur ce trottoir. »

L’avocat s’est enfin interrogé sur le policier chargé d’exploiter les images de vidéosurveillance. Celui-ci avait joué au rugby à Perpignan, club également fréquenté par Federico Martín Aramburu au cours de sa carrière.

La défense a demandé au directeur d’enquête s’il ne voyait pas un possible conflit dans ce parcours commun :

« Il a joué au rugby à l’USAP, un club où est passé monsieur Aramburu. Ne trouvez-vous pas cette proximité anormale ? »

Le chef d’enquête a rejeté l’existence d’une véritable proximité entre les deux hommes :

« Je ne qualifierai pas cela comme une proximité. Ils ne se connaissaient pas. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
Ne ratez plus aucune actu rugby
Suivre Blog RCT sur Google

0 Commentaire