Bakkies Botha : « Quand tu es Bakkies Botha, tu ne peux pas être à 80% »

Bakkies Botha : « Quand tu es Bakkies Botha, tu ne peux pas être à 80% »

Le mardi 16 mai 2023 à 9:54 par David Demri

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Lors d’un long entretien accordé au journal régional Var-matin, l’ancien deuxième ligne du XV de la Rade, Bakkies Botha s’est confié sur son aventure avec le RCT.

Il se rappelle d’un très grand respect entre les stars de l’époque. Extrait:

« Il y avait un respect mutuel entre des joueurs de classe mondiale. Et j’espère que les mecs de l’équipe actuelle vont trouver cette osmose, et réussir à rapidement gagner des titres. C’est fou de se dire que j’étais sur le terrain lors du dernier trophée remporté (rires). »

Aussi, Bakkies Botha adorait voir que chaque grand joueur voulait se mesurer à lui, sur le terrain. Extrait:

« Ce qui était génial quand j’étais à Toulon, c’est que chaque mec voulait se mesurer à Bakkies Botha. Et il y avait des guerriers dans chaque club… Je pense à Mamuka Gorgodze. À Pascal Papé également. Et quand tu vois qu’absolument tout le monde veut voir ce qu’il vaut face à toi, c’est que tu es au bon endroit.

Ça veut dire qu’on me respectait. Puis c’est quand c’est dur, quand on ne veut pas que tu ne t’en sortes, que la victoire est la plus savoureuse. Quand tu vois la douleur dans le regard des adversaires, c’est que tu as réussi ton boulot. C’est la meilleure sensation qui existe. La clé, c’était de cerner qu’ils n’allaient pas bien… pour en rajouter! Et de garder le sourire pour qu’ils doutent. “Je vois la peur dans tes yeux, et tu n’imagines même pas ce qu’il me reste à te donner” (rires). »

Il l’affirme : sa réputation ne lui rendait pas les choses faciles. Il se devait toujours d’être à 200% sur le terrain pour rivaliser avec les joueurs qui voulaient le renverser. Extrait:

« Il n’est pas toujours simple d’être réputé pour ta puissance, ta méchanceté et le fait d’être l’Enforcer. Ça demande beaucoup à ton corps. Finalement, quand tu es Bakkies Botha, tu ne peux pas être à 80 %. C’était vrai chaque week-end en Top 14. Ou quand on jouait face à l’équipe de France en sélection. C’est culturel chez vous… Quand les Français décident que ce jour est LE jour, vous pouvez être certains que la journée sera longue. Donc bien sûr que c’était parfois difficile d’être Bakkies Botha. Car si Bakkies Botha est battu dans un ruck, l’équipe adverse pense qu’elle a gagné.Tu ne peux montrer aucune faiblesse. Mais vous savez, je savais que j’avais ce talent pour la méchanceté, donc je ne voulais pas imaginer d’entrer sur le terrain à 80%. Parfois, je dépassais la ligne, car il n’est pas évident, quand tu as un jeu brutal, de toujours rester dans les clous… alors j’ai pris quelques cartons jaunes (rires). »

Depuis la fin de sa carrière, Bakkies Botha est retourné en Afrique du Sud. Il s’est retiré de la vie publique. Il explique pourquoi. Extrait:

« Depuis mon retour en Afrique du Sud, je me suis un peu retiré de la vie publique. Pourquoi? Car quand je vais en ville, les gens sont sympas, viennent me parler, demandent une photo et le temps que je discute un peu, mes enfants sont partis, car c’est frustrant pour eux. Ils aimeraient pouvoir me montrer des tee-shirts, aller au cinéma, qu’on aille manger en ville, mais c’est devenu impossible. »

Une chose est sûre : il ne refusera jamais la sollicitation d’une personne. Extrait:

« Il n’en est pas question. J’accepte toujours, car c’est bienveillant. Enfin toujours… Je ne veux pas qu’on vienne, qu’on m’attrape par l’épaule et qu’on me dise “oh, Bakkies, fais moi une photo”. Houla non, toi, tu t’es trompé de bonhomme (rires). En revanche, quand on discute, qu’on se serre la main et qu’on finit par me demander une photo, c’est toujours un immense plaisir.

Il y a une grande place dans mon cœur qui est réservée au partage, aux gens qui connaissent des difficultés. Il ne faut jamais perdre son humanité. Ce n’est pas parce que tu as remporté trois Champions Cup que tu es une meilleure personne que mon voisin. Je suis très sensible. Et quand je vois des gens en difficulté, ça me serre le cœur, et il m’arrive de sentir que mes larmes commencent à couler. Je n’aime pas ce sentiment d’impuissance…

J’ai compris avec les années qu’il était impossible de changer le monde. Alors tu peux t’investir sur un petit territoire, essayer d’apporter du soutien, mais c’est terrible de comprendre que tu ne peux pas apporter le bonheur à tout le monde… Je suis très sensible aux gens qui souffrent, et j’essaye d’apprendre à mes enfants à avoir un grand cœur. »

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