Certains joueurs ne voulaient pas monter : Fred Quercy raconte les coulisses de la saison galère de Montauban

Certains joueurs ne voulaient pas monter : Fred Quercy raconte les coulisses de la saison galère de Montauban

Le mercredi 2 septembre 2026 à 23:07 par David Demri

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La saison passée aura laissé des traces à Montauban. Propulsé en Top 14 avec un groupe largement construit en Pro D2, le club tarn-et-garonnais s’est rapidement retrouvé confronté à un écart de niveau considérable. Avec le recul, son capitaine Fred Quercy ne cherche ni excuse ni responsable.

Lors d’un entretien accordé à Actu Rugby, il raconte surtout une équipe qui a énormément donné, parfois sans parvenir à rivaliser, et révèle que tous les joueurs n’avaient pas accueilli la montée avec le même enthousiasme.

Pour Quercy, cette expérience a d’abord permis de mesurer à quel point la marche séparant désormais les deux divisions est devenue haute. Engagement, discipline et qualité du travail ne suffisent plus. La vitesse d’exécution, les impacts physiques et le pragmatisme des équipes de l’élite ont régulièrement fini par faire la différence face à un groupe composé de joueurs aux parcours très différents, de la Nationale au Top 14.

Son constat sur l’évolution du niveau est particulièrement sévère :

« Au final, cette aventure a démontré que l’écart entre les deux championnats est encore plus gros qu’il y a 5 ans et 10 fois plus qu’il y a 10 ans. Rien n’est comparable. »

Montauban pouvait rivaliser… avant de brutalement craquer

Le problème n’était d’ailleurs pas nécessairement visible pendant 80 minutes.

À plusieurs reprises, les Montalbanais sont parvenus à rester au contact avant de s’effondrer lorsque l’intensité et l’accumulation des efforts devenaient trop importantes.

Le déplacement à Pau en offre l’exemple le plus spectaculaire. À la 58e minute, Montauban n’était mené que 20-17. Quelques dizaines de minutes plus tard, le tableau affichait 53-17.

Quercy estime que son équipe devait constamment évoluer au maximum de ses capacités pour rester dans le combat. Une débauche d’énergie difficilement soutenable pendant toute une rencontre, et encore moins pendant une saison entière.

Le troisième ligne décrit très précisément cette impression de devoir continuellement compenser :

« Le truc, c’est que quand tu es impliqué à 800% dans quelque chose, tu ne peux pas tenir très longtemps. Il y a un moment où tu compenses partout. Sauf qu’une demi-seconde dans un sens, ça fait une seconde dans l’autre. Et en quatre temps de jeu, tu as deux secondes de retard. Donc, il y a un ou deux mecs de trop sur le terrain pour toi. »

À cette différence sportive s’est progressivement ajoutée une usure mentale. Croire à l’exploit pendant quelques journées est une chose. Conserver exactement la même énergie lorsque les défaites s’accumulent pendant plusieurs mois en est une autre.

Malgré les scores parfois très lourds, Quercy refuse cependant de considérer cette saison comme humiliante.

Le capitaine montalbanais l’assume clairement :

« Non, je n’ai pas eu de honte. »

Son travail de capitaine a justement consisté à rappeler une évidence au vestiaire : Montauban n’avait pas été invité en Top 14. Le club avait gagné son accession sur le terrain.

Face aux difficultés, Quercy a donc tenté de maintenir une ligne de conduite. Peu importe le résultat final, son équipe devait donner suffisamment pour que l’adversaire puisse constater la différence de niveau sans jamais remettre en question son investissement.

C’est le message qu’il a répété à ses coéquipiers :

« Si on doit gagner, on gagnera. Et si on doit perdre, on perdra malheureusement mais en donnant le maximum et que les mecs en face pensent : ok vous n’êtes pas au niveau, mais par contre, ça ne triche pas. »

Une partie du vestiaire ne rêvait pas du Top 14

Derrière ce discours collectif se cachait pourtant une réalité beaucoup plus inhabituelle : tous les joueurs de Montauban n’avaient pas vécu la montée comme l’accomplissement d’un rêve.

Certains avaient signé dans le Tarn-et-Garonne après avoir évolué en Nationale avec l’ambition de jouer en Pro D2. Se retrouver soudainement projetés au niveau supérieur signifiait affronter des adversaires autrement armés, avec un calendrier plus exigeant et la perspective de connaître très peu de victoires.

Quercy ne cache pas que le vestiaire était partagé.

Le capitaine décrit même trois façons très différentes d’aborder cette accession :

« Tu as un tiers du groupe qui est super content et super fier d’être en Top 14. Un autre tiers qui attend un peu et qui pense : « Franchement, c’est une opportunité, c’est bien », mais sans plus. Et un dernier tiers qui se dit : « Pourquoi on va là ? Ça va être encore plus dur, encore plus long. Il n’y a pas de vacances de Noël, des blocs de 10, 12, 13 semaines d’affilée, pas de chances de gagner donc les entraînements vont être compliqués… » En fait, ça fait boule de neige. »

Une réaction qu’il ne condamne pas. Tous les joueurs n’avaient ni le même parcours ni les mêmes ambitions lorsqu’ils avaient rejoint Montauban.

Quercy, lui, se situait clairement dans la première catégorie.

Après douze années essentiellement passées en Pro D2 et une précédente expérience du Top 14 à Montpellier dans un contexte totalement différent, le troisième ligne savait que cette occasion pouvait être la dernière de sa carrière.

Il a donc choisi de profiter de l’expérience malgré les résultats : les grands stades, les rencontres à guichets fermés et surtout la possibilité d’y entrer comme capitaine d’une équipe avec laquelle il avait obtenu cette montée.

Son bilan personnel tranche ainsi fortement avec la dureté du bilan sportif :

« Là, j’y ai été en tant que capitaine, à la tête de mon équipe avec qui on est montés, avec qui on a vécu de beaux trucs, avec des mecs que j’adore. Franchement, pour moi, c’était une super expérience. »

Une saison peut donc avoir été extrêmement difficile sportivement sans être vécue comme un échec personnel. Pour Quercy, Montauban a surtout découvert à quel point le Top 14 s’était éloigné de la Pro D2, tout en offrant à une partie de son effectif une expérience qu’elle n’aurait peut-être jamais connue autrement.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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