Ces supporters Castrais préfèrent battre deux fois Toulouse plutôt qu’être champions
Ces supporters Castrais préfèrent battre deux fois Toulouse plutôt qu’être champions
Le samedi 3 octobre 2026 à 11:14 par David Demri
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Aujourd’hui, un Castres – Toulouse est spontanément présenté comme un derby. Pourtant, cette rivalité n’a rien d’historique. Elle s’est véritablement construite avec le rugby professionnel, lorsque le CO est devenu le principal adversaire régional capable de tenir tête au géant Toulousain.
Longtemps vécue presque exclusivement du côté Castrais, cette opposition a fini par gagner Toulouse à force de défaites, de provocations et de rencontres sous très haute tension.
Les deux clubs ne sont séparés que de 89 kilomètres. Mais cela n’a pas toujours suffi à faire de Castres – Toulouse un derby.
Les deux équipes ne se sont même affrontées qu’une seule fois en finale du Championnat de France, en 1995.
C’est surtout le resserrement de l’élite autour d’un nombre réduit de clubs qui a progressivement rapproché les deux voisins.
Castres, dernier rival régional de Toulouse
Avec la montée en puissance du professionnalisme, plusieurs anciens adversaires régionaux de Toulouse n’ont plus réussi à suivre le rythme.
Agen, Montauban ou encore Colomiers ont progressivement quitté le premier plan. Castres, soutenu par les Laboratoires Fabre, est en revanche parvenu à rester durablement parmi l’élite.
Le CO s’est alors retrouvé dans une position particulière : celle du principal club régional encore capable de bousculer régulièrement Toulouse.
Les mouvements de joueurs ont également nourri cette relation. Anthony Jelonch et Antoine Dupont ont notamment quitté Castres pour Toulouse, tout comme Joe Tekori et Richie Gray avant eux.
Mais le chemin inverse avait également été emprunté dans les années 1990 par plusieurs grands noms comme Albert Cigagna, Thomas Castaignède ou Ugo Mola.
« Ici, le derby, c’est face à Toulouse »
C’est surtout dans les années 2010 que cette rivalité prend une autre dimension.
Loïc Jacquet, arrivé à Castres en 2016 après avoir connu Clermont, découvre immédiatement l’importance accordée au voisin Toulousain.
Christophe Urios en fait alors un puissant levier de motivation.
L’ancien deuxième ligne se souvient parfaitement du message reçu dès son arrivée dans le Tarn.
« Avant de venir à Castres, je jouais à Clermont, où on me parlait d’une grande rivalité avec Brive. Quand je suis arrivé à Castres, on m’a tout de suite dit : « Ici, le derby, c’est face à Toulouse. » C’est le manager Christophe Urios qui me disait ça. On sentait que ça lui tenait à cœur. Il aimait cette notion de derby. »
Le problème ? À cette époque, Toulouse ne semble absolument pas partager cette vision.
Et cette indifférence apparente ne faisait qu’alimenter la frustration Castraise.
« Côté toulousain, je ne sentais pas du tout cette idée de derby. Et évidemment, ça nous énervait. »
Les relations particulièrement froides entre Christophe Urios et Ugo Mola participent alors à faire grimper la température.
Le manager Toulousain se plaît notamment à relativiser cette notion de derby, ce que Castres interprète comme une manière de signifier que les deux clubs ne boxent pas dans la même catégorie.
Cinq victoires consécutives contre Toulouse
Sur le terrain, Castres va pourtant disposer d’un argument particulièrement efficace.
Entre 2017 et 2019, le CO réussit l’exploit de battre Toulouse cinq fois consécutivement.
Le sommet intervient lors du barrage de 2018.
Sixième de la saison régulière, Castres se déplace à Ernest-Wallon et s’impose 23-11 grâce notamment à un doublé d’Armand Battle. Les hommes de Christophe Urios poursuivront leur aventure jusqu’au titre de champion de France.
Quelques semaines auparavant, la qualification pour ce barrage avait provoqué une scène restée dans la mémoire de Loïc Jacquet.
L’annonce d’un déplacement à Toulouse avait déclenché une véritable explosion de joie à Castres comme expliqué dans Midi Olympique.
« En 2017-2018, nous les avions battus trois fois. Je me souviens de notre dernière victoire en saison régulière, quand nous avions battu Oyonnax 54-3 à Pierre-Antoine, ce qui nous offrait la qualification in extremis. Nous étions heureux, nous entamions le tour d’honneur, quand le speaker du stade a annoncé que nous allions affronter Toulouse, chez lui. Et le public a explosé de joie — une liesse extraordinaire — et nous aussi, les joueurs, avons ressenti une immense joie. Je revois encore cette atmosphère vraiment particulière. »
Battre Toulouse plutôt qu’être champion ?
Chez certains supporters, cette rivalité prend alors des proportions étonnantes.
Jacquet raconte avoir découvert à quel point battre Toulouse pouvait compter dans le Tarn. Durant les semaines précédant ces rencontres, les joueurs ressentaient une attente particulière.
Une discussion avec un supporter l’avait même stupéfait.
« Les semaines de derby, on sentait vraiment une grosse attente. Chaque supporteur qu’on croisait nous demandait non seulement la victoire, mais un surplus d’énergie. J’ai aussi été impressionné l’une des rares fois où j’ai assisté à un match du CO en loge. J’avais discuté avec des supporters qui sont d’ailleurs devenus des connaissances. Un gars m’a dit qu’il préférait qu’on batte deux fois le Stade toulousain plutôt que d’être champions. J’avais été surpris, mais mon interlocuteur avait maintenu ses propos. Je crois aussi que beaucoup de supporters castrais côtoyaient des supporters toulousains dans leur vie professionnelle, et donc ça chambrait pas mal. »
Puis Toulouse s’est pris au jeu
Après le titre de 2018, Castres frappe encore.
En septembre, les Tarnais s’imposent 26-22 sur la pelouse Toulousaine après avoir remonté un retard de 23 points.
La répétition des défaites finit progressivement par modifier la perception de l’affiche à Toulouse. La rivalité jusque-là principalement portée par Castres devient beaucoup plus réciproque.
En avril 2019, Toulouse met finalement fin à cette incroyable série en s’imposant 21-20.
Mais l’électricité ne disparaîtra plus totalement.
Une rivalité régulièrement ravivée
Les dernières années ont continué d’offrir quelques épisodes particulièrement tendus.
En octobre 2024, l’ancien Toulousain Gillian Galan provoque une énorme polémique avant un déplacement dans le Tarn.
Ses propos vont immédiatement mettre le feu aux poudres.
« En allant chez nos amis consanguins de Castres, où, on le sait, ça va être la guerre de tous les instants, les supporters avec la bave aux lèvres, pas de jeu et un match de merde. Pas de quoi s’inquiéter. J’espère que les Toulousains vont balayer les Castrais et qu’on pourra rigoler et chanter après le match. »
Castres s’imposera finalement 28-23.
Devant les réactions provoquées par sa sortie, Galan présentera ensuite ses excuses.
« C’était du chambrage comme je chambre mes amis. Certains ne l’ont pas pris comme ça. J’aurais dû finir en disant que je rigolais, je n’ai aucune animosité avec les Castrais, la ville de Castres ou le département du Tarn. C’était pas méchant. Ceux qui se sont sentis vexés, je suis vraiment désolé, parce que c’était pas le but. »
La tension est encore remontée d’un cran en avril 2025, après la lettre envoyée par le président Castrais Pierre-Yves Revol au président de la LNR dans le contexte de l’affaire Jaminet.
Ugo Mola s’était alors servi de cet épisode pour annoncer un accueil particulier aux Castrais.
Sur le terrain, la réponse Toulousaine avait été particulièrement brutale : 52-6.
Une rivalité qui n’était donc pas véritablement un derby à l’origine, mais qui a fini par le devenir à force de proximité, de confrontations décisives, de séries de victoires, de transferts et de provocations entre les deux voisins.

