« C’est très dur à vivre, on s’insulte presque » balance Jefferson Poirot
« C’est très dur à vivre, on s’insulte presque » balance Jefferson Poirot
Le vendredi 2 octobre 2026 à 23:05 par David Demri
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La défaite concédée à Perpignan (38-25) n’a pas été digérée tranquillement du côté de Bordeaux-Bègles. Avant de retrouver Lyon, Jefferson Poirot raconte une UBB capable de passer de l’euphorie à des lundis extrêmement difficiles, au point de « presque » s’insulter.
Maxime Lucu s’est retrouvé trop seul dans le leadership, les entraînements ont gagné en intensité et le groupe est désormais appelé à prendre davantage ses responsabilités. Le pilier en profite également pour répondre à Eddie Jones sur la mêlée Française, tout en reconnaissant le défi immense qui attend les Bleus face à l’Afrique du Sud.
L’UBB ne veut plus vivre de telles montagnes russes.
Après quatre journées, les Bordelais ont déjà montré plusieurs visages radicalement différents. Capables de produire de très belles séquences, ils ont également subi deux sérieux coups d’arrêt à l’extérieur, notamment lors de leur dernier déplacement à Perpignan.
Pour Jefferson Poirot, cette irrégularité commence à peser sur le quotidien du groupe.
« Un lundi, on est euphorique, et le lundi d’après, c’est très dur à vivre »
Le pilier ne cherche pas à masquer la situation.
Bordeaux alterne entre des performances très convaincantes et des passages beaucoup plus inquiétants. Une instabilité qui se ressent jusque dans les semaines de travail.
Jefferson Poirot décrit sans détour, dans Midi Olympique, les montagnes russes vécues par son équipe.
« Oui, c’est vrai qu’on a un peu alterné le très bon et presque le très mauvais par moments. C’est un peu difficile parce qu’un lundi, on est euphorique, et le lundi d’après, c’est très dur à vivre. On s’insulte presque. C’est quelque chose qu’on souhaitait éviter et, malheureusement, sur les quatre premiers matchs, c’est exactement ce qu’on a fait, un peu à l’image de la saison dernière aussi. »
Le constat est d’autant plus frustrant que l’UBB avait affiché de belles choses en début de saison.
Mais l’enchaînement des performances empêche les Bordelais d’installer une véritable sérénité.
« Oui, c’est pesant parce que ça ne permet pas d’enchaîner sereinement. C’est vraiment le terme que je vais employer parce qu’on a été très bons dès le début de saison, on nous a vus très beaux, très hauts. Dès le deuxième match, même si c’était face à un très beau Stade toulousain, on a tout de même vécu une petite désillusion. Et derrière, on refait plutôt un bon match contre un Stade français qui était venu en costaud : on a tenu un bras de fer intéressant et on a montré de belles choses. Et derrière, on va se planter à Perpignan, où on avait quand même l’ambition de gagner. À la fin, on est donc loin du compte. »
Maxime Lucu s’est retrouvé « un peu tout seul »
Pour retrouver davantage de constance, Poirot identifie notamment un chantier : le leadership.
Lors du dernier match, Maxime Lucu aurait dû être davantage épaulé par les autres cadres du groupe.
L’ancien international Français veut désormais mieux répartir les responsabilités.
« On a à cœur d’amener un peu plus de constance. Essayer aussi, peut-être, de redistribuer le leadership. Car sur le dernier match, Max était un peu tout seul dans la cellule des leaders. L’idée est d’essayer de se partager la tâche pour éviter un épuisement de nos leaders. »
Un constat qui rejoint le discours tenu par Yannick Bru après les premières sorties de son équipe.
Le manager Bordelais souhaite responsabiliser son groupe. Et Poirot assure avoir parfaitement ressenti ce message cette semaine.
« Je n’ai pas forcément senti qu’il voulait reprendre le projet, mais j’ai senti qu’il avait besoin d’un peu plus de responsabilité individuelle de la part de chaque joueur, et notamment des leaders de l’équipe. Voilà ce que j’ai vraiment ressenti. C’est peut-être une volonté de nous voir prendre nos responsabilités un peu plus, notamment les leaders. J’ai senti qu’il y avait ce besoin de recadrer les choses, mais pas forcément de la part des coachs, en reprenant le lead sur le quotidien, parce que ce n’est pas le projet de Yannick. J’ai surtout senti un gros appel à la responsabilisation, pour savoir ce que l’on veut individuellement et ce que l’on apporte au groupe. »
Une semaine beaucoup plus « combattue »
Ce recadrage ne s’est pas limité aux paroles.
Après la désillusion de Perpignan, l’intensité est sérieusement montée lors des séances Bordelaises.
Oppositions réelles, davantage de combat et travail approfondi sur les connexions : l’UBB a cherché à provoquer quelque chose.
Poirot reconnaît que le début de semaine a été particulièrement difficile.
« Je ne vais pas vous cacher que la semaine nous a offert beaucoup d’intensité combattue. Forcément, avec une grosse désillusion, notre lundi fut très compliqué. Après, mardi, on a eu une partie d’opposition réelle, mercredi aussi. Aujourd’hui, ça a été un peu différent, avec un 15 contre 15 et des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir sur la mise en place. Donc oui, ça a été un peu plus combattu cette semaine que ce que ça l’a été par le passé, mais c’était une nécessité pour nous de vraiment créer quelque chose pour le long terme. J’insiste : je ne parle pas que de ce match, je parle pour le long terme. »
Le problème identifié est notamment collectif.
Même lorsque Bordeaux domine statistiquement, certaines pertes de balle ou connexions défaillantes peuvent immédiatement exposer l’équipe.
Le déplacement à Perpignan en a fourni une illustration particulièrement frustrante.
« Ce qu’on remarque vraiment, c’est qu’on peut avoir des coups d’éclat dans les matchs, on peut être brillants par moments — je parle des matchs à l’extérieur —, mais on a trop de problèmes de connexion. À Perpignan, par exemple, on a été punis sur beaucoup de ballons perdus. Nous avons eu 60 % de possession et 60 % d’occupation. Et malgré tout, sur un éclair, ils ont pu nous traverser et marquer. C’est quelque chose qu’on a identifié comme un problème, et on avait besoin de retravailler cette base ensemble, tous les jours. »
Poirot se voit désormais comme un « garde-fou »
À l’aube de sa dernière saison, Jefferson Poirot ne compte pas forcément redevenir celui qui prend constamment la parole devant l’ensemble du vestiaire.
Son influence passe désormais davantage par Maxime Lucu et Maxime Lamothe, les deux capitaines de l’UBB.
Il définit lui-même son rôle d’une manière très précise.
« J’aime bien être dans ce rôle, justement, de — comment peut-on appeler ça ? — garde-fou, on va dire. On a deux capitaines qui sont les deux Max, qui jouent très bien leur rôle. Et je suis beaucoup dans l’échange avec eux, peut-être un peu moins directement avec l’équipe. Après, quand je dois intervenir, j’interviens, il n’y a aucun problème. Mais j’aime bien être en relation avec les deux capitaines et faire en sorte que ça passe par eux en priorité. Mais je n’ai rien changé, c’était déjà comme ça l’an dernier. »
Son retour dans le groupe intervient donc à un moment où Bordeaux cherche justement à retrouver de la constance et à élargir son noyau de leaders.
« C’est un peu gros » : Poirot répond à Eddie Jones
Le pilier Bordelais a également été interrogé sur les propos d’Eddie Jones concernant la mêlée Française.
Lorsqu’on lui rapporte que le technicien a présenté ce secteur comme le « gros problème » de la France, Poirot ne partage pas totalement le constat.
Mais il ne nie pas pour autant les interrogations qui entourent actuellement la première ligne des Bleus.
Et surtout, il sait que l’Afrique du Sud représentera un test d’une toute autre dimension.
« Oui, c’est un peu gros, je pense. Après, il faut voir ce que disent les statistiques, c’est toujours pareil. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une recherche aujourd’hui au niveau de la première ligne. Donc peu importe l’avis de tout le monde : cet été, on s’est plutôt pas trop mal comportés sur les phases de conquête. Mais on sait qu’aujourd’hui, on fera forcément face à une équipe d’Afrique du Sud qui sera redoutable dans ce secteur, et c’est là qu’il faudra vraiment trouver des solutions. »

