« Deux géants assoupis » : le mal profond qui frappe Toulon et Clermont depuis des années
« Deux géants assoupis » : le mal profond qui frappe Toulon et Clermont depuis des années
Le samedi 10 octobre 2026 à 0:38 par David Demri
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Pierre Mignoni a quitté le Rugby Club Toulonnais cette semaine tandis que Christophe Urios vient de prolonger pour trois années supplémentaires à Clermont, avec des fonctions appelées à évoluer.
Deux trajectoires différentes pour deux entraîneurs qui se sont pourtant retrouvés confrontés à une problématique comparable : reconstruire deux anciens géants du rugby Français dont le glorieux passé continue de peser lourdement sur les attentes du présent.
Le parallèle entre Toulon et Clermont est saisissant.
Pierre Mignoni avait retrouvé le RCT durant l’été 2022. Christophe Urios avait pour sa part débarqué en Auvergne en janvier 2023. Tous deux avaient accepté de prendre les commandes de clubs qui ne correspondaient plus vraiment aux machines à gagner qu’ils avaient été quelques années auparavant.
Mignoni et Urios, deux destins désormais opposés
Le début de saison Toulonnais, avec des résultats particulièrement irréguliers et décevants, a finalement précédé la décision de Pierre Mignoni de quitter ses fonctions.
Mais au-delà des résultats, son investissement et son attachement à son club formateur ne peuvent être remis en cause. Depuis son retour en 2022, Mignoni avait également entrepris un important travail de fond pour reconstruire le RCT.
À Clermont, les reproches adressés à Christophe Urios sont différents mais conduisent également au terrain. L’ASM demeure trop irrégulière et a notamment échoué de très peu dans sa quête de qualification la saison dernière.
Urios avait pourtant récupéré en janvier 2023 un club en grande difficulté, nécessitant un profond travail de reconstruction.
Cette semaine, leurs chemins se sont séparés : Mignoni a quitté Toulon tandis qu’Urios a obtenu une prolongation de trois ans et doit prochainement voir ses fonctions évoluer.
Le paradoxe est notable. Mignoni, enfant du pays, continuait malgré les difficultés à bénéficier du soutien d’une partie importante du public Toulonnais. Urios, lui, a régulièrement été contesté par certains supporters Clermontois.
« Dix ans, cela vaut un siècle ! »
Pour comprendre la pression qui entoure aujourd’hui ces deux clubs, il faut revenir aux années 2010.
Toulon et Clermont faisaient alors partie des locomotives du rugby Français et leur présence régulière au sommet avait même fait naître une véritable rivalité.
Le RCT avait notamment remporté trois Coupes d’Europe consécutives en 2013, 2014 et 2015 ainsi qu’un Bouclier de Brennus durant cette période. Clermont avait de son côté accumulé les finales et décroché deux titres de champion de France, en 2010 et 2017.
Cette époque continue de servir de référence alors que le rugby professionnel a profondément évolué.
Un acteur du marché des entraîneurs résume brutalement la vitesse à laquelle les rapports de force peuvent changer.
« En matière de rugby pro, dix ans, cela vaut un siècle ! »
Pourtant, dans l’environnement de ces deux clubs, accepter cette nouvelle réalité reste difficile. Le souvenir des années de domination nourrit forcément une exigence de résultats immédiats, alors même qu’une reconstruction profonde réclame du temps.
« Toulon et Clermont ont payé le prix fort de leur gloire »
Le constat dressé sur l’évolution des deux institutions est sévère.
Leur période de domination aurait fini par ralentir leur capacité à se renouveler pendant que leurs concurrents continuaient de progresser.
« Toulon et Clermont ont payé le prix fort de leur gloire. Parce qu’ils ont soudain moins travaillé, ou moins fort que la concurrence, l’un comme l’autre se sont endormis sur leurs lauriers. »
Les deux clubs ont progressivement perdu leur avance.
Formation moins productive, structures à reconstruire, exigences de performance à réinstaller : derrière les résultats sportifs, Mignoni et Urios ont dû s’attaquer à des chantiers beaucoup plus profonds.
Mignoni et Urios ont dû « faire le sale boulot »
C’est précisément sur ce terrain que leurs passages respectifs peuvent être rapprochés.
Les deux entraîneurs ont accepté de remettre en question le fonctionnement de leur club, de prendre des décisions difficiles, de restructurer et parfois d’écarter pour tenter de recréer un environnement tourné vers la performance.
Autrement dit, ils ont dû « faire le sale boulot ».
Le problème est celui du calendrier. Dans le sport professionnel, la reconstruction doit presque immédiatement produire des victoires. Or les transformations structurelles demandent généralement plusieurs saisons avant de porter pleinement leurs fruits.
Pierre Mignoni n’aura finalement pas attendu leur éventuelle maturation à Toulon. Christophe Urios, lui, bénéficie désormais de trois années supplémentaires à Clermont pour poursuivre le chantier.
Toulouse comme preuve qu’il faut parfois attendre
Comme le précise Midi Olympique, l’exemple du Stade Toulousain permet aussi de remettre la situation en perspective.
Aujourd’hui dominateur, Toulouse avait lui-même traversé une période beaucoup plus difficile au cœur des années 2010. Il lui avait fallu plusieurs années pour reconstruire les fondations de sa réussite actuelle.
Toulon et Clermont peuvent-ils suivre une trajectoire comparable ?
C’est tout l’enjeu. Les deux clubs portent toujours l’image de leurs années de gloire et les attentes qui l’accompagnent. Mais retrouver durablement les sommets suppose peut-être justement d’accepter que le RCT et l’ASM d’aujourd’hui ne puissent pas être jugés en permanence à travers le souvenir de ceux qui dominaient le rugby Français il y a dix ans.

