Didier Bès : « Mon rôle, c’est aussi de défendre la cause de mon club »

Didier Bès : « Mon rôle, c’est aussi de défendre la cause de mon club »

Le vendredi 19 juin 2026 à 18:51 par David Demri

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S’il existe un secteur capable de faire basculer la demi-finale entre Montpellier et le Stade Français, Didier Bès est convaincu qu’il se trouve devant.

L’ancien talonneur emblématique du MHR, devenu l’un des spécialistes les plus reconnus de la mêlée en France, prépare depuis plusieurs jours son paquet d’avants à ce rendez-vous du Vélodrome.

Face à l’équipe qui a obtenu le plus de pénalités en mêlée cette saison en Top 14, Montpellier sait qu’un immense défi l’attend. Mais dans l’Hérault, la confiance est réelle.

Didier Bès veut imposer un rapport de force

Le technicien montpelliérain connaît parfaitement les qualités du Stade Français dans ce secteur.

Pour lui, les Parisiens possèdent une arme particulièrement redoutable comme il l’explique via L’équipe :

« Ils ont une mêlée très offensive, qui met une grosse pression très rapidement pour vous faire plier et vous pousser à la faute. C’est un gros challenge à relever, on devra être actif, je sens nos avants excités. »

Depuis plusieurs mois, Didier Bès façonne l’une des mêlées les plus performantes du championnat.

L’ancien talonneur met notamment en avant la richesse de son effectif.

« On a trois premières lignes compétitives. Deux assez expérimentés et des jeunes qui poussent derrière, comme le pilier Valentin Welsch et le talonneur Lyam Akrab. J’ai des joueurs qui aiment la mêlée. On a deux talonneurs confirmés, robustes, costauds. Christopher est plus lourd que la plupart de ses vis-à-vis mais le poids ne fait pas tout, il faut aussi un bagage technique, de par la posture, qui permet de s’engager comme il faut et de dominer à l’impact. C’est la même chose pour Wilfrid Hounkpatin qui a un physique atypique mais qui existe parce qu’il bosse dur sur ses liaisons par exemple. Nos premières lignes ont aussi cette énergie mentale pour aller gagner chaque mêlée. »

Un état d’esprit partagé par tout le paquet

Pour Didier Bès, la réussite d’une mêlée ne dépend pas uniquement de la première ligne.

Le technicien insiste sur l’implication de tous les avants montpelliérains.

« J’ai la même mentalité chez les deuxièmes lignes, qui ont envie d’avoir une mêlée dominante et sont au service de leurs piliers. On a des profils plus lourds et d’autres plus longilignes mais c’est important pour moi d’arriver à garder la même efficacité. Ça ne dort pas sur les mêlées, je n’ai pas des joueurs qui font semblant de pousser pour garder de l’énergie. »

Le travail demandé aux troisièmes lignes répond à la même logique collective.

« Pour les troisièmes lignes, je fais des rappels plus réguliers sur l’importance de travailler à huit, même si des tâches les attendent rapidement après la mêlée. Je leur dis souvent : « Si la mêlée avance, vous aurez gagné un mètre ou deux sur vos courses. » En huit, Billy Vunipola est précis sur sa posture et amène ses 135 kg au moment du « hit ». Il y a sa puissance et, encore une fois, sa technique qui fait qu’il équilibre bien les choses. L’idée générale, c’est d’être dans l’offensive. On perd de l’énergie mais en face aussi, et en plus, ils perdent sur l’aspect psychologique, qui est presque plus important. »

Une méthode très précise

Chaque semaine, Didier Bès applique un programme bien défini pour préparer ses avants.

Deux séances spécifiques sont systématiquement consacrées à la mêlée.

« On a deux séances spécifiques mêlée, le mardi et le jeudi. C’est un temps précieux, voulu par Joan car la mêlée fait partie de notre ADN. Le mardi, c’est 20 minutes en trois parties. Un : répétitions de la mise en place. Deux : du travail sur un thème : impact, force, résistance etc. Trois : du live à 100 %, en situation match. »

Le spécialiste montpelliérain cherche même à rendre les entraînements plus difficiles que les matches.

« L’idée, le mardi, c’est que ce soit plus dur qu’en match car on ne fait que de la mêlée sans prendre en compte la fatigue des courses. Ça bosse dur et ça permet à tout le monde de progresser. Une séance où les joueurs s’achètent la paix sociale, « je ne pousse pas, tu ne pousses pas », ça peut arriver, mais je le vois assez vite. Et je n’hésite pas à leur dire, je ne vais pas attendre de revoir la vidéo : « Si vous ne mettez pas d’intensité, on sortira de la merde. » Par contre, si les mêlées sont propres, avec beaucoup d’intensité, le boulot est fait et je peux arrêter plus tôt, c’est une forme de récompense. »

La vidéo et les arbitres, deux éléments clés

Contrairement à d’autres secteurs du jeu, Didier Bès a choisi une approche différente concernant l’analyse vidéo.

Il privilégie les échanges individuels plutôt que les longues séances collectives.

« J’ai adapté parce que les joueurs sont quand même inondés avec la vidéo, pour l’attaque, la défense, la touche… Avec moi, il n’y a rien de programmé. Si je croise un mec, on peut en parler, je sors l’ordi, on se pose autour d’un café et on en discute, pour ne pas leur donner l’impression d’être en salle vidéo. Si un joueur veut me parler d’un truc, il sait qu’il peut venir me voir, ça marche dans les deux sens. »

L’ancien talonneur accorde également une grande importance à la relation avec les arbitres.

Pour lui, donner les bonnes images est devenu indispensable dans le rugby moderne.

« Mon rôle, c’est aussi de défendre la cause de mon club. Un lobbyiste ? Bien sûr ! Après les matches, je peux croiser les arbitres pour avoir déjà un retour rapide, à chaud. Puis quand on est redescendu, on continue de travailler avec eux à froid, sur nos impressions et les leurs. »

Cette recherche de crédibilité commence dès les premiers instants de la mêlée.

« On est dans un secteur où il est primordial de donner des bonnes images aux arbitres. Le travail sur le « set-up » est par exemple déterminant. C’est toute cette phase qui va du moment où le talonneur se lie à ses piliers au « jeu » de l’arbitre. Si déjà, là, vous êtes propre, carré, que ça ne bouge pas dans tous les sens, que vous avez les bons placements, ça correspond aux images que veut l’arbitre, et ça nous aidera avant tout à être performants.

C’est pour ça que je suis très à cheval sur le set-up dans la semaine. Si ça ne me convient pas, on le refait. On prend les choses en main pour montrer de bonnes images et c’est la même chose pour les liaisons, les postures, les poussées… »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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