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« En rentrant chez moi, je n’étais pas heureux, alors que je fais le plus beau des métiers » : Louis Carbonel se livre à coeur ouvert

« En rentrant chez moi, je n’étais pas heureux, alors que je fais le plus beau des métiers » : Louis Carbonel se livre à coeur ouvert

Le vendredi 27 février 2026 à 11:10 par David Demri

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L’ouvreur Louis Carbonel s’est longuement confié dans les colonnes de L’équipe.

Il a notamment évoqué sa carrière et sa routine de match.

Il l’affirme : après une victoire, tout va bien. Par contre, après une défaite, des moments sont parfois très compliqués à vivre. Extrait:

Après une victoire, on a le sentiment que tout va bien, on se dit : « J’ai été fort ». L’euphorie masque les douleurs physiques. La défaite, elle, engendre beaucoup de ruminations. Après avoir perdu face à Toulouse (9-13, le 15 février), le lundi était gris. Perdre un tel match, un dimanche soir, devant un stade plein, ça crée beaucoup de frustration. On a vécu tant d’émotions que le lendemain est compliqué, le réveil difficile.

La déception amplifie les douleurs du corps. On a mal partout. Le pire, c’est dans la tête, surtout quand tu joues 10, un poste à prises de décision. Tu ressasses sans cesse. Il me faut un jour et demi pour évacuer et basculer vers de la positivité. J’y mets tellement d’affect… Le moment de bascule, c’est le débrief avec le groupe : on analyse ensemble pourquoi on a perdu. Ça rassemble les énergies pour repartir au combat.

Généralement, les lendemains de match, les joueurs se reposent chacun dans leur coin. Extrait:

Il arrive qu’on se retrouve un peu le lendemain pour sortir. Mais, généralement, on s’appelle très peu. On a déjà fait beaucoup de choses ensemble tout au long de la semaine et, une fois le match terminé, tout le monde reprend un peu sa vie hors rugby.

Il n’est pas du style à revisionner de nombreuses fois une défaite. Extrait:

Perso, un seul visionnage me suffit. Je me suis créé un oeil assez affiné. Mais il se peut que je passe plus de temps sur certaines actions, avec une vision plus collective. Je ne passe pas du temps à me regarder. Je cherche à comprendre comment on a réagi en tant qu’équipe, fait les choses mieux ou moins bien.

Parfois, j’ai de grosses frustrations sur une action et je me dis : « Tu aurais dû faire autrement ». Souvent, les images vidéo me réconfortent : « Ah oui, j’ai fait ci parce qu’il y a eu ça ». Les coaches nous aident à gérer et comprendre mais la plus grande partie de la frustration doit être gérée par le joueur. On est des adultes. Au Stade Français, en milieu de semaine, un préparateur mental vient nous aider.

D’une manière générale, il indique devoir gérer sa frustration car plus jeune il a énormément souffert émotionnellement, après des prestations manquées. Extrait:

Après avoir gagné tôt, il m’a fallu apprendre à gérer mon rapport à la défaite. L’an passé, j’ai compris qu’il me fallait changer car j’ai eu des périodes où je broyais trop de noir ces dernières années. J’étais trop dur envers moi-même. Insidieusement, j’ai fini par perdre de la confiance dans des secteurs qui étaient mes points forts. Plus qu’une défaite sportive, perdre dépréciait ma valeur en tant qu’homme. Je me sentais comptable de la gestion du jeu de l’équipe, me rendais coupable de tout. Je me suis abîmé émotionnellement. Je me suis mis l’enfer et, quand j’y repense, je suis fier d’avoir tenu.

Je garde beaucoup en moi. Je bouillonnais. Ça impactait mon physique. Un tas de blessures sont entretenues par l’état mental. On somatise. Pendant deux ou trois ans, une tendinite rotulienne m’empêchait d’accélérer, de sauter… Lors de ma dernière saison à Toulon (2021-2022), j’étais sous anti-inflammatoires. Je suis un gros bosseur et je cherchais la perfection. En rentrant chez moi, je n’étais pas heureux, alors que je fais le plus beau des métiers. Je joue au rugby, j’ai un toit et de quoi manger. Tout va bien. J’ai mis des années à le comprendre. Aujourd’hui, je suis super heureux de jouer en Top 14.

Son joueur préféré de la semaine ? Le vendredi. Extrait:

Le vendredi, avec l’entraînement du capitaine. On sent que le match va arriver, c’est stimulant. Les entraînements, c’est bien, mais ce n’est pas ce qui me fait le plus plaisir. Perso, je ne conçois pas qu’à côté de moi, un mec ne s’envoie pas, alors on se met en mode guerrier mais, fondamentalement, ce qui me rend heureux, c’est le jeu : créer un espace, désorganiser une défense, toucher du ballon, faire des passes… Faire marquer les autres, quel kif ! C’est pour ça que je joue au rugby.

Pour conclure, il ne manque pas de dire le plus grand bien de son coéquipier Tawera Kerr-Barlow. Extrait:

Quel joueur de classe ! C’est lui qui m’a amené à cette routine. On s’appelle le mardi pour s’assurer qu’on est sur la même page en vue du match du week-end : météo, stratégie, lancements… Il me demande ce qu’il a besoin d’améliorer pour moi. C’est ultra-respectable parce qu’il a 35 ans et une immense carrière. Je me nourris de son expérience.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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